N OISE
Nos contacts : 
[javascript protected email address] 01 82 73 14 81
Pauses by Noise

Retrouvez-nous, chaque jeudi, pour une nouvelle Pause by Noise.

Rat des villes, rat des champs

Rat des villes, rat des champs

Suite au confinement dû au Covid-19, des milliers de citadins sont partis se réfugier à la campagne. La cohabitation avec les locaux n’est pas facile.

Il n’a pas fallu attendre longtemps, pour constater que la crise sanitaire, due à la pandémie de Covid-19, était un incroyable révélateur de notre société.

Sitôt la confirmation du confinement annoncée par le président de la République, on a vu une partie des Français ranger leurs affaires et partir se réfugier dans leurs résidences secondaires. Par la route ou par le train. Ces privilégiés ont fui les grandes agglomérations, Paris mais aussi Lyon, Bordeaux, Nantes, suivant les recommandations anciennes d’Hippocrate, le père de la médecine : “En cas d’épidémie, partir vite, loin, longtemps et revenir tard !”

En région parisienne, c’est environ un million de Franciliens qui ont déserté.

L’exemple de Belle-Île-en-Mer est confondant. Une île où aucun cas de Codiv-19 n’était signalé avant l’annonce officielle et qui voit débarquer le mardi 17 mars, environ 600 Parisiens. En quelques heures, ils vont vider les supermarchés et remplir leurs congélateurs. Le Carrefour Contact du Palais, la commune principale de l’île, a multiplié son chiffre d’affaires par quatre. Effrayés, beaucoup de locaux craignent qu’en cas de crise, le modeste hôpital soit complètement engorgé. Et le lendemain, de voir les parisiens préparer les vélos pour faire de belles balades à travers l’île. Des pique-niques sur les plages…

Malgré la douceur printanière, les invectives ont vite fleuri sur les comptes Facebook d’insulaires en colère : « Rentrez chez vous », « Vous nous apportez le virus », « Allez passer vos vacances ailleurs », « Vous allez saturer nos hôpitaux ». Sur l’île de Noirmoutier, ce sont les voitures immatriculées 75 qui en ont fait les frais… les quatre pneus crevés.

La semaine passée, à Belle-Île, le maire du Palais assurait que, après quelques jours de vives réactions « les tensions étaient un peu retombées ». Les contrôles policiers se sont renforcés et la prise d’arrêtés municipaux interdisant l’accès aux plages, promenades à vélo a permis à chacun de retrouver le calme et la raison.

Une mère de famille du 11e arrondissement parