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Pauses by Noise

Retrouvez-nous, chaque jeudi, pour une nouvelle Pause by Noise.

« Il faut s’adapter ! »

« Il faut s’adapter ! »

C’est en 1974. Des amis de longue date, Vincent, François, Paul − respectivement chef d'entreprise, médecin et écrivain − tous la cinquantaine, se retrouvent régulièrement avec d'autres, pour passer les fins de semaine à la campagne.

Michel Piccoli, c’est François, celui qui découpe le gigot du dimanche dans « Vincent, François, Paul et les autres... », ce chef-d’œuvre de Claude Sautet.

Au cours du déjeuner dominical arrive sur la table le sujet de la nouvelle politique d’urbanisation, avec ses multiples conséquences, l’éloignement du lieu d’habitation, la difficulté de se loger correctement à prix abordable, de résider loin de son lieu de travail.

Une scène d’anthologie qui préfigure, d’une certaine façon, l’âge d’or de l’idéologie libérale et de ses zélateurs. 1973, c’est le premier choc pétrolier, la fin des Trente Glorieuses, et les débuts timides d’une politique, qui sous prétexte de ruissellement, va commencer à broyer les plus faibles. Et qui s’accélère dans les années 1980. Aux États-Unis avec Ronald Reagan sous l’influence de l’économiste Milton Friedman, au Royaume-Uni avec Margaret Thatcher et son célèbre “There is no alternative” (« Il n’y a pas d’autre choix »), au Chili de Pinochet, régime pour lequel le même Milton Friedman parlera de “miracle chilien”.

Piccoli donc (un médecin installé qui a trahi ses idéaux de jeunesse pour une existence confortable), et son gigot. « C’est l’évolution urbaine, c’est inévitable, faut savoir s’adapter. » Chacun regarde son voisin sans réagir. Et c’est Paul, Serge Reggiani qui se lance, ironique. « Mais oui, bien sûr, c’est François qui a raison, ceux qui n’ont pas d’argent n’ont qu’à s’arranger… ou pour en avoir ou pour s’en passer… S’adapter, ça veut dire quoi ? Ça veut dire vivre avec son temps, savoir bouger avec la société… »

Cette histoire d’adaptation nous renvoie au XIXe siècle, à Darwin et à sa théorie de l’évolution. « Hé oui, cette histoire de girafe qui doit se nourrir de plus en plus haut, car la végétation est devenue rare au sol, et qui s’adapte. Les girafes à grand cou qui survivent, les autres, à petit cou et courtes pattes qui meurent. »

Plus tard, au XXe siècle, on a parlé de Darwinisme social, l’un autoritaire (détruire méthodiquement les plus faibles), l’autre libéral (laisser les plus adaptés écraser les plus faibles). L’histoire pour le moins chaotique de ce siècle aurait dû nous alerter…

Eh bien non, tout au contraire ! On se retrouve au XXIe siècle avec toujours la même injonction. « Mais il faut s’adapter ! Et il faut s’adapter de plus en plus vite. ». Compétition, performance, mutation, flexibilité, sélection, concurrence, agilité, sauf que s’adapter est de plus en plus difficile, et que le consentement nécessaire est de moins en moins évident.

Une question est toujours restée sans réponse : cet ancêtre de la girafe, à petites pattes et cou réduit, on n’en a jamais trouvé ni trace, ni fossile, ni squelette. À se demander si Darwin n’a pas été dépassé par son imagination !

Un dessin sur l’épaule

Un dessin sur l’épaule

Dans les années 1980, les boutiques de tatoueurs n’avaient pas pignon sur rue et le tatouage vous situait dans une forme de marginalité…

Et puis le week-end dernier, à l’occasion d’une rencontre impromptue, une jeune fille de 19 ans racontait ce motif énigmatique qu’elle avait sur l’épaule droite. On y devinait bien un symbole celte ou irlandais tout en se demandant quel sens cela pouvait avoir. Et la réponse est venue !

« Pendant longtemps, j’ai voulu me faire tatouer mais je repoussais l’idée et je n’ai jamais trouvé les circonstances favorables pour le faire. Et puis un soir, j’étais dans une fête techno et en sortant, j’ai vu, sur le parking, un mec qui proposait des tatouages dans son véhicule aménagé. On a discuté, on a regardé des dessins. Quand je suis sortie du camion avec mon tatouage sur l’épaule, pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti que mon corps était complet. Je m’étais réapproprié mon corps. Enfin, je volais de mes propres ailes. Ce n’était plus le corps qu’avaient fabriqué mon père et ma mère, ce corps précieux qu’il ne faut pas toucher. Là, mon corps était comme séparé définitivement d’eux. »

Devant cette jeune fille qui parlait avec douceur et que l’on sentait apaisée, on a pris conscience que là où l’on ne voyait qu’un dessin plus ou moins réussi, il y avait sans doute quelque chose de beaucoup plus important que ça.

Comme un rite de passage extraordinaire. Le tatouage est souvent une marque, à la fois de prévention et d’apprivoisement d’un corps que l’on a du mal à comprendre, que l’on n’aime pas forcément. Que l’on a du mal à assumer. Pareil pour le piercing.

« Non mais, pourquoi tu crois que l’on se fait un piercing au niveau du nombril ou sur la langue ? Tu t’es déjà posé la question ? Ça ne te dit rien ? La maternité, le cordon ombilical, la tétée, rompre avec le lait maternel… Hé oui, il s’agit de “dématerniser” son corps, et prendre possession de sa propre parole. Je ne suis plus un écho du corps de ma mère ! »

Devant une telle évidence, on est resté sans voix. Fasciné qu’un simple dessin à l’encre bleue sur une épaule ait pu métamorphoser à ce point son existence.

“Une fille au masculin, un garçon au féminin”

“Une fille au masculin, un garçon au féminin”

C’était à l’occasion d’une communication téléphonique professionnelle. « Oui bonjour… Oui, je voulais vous dire… Lucie, mon assistante que vous avez rencontrée l’été dernier… elle nous a précisé qu’elle ne souhaitait plus être appelée madame…. car elle se considérait comme gender fluid ! Et qu’elle, enfin « iel » (un pronom non genré, entre il et elle), donc la prochaine fois que vous la croisez, je crois que ça lui ferait plaisir si vous l’appeliez Cami, c’est le prénom qu’iel s’est choisi ! »

Une fois la communication terminée, s’est posée la question, cette idée de gender fluid, qui qualifie « une personne qui oscille entre les genres, qui ne se fixe pas »... Et là, c’est la découverte de tout un monde, où quand tu te sens plutôt à l’aise dans ta peau d’homme ou de femme, tu es qualifié de « cisgenre ».

Un sondage réalisé par l’IFOP à l’occasion de la diffusion de “Ni fille, ni garçon : enquête sur un nouveau genre”, confirmait que 22 % des français entre 18 et 30 ans ne se sentent ni homme ni femme, et se définissent comme neutres (ils ne se reconnaissent pas de genre) ou bien se définissent encore comme gender fluid (fluide du genre, en français). On découvre aussi que concevoir plus de 2 genres existants revient à avoir une vision non-binaire.

Alors on s’est posé la question : est-ce une mode, une tendance insufflée par les stylistes qui créent de plus en plus de vêtements unisexes, ou quelque chose de beaucoup plus profond, une mutation de la société ? On se rappelle le « 3e sexe » d’Indochine qui chantait “une fille au masculin, un garçon au féminin”… c’était en 1985, il y a 36 ans et naissait un véritable hymne non genré (terme non utilisé à l’époque) auprès des adolescents.

Et c’est cette chanson qu’Indochine reprend aujourd’hui avec Christine and The Queens, devenu Chris, « la pop star française qui défie le genre » comme avait titré le magazine américain Time, en 2016. « Cette chanson raconte quelque chose qui m’est très personnel, quelque chose qui me donne envie d’être libre. […] À un moment où le mot même de liberté reprend tout son sens et son urgence. Les vraies révolutions ne meurent jamais ». Commente-iel

Être libre, avoir confiance en soi, c’est pour beaucoup de jeunes gens faire exploser la dichotomie fille-garçon pour se définir en dehors des schémas classiques, des stéréotypes et des injonctions sociales. Les réseaux sociaux et les influenceurs sont passés par là. Les associations LGBTQ+ ont balisé les discours en reprenant tout un vocabulaire militant venu des États-Unis.

Et puis, on se souvient ! Bilal Hassani, sa perruque blonde, son maquillage, qui représentait la France à l’Eurovision 2019. Les jeunes générations revendiquent, aujourd’hui, une identité différente, maintenant à distance les générations précédentes. Il ne s’agit plus de « jouir sans entrave », mais d’être libre dans son corps et dans sa tête. “Une fille au masculin, un garçon au féminin”, en somme.

L'être ou pas ?

L'être ou pas ?

C’était un mardi, devant l’Olympia, boulevard des Capucines, sur la façade, là où d’habitude sont affichés les noms des artistes, deux mots étaient accrochés :  PAS ESSENTIEL.

On a entendu la colère de l’acteur Pierre Niney : « Franchement c’est dur de se dire que tous les commerces, avions, trains et grandes surfaces de France peuvent accueillir du public... mais pas les cinémas et les théâtres qui ont fait tant d’efforts pour être des lieux irréprochables du point de vue sanitaire… »

L’État répond, sans trop convaincre, que c’est pour éviter les mouvements de population, qui en temps normal à Paris, par exemple, représentent, chaque jour, 50 000 personnes qui se déplacent pour la culture.

Mais dans le même temps, les grandes surfaces sont bondées. Et c’est plus de quatre millions de passagers parisiens qui transitent dans le métro chaque jour. Un choix politique, voire idéologique plus que sanitaire. D’où la réaction de certains dénonçant un gouvernement de « petits commerçants ! ». Ou dénonçant encore le fameux : « Travaillez, consommez, et taisez-vous ! »

Sans parler de l’ouverture autorisée des lieux de culte ! « Je vous jure, ça donne envie d’aller jouer dans les églises et les mosquées… » Non mais là, c’est différent, c’est une décision du Conseil constitutionnel, car la liberté de culte est un droit constitutionnel en France. Aller au cinéma, au théâtre ou au musée ne l’est pas !

Hier, on est tombé par hasard sur le jeu de France 2 « N’oubliez pas les paroles ». Et là, surprise, un public assiste à l’émission. Avec des mannequins pour séparer les gens. Très bien, mais c’est quoi la différence avec une salle de spectacle ? En fait, on apprend après quelques recherches, que ce n’est pas un vrai public, mais des intermittents du spectacle engagés pour l’enregistrement. « Cela permet aux artistes de ne pas jouer devant une salle vide, et de soutenir les intermittents », explique la société de production.

Rien n’est clair. En fait, l’essentiel c’est quoi ? Avec le deuxième confinement, la question s’était posée pour les librairies. Elle se pose toujours pour les théâtres, les cinémas, les musées, voire les restaurants et les bars, lieux de partage s’il en est !

Même si, avant la Covid-19, cela nous semblait déjà une évidence, que la culture nous parle de la vie, nous donne envie de vivre, nous donne envie de nous révolter, d’aimer… Il est évident que c’est bien de ça dont nous avons besoin en ce moment !

Le goût de l’époque

Le goût de l’époque

Tout le monde court après. Trouver, traquer, dénicher les tendances du moment. Mais, c’est quoi le goût de l’époque, à un moment où le coronavirus menace de nous priver du goût comme de l’odorat ?

Le goût de l’époque, les artistes le sentent généralement avant les autres. Comme le plasticien Christian Boltanski qui précisait cette idée. « Un artiste, c’est quelqu’un qui pose un Post-It sur quelque chose que tout le monde à sous les yeux, mais que personne ne voit. »

Et ce goût de l’époque, le Fooding l’a senti bien avant tout le monde. C’était il y a un peu plus de vingt ans, et comme pour tout ce qui touche à ce qui infuse dans la société, ça démarre avec la fête et le monde la nuit. Il faut croire que la nuit, nos sens sont en éveil.

En 1999, Alexandre Cammas sent que la cuisine est en train de bouger. Il cherche une rime à « Clubbing » pour créer un hors-série de Nova Mag, le magazine culturel branché de ces années-là. Alors, ça sera « Fooding », autant pour ce qu’il y a dans l’assiette que pour ce qu’il y a autour. Ainsi sort le premier guide, mille adresses et rapidement, c’est le succès. Le terme devient vite synonyme de fusion entre cuisine, art, musique et design.

Aujourd’hui, le Fooding, c’est la cuisine du monde qui devient accessible en quelques clics. Tu peux t’inspirer d’un plat proposé à l’autre bout de la planète et que tu découvres sur ton smartphone. Le Fooding, c’est aussi aller chercher dans les interstices. Repérer un producteur de carottes anciennes. S’arrêter chez des particuliers qui ouvrent une table, manger une sublime focaccia mozzarella dans un food truck près du Faubourg Poissonnière dans le dixième arrondissement de Paris.

En vingt ans, les produits Bio sont arrivés à grands pas. La saisonnalité qui s’impose partout, manger des asperges au printemps. L’attention porté au sourcing, « il vient d’où, ce poisson ? » Et puis les conditions de travail, ne plus accepter comme une évidence de faire quatorze heures par jour, tout ça parce que dans un restaurant… c’est comme ça. Le Fooding a senti tout ça !

La dernière tendance apparue, ces derniers mois avec le confinement, c’est la vente à emporter, le cuisinier qui se transforme en traiteur. Là encore, s’adapter à l’air du temps…

Récemment, Michelin a racheté 100 % du capital du turbulent guide qui avait créé la Bistronomie, et ce qui faisait l’esprit du Fooding est devenu une marque commerciale. Est-ce que la fête serait finie ? Le prochain goût de l’époque reste à découvrir, dans le monde d’après, bien entendu !

Vacciné(e)s !

Vacciné(e)s !

Donc ça y’est, la campagne de vaccination contre la Covid 19 a commencé un peu partout dans le monde et les premiers chiffres tombent. Au 1er janvier de cette nouvelle année, le Royaume-Uni et Israël ont déjà vacciné plus d’un million de personnes, en Allemagne c’est 200 000 alors qu’en France, on en était à 516 sur tout le territoire…

On a verbalisé trois fois plus de resquilleurs, le 31 décembre, que l’on a vacciné dans les Ehpad. Et logiquement, les critiques fusent de toutes parts.

« On ne peut pas rester sur ce rythme. Les calculs laissent envisager qu’il faudrait trois mille ans pour être vaccinés », a regretté dimanche dernier, un chef du service de réanimation médicale et toxicologique de l’hôpital Lariboisière.

Mais que se passe-t-il ? Pendant des mois, tout le monde réclamait à cor et à cri un vaccin, sachant toutefois qu’un Français sur deux avouait ne pas vouloir se faire vacciner. Alors les labos ont redoublé d’efforts pour sortir dans des temps records des produits testés et validés. Et maintenant qu’ils sont là, l’État français freine des quatre fers.

Et sans surprise, la population qui était déjà l’une des plus sceptiques au monde, l’est encore plus.

« Non mais là, les labos ont bossé beaucoup trop vite, on n’a pas du tout de recul avec cette histoire d’ARN messager, tout ça ne peut pas être sécurisé en si peu de temps ! »

« Mais monsieur, c’est les Big Pharma derrière tout ça, les lobbies pharmaceutiques qui bloquent pour favoriser le vaccin Pasteur qui ne sortira qu’en fin d’année. »

Et revient le film Hold-up et sa théorie du complot selon laquelle la vaccination viserait à implanter une puce électronique dans le corps de chaque individu !

Et tout s’embrouille, et plus personne ne comprend plus rien. Les “antivax” s’en donnent à cœur joie. « Je ne suis pas contre le vaccin mais pour la liberté ! »

Il faut dire qu’après l’épisode des masques qui ne servent à rien puis deviennent obligatoires, les tests plus ou moins aléatoires, trop précis puis pas assez… auxquels s’ajoutent les éléments de langages comme quoi il ne s’agit pas de retard mais de décalage (sic), rien d’étonnant à ce que tout parte en vrille.

Dans les pays du nord de l’Europe, il y a très peu de rejet de la vaccination, car la confiance envers les représentants politiques est beaucoup plus forte qu’en France.

Avec les Français, c’est peut-être au ventre qu’il faudrait parler. C’est simple ! Vu qu’ils mangent, sans retenue, des galettes des rois pendant tout le mois de janvier, il faudrait remplacer la fève par une dose de vaccin. On serait sûr qu’en quelques semaines, on se retrouverait avec les 66 % de vaccinés nécessaires pour atteindre l’immunité collective.

C’est une idée futée, n’est-ce pas ? Mais encore faudrait-il gérer l’épineuse question du choix entre galette à la frangipane au nord ou couronne briochée au sud ! C’est compliqué, la France !

La Couleur de l'année

La Couleur de l'année

En général, il n’y en a qu’une mais pour l’année 2021, on en a découvert deux. Le Pantone 17-5104 Ultimate Gray (un gris “ultime”) et le Pantone 13-0647 Illuminating (un jaune “éclairant”). Un jaune et un gris, donc.

Cela fait plus de vingt ans que le Pantone Color Institute décerne le prestigieux titre de Couleur de l’année à une teinte millésime censée inspirer, pour 365 jours, les créateurs et séduire les foules dans les univers de la mode, de la beauté, de l’automobile, du mobilier ou encore de la décoration intérieure.

Et comment choisit-on la Couleur de l’année ? On imagine tout un rituel, tout un cérémonial pour déterminer, réunion après réunion, dans des bureaux aux quatre coins du monde, la subtile teinte qui va s’imposer. Celle qui cristallise, à un moment donné, l’essence même de notre culture et de notre société. Une prise de température chromatique.

« Je ne sais pas si je crois au pouvoir de la couleur à changer le monde, mais je sais qu’elle peut envoyer rapidement un message. Et parce que la couleur a le pouvoir de nous influencer psychologiquement et physiquement, cela peut certainement influencer notre regard sur le monde », précise une responsable Pantone.

L’appréhension d’une teinte se retrouve toujours prise dans un réseau de significations culturelles, religieuses ou encore techniques, dont nous n’avons pas conscience, mais qui oriente nos goûts et nos préférences. Il n’y a jamais de neutralité dans notre perception de la couleur. Michel Pastoureau, le grand historien de la couleur, ne cesse de le rappeler : « Les problèmes de la couleur ne se réduisent nullement à des problèmes biologiques ou neurobiologiques. Ils sont en grande partie sociaux ou idéologiques. »

Cette année, on imagine aisément que l’état sanitaire mondial a largement influencé le choix de la couleur. On serait tenté de croire que le gris symbolise notre moral au plus bas, et le jaune, la lumière au bout du tunnel. En fait pas du tout !

Pour les oracles de Pantone, « le “Illuminating”, ce jaune vif et joyeux, étincelant de vivacité, est une nuance chaleureuse imprégnée d’énergie solaire. Il se doit de venir appuyer un “Ultimate Gray”qui, lui, symbolise des éléments solides et fiables, qui sont éternels et fournissent une base solide et encouragent les sentiments de sang-froid, de stabilité et de résilience. » Ah oui, quand même !

Nous n’avions pas perçu autant de subtilité et de sagesse. Avec cette richesse de teintes et tant de bonnes énergies, on se dit qu’on n’aura même pas besoin de se faire vacciner dans les mois à venir. Une écharpe jaune et grise devrait suffire à nous assurer une année 2021 paisible !

File d'attente

Samedi 14 h 30, quartier du Marais à Paris. Normalement, le week-end, c’est comme à la sortie du Stade de France : des centaines, des milliers de personnes envahissent la chaussée. Sauf qu’en ce premier jour de réouverture des commerces, il n’y a pas grand monde. Les magasins restent vides ou presque.

Pourtant, au loin, une bonne trentaine de clients patientent silencieusement sur le trottoir, devant la boutique Nespresso, une ancienne boulangerie-pâtisserie redesignée commerce de luxe. Des personnes de tous âges qui attendent sagement de pouvoir acheter le Graal en capsule. Beaucoup sont en couple. Pourquoi venir à deux pour acheter ses capsules de café ?

Que s’est-il passé, ces dernières années ? Les files d’attente, c’était pendant la crise de 1929, c’était le Paris occupé. C’étaient des Parisiens qui attendaient pour du pain, des œufs, du beurre. Le rationnement.

Mais là, des processions immobiles, quasi religieuses pour du café ? C’est un peu la magie de la file d’attente que l’on découvre : faire partie d’un groupe, d’un club, durant un moment. C’est rarement bavard, on ne vient pas là pour ça. Il faut dire que le masque anti-Covid n’arrange rien. Difficile d’engager la conversation. Alors on regarde son smartphone, on attend.

« Est-ce qu’il y en a qui vienne pour la collection Variation Linzer Torte ? » Et là, trois clients lèvent la main et se précipitent vers le vigile qui les accompagne en priorité dans le magasin.

Une femme en pull de cachemire mauve réagit aussitôt : « Je veux bien attendre mais si c’est comme à Eurodisney, ça ne va pas ! Personne n’est prioritaire ! »

Une file d’attente, ça questionne. C’est avoir sous les yeux du manque, de l’envie. Ça matérialise l’invisible, l’impalpable du désir. Qu’est-ce qu’ils attendent qu’ils n’ont pas ? Car bien évidemment, il ne s’agit pas que de café. La capsule, ce n’est que l’appât au bout de la ligne du pêcheur. Ce qu’ils attendent, c’est autre chose, certainement l’appartenance fantasmée à une élite, l’inaccessible…

Un livreur Deliveroo passe en vélo. « Alors, les Gringos, la forme ? Mais vous n’avez toujours pas compris ? Vous pouvez en acheter des cartons de capsules, mais vous ne serez jamais George Clooney ! »

Au secours ! les chasseurs reviennent !

Au secours ! les chasseurs reviennent !

« − Hé, chevreuil, dit le sanglier, tu as entendu la nouvelle ?

− Non, réponds le chevreuil.

− Les chasseurs, ils ont le droit de nous prélever !

Prélever ? fait le chevreuil, une expression d’incompréhension dans son doux regard.

Oui, nous tuer quoi ! ajoute le sanglier. C'est comme ça qu'ils disent dans leur langue. Pour ne pas nous faire de peine probablement.

Mais je croyais que les humains ne pouvaient pas s’éloigner de leur domicile, dit le chevreuil.

Les chasseurs, si ! »

Le renard qui passait par là, en quête d'une proie à se mettre sous la dent, s'approche.

« − Ça va, les gars ?

Moyen, fait le chevreuil, on croyait être tranquille pour une fois grâce au confinement des humains, mais c'était trop beau !

Que se passe-t-il ? dit le renard dont la curiosité légendaire est piquée.

Faut croire que la Covid qui nous a débarrassé d'eux, il y a quelques mois, ne les concerne plus. Figure-toi que les chasseurs sont autorisés à nous chasser.

Pas possible, s'affole le renard en regardant autour de lui comme si une nuée d'humains armés de fusils le tenaient en joue.

Fait gaffe, rigole le sanglier qui conserve son humour légèrement relou, malgré l'adversité, en tant que nuisible tu es en première ligne !

Nuisible toi-même, s'énerve le renard. Toi et tes pareils, il paraît que vous êtes beaucoup trop, que vous faites des ravages dans les champs cultivés. Les agriculteurs vous détestent et pensent qu'il faut absolument réduire votre population. Alors, c'est qui le nuisible ?

Allons, allons, fait le chevreuil qui tente de calmer le jeu, personne n'est nuisible, c'est un truc des humains pour justifier leur comportement et se donner le droit de tuer certains d’entre nous, vous le savez bien. »

Le renard totalement abattu baisse la tête.

« − Je ne les comprendrai jamais ! Leur absence totale de logique me sidère !Et cette obstination à nous chasser alors que leurs magasins sont plein de nourriture. Moi quand je chasse, c'est pour manger, pas pour me divertir.

Ah si tu étais végétarien comme moi, dit le chevreuil, ta vie serait plus simple !

Vegan, le reprend le sanglier.

Oui, vegan, tu as raison, admet le chevreuil.

Moi, je suis flexitarien, se vante le sanglier content de lui, je m'adapte ! »

Le renard regarde ses deux copains, hoche la tête et sourit, une lueur ironique dans son œil doré.

« Sur ce, les amis, dit-il, je vais de ce pas chercher un bon terrier et laisser passer la crise. Je ne suis peut-être pas vegan, ni flexitarien, mais moi au moins je peux me planquer sous terre. »

Le renard se met aussitôt à courir, laissant les deux compères à leurs amères réflexions sur le genre humain.

Ce qui est essentiel...

Ce qui est essentiel...

Pour résumer donc, acheter des chaussettes en laine chez Monoprix, oui ! Mais une chemise au rayon homme, non ! Une lime à ongles orange, oui ! Du rouge à lèvres, non ! Un gâteau pour quatre, oui ! Mais un gâteau pour huit, il semblerait que ça pose problème !

« — Bonjour Monsieur, vous venez d’acheter un gâteau pour huit… Vous avez six enfants ? — Euh, non ! — Eh bien Monsieur, je me vois dans l’obligation de vous verbaliser. Vous n’êtes pas sans savoir que les dîners entre amis sont interdits !  »

Une bouteille de vin chez le caviste, oui ! Mais se réjouir à l’idée d’acheter « Mémoire de fille » d’Annie Ernaux à la librairie du quartier, c’est absolument interdit, parce que pas essentiel du tout. Limite à ce que l’on vous considère comme un dangereux déviant et que l’on vous foudroie avec un lance flamme comme dans « Fahrenheit 451 », le film de Truffaut d’après le roman de SF de Ray Bradbury.

Une fille de 14 ans qui est au collège en 3e, pas de demi-classe et le repas de midi à la cantine supprimé. Mais elle peut continuer la piscine le lundi en fin de journée, avec l’association sportive de l'établissement.

Un garçon plus âgé qui vient de rentrer en école d’ingénieur à Cergy-Pontoise… enfin, il vient plutôt de sortir après trois semaines de cours chaotiques. Tout à distance, plus de resto U, plus d’associations, plus de soirées, plus de rencontre entre jeunes. Il a 19 ans.

Le même qui veux passer son permis de conduire… « Mais tout à fait, l’examen du permis est maintenu pendant le confinement. Un détail toutefois pour les leçons de conduite, et il en faudra une bonne vingtaine, elles sont interdites ! »

La chasse au sanglier et au chevreuil oui, bien sûr, mais la pêche au brochet en rivière, pas possible ! À Paris, prendre le métro sur la ligne 13, où l’on est collé-serré, oui, sans problème ! Mais pratiquer le surf à Biarritz, seul au milieu de l’océan, non !

Et puis nouvelle allocution du président Macron, toujours un peu paternaliste. « Bon, c’est bien, vous avez été raisonnables, le dernier week-end de novembre, l’étau va se desserrer ». Les commerces non essentiels vont pouvoir rouvrir… mais pas tous.

Et pour les restaurateurs ? Et pour les étudiants ? Les premiers attendront janvier, si tout se passe bien. Les seconds attendront février et fermeront le bal des réouvertures. Les crêpes de la Chandeleur auront un goût d’espoir… on garde le moral !

« Bien évidemment que la terre est plate ! »

« Bien évidemment que la terre est plate ! »

Pour eux, c’est une évidence ! Eux, ce sont les platistes et ils sont de plus en plus nombreux dans le monde à penser que la terre est plate comme une pizza.

En clair, la terre, c’est un disque sur lequel on aurait collé un planisphère, avec au centre, le pôle Nord. Tout autour, l’Antarctique qui forme une barrière de glace empêchant l’eau des océans de déborder. Avec au-dessus, une sorte de cloche à fromage dans laquelle tournent le soleil, la lune, les astres.

La communauté platiste n’est pas née d’hier : l’organisation la plus connue, La Flat Earth Society, a été officiellement fondée en 1956 en Angleterre. Pendant des années, elle a vivoté. Elle comptait péniblement 3 000 membres avant de tomber dans l’oubli dans le courant des années 1980. Mais depuis le tournant du 21e siècle, elle renaît et se développe grâce aux réseaux sociaux.

Aujourd’hui, 12 millions d’Américains pensent que la terre n’est pas ronde. On parle même de 9 % de Français. Sur Google, les recherches contenant comme mot clé « terre plate » ont triplé en quatre ans.

Pour le platiste, le principal argument reste la planéité de l’horizon. « Tu regardes au loin, même très loin, c’est horizontal, toujours, non ? C’est bien la preuve que la terre est plate. » C’est vrai qu’à part les astronautes, rares sont les personnes à avoir vu la terre de loin comme une sphère.

Et comme, pour le platiste, la conquête spatiale n’est qu’un complot destiner à soutirer l’argent des contribuables. Que depuis le premier pas de l’homme sur la lune, en 1969, on parle de mise en scène, d’images truquées dans les studios d’Hollywood. Eh bien, la terre reste plate !

De toutes les façons, les platistes ont une vérité toute simple : « Oui, le soleil, la lune, les astres sont ronds mais si la terre est plate, bien évidement que cela signifie que nous sommes une exception dans l’univers, et cette exception n’a pu être créée… que par un être supérieur. » CQFD.

On nous dit que près de Washington, sur le green du golf de Sterling cher à Donald Trump, cette balle de golf aurait dû rentrer sans dévier au trou numéro 7, vu que la terre est plate ! Impitoyable vérité !

Le meilleur président golfeur

Le meilleur président golfeur

On se souvient de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidentielle de 1974, et du documentaire « Une partie de campagne » de Raymond Depardon. Le futur président avait été bluffé par la primaire de John Fitzgerald Kennedy, dans le mythique « Primary » de Richard Leacock, en 1960...

Giscard rêvait d’être lui aussi immortalisé sur la pellicule, conscient de la possibilité de l’emporter contre François Mitterrand, le candidat de la gauche. La scène finale où vers 19 heures, il s’isole au palais du Louvre dans son appartement de fonction du ministère des Finances. Il attend sur la terrasse le résultat des votes à la télévision. Le téléphone sonne enfin, il est élu. Il se lève et part en voiture, seul. Une autre époque.

C’est à cette scène que l’on pensait, samedi dernier, en découvrant les résultats de l’élection américaine. Joe Biden venait d’être élu président des États-Unis. Le sourire et le poing rageur de ce monsieur de bientôt 78 ans que Donald Trump, âgé lui de 74 ans, a régulièrement affublé du surnom de Sleepy Joe. Joe l’endormi. Avec des variantes, Crazy Joe Biden, Sleepy Creepy Joe, O Biden, China Joe, Corrupt Joe, Slox Joe, 1% Joe, Joe Hiden… Pas besoin d’être bilingue pour comprendre le besoin de Trump de rabaisser toujours plus son adversaire qu’il considère comme un ennemi. Joe Biden venait d’être élu 46e président des États-Unis.

Pendant que ses supporters laissaient éclater leur joie dans les rues de New York, de Washington et de biens d’autres villes encore, Donald Trump, comme souvent, faisait du golf à Sterling en Virginie. C’est là qu’on lui annonça qu’il avait perdu. Quatre heures plus tard, il rejoignait la Maison Blanche et envoyait un tweet rageur. « J’ai gagné cette élection, de loin ! » En lettres capitales.

« Le réel, c’est quand on se cogne », disait le psychanalyste Jacques Lacan. Et c’est bien tout le problème. Donald Trump a toujours eu cette capacité à se créer un univers parallèle où la réalité est de plus en plus distante. Cette élection, il l’a bien évidemment gagnée. Peu importe le comptage des bulletins de vote, comment cela pourrait-il en être autrement ?!

Selon un magazine spécialisé, Donald Trump a été élu « meilleur président golfeur des États-Unis ». Ce samedi 7 novembre, c’était la 284e fois depuis son investiture en 2016, qu’il rejoignait les greens de Virginie. Tous les cinq jours à peu près ! Les spécialistes le confirment, Donald Trump est bien meilleur sur un “drive” de 200 mètres que Barack Obama, son prédécesseur à la Maison Blanche.

Le musée Madame Tussauds, à Londres, connu pour ses statues en cire hyperréalistes de célébrités, a « rendu hommage » au président golfeur en changeant sa tenue. Le toujours milliardaire mais ex-président apparaît maintenant avec sa légendaire casquette rouge « Make America Great Again» et sa tenue de golf du plus bel effet.

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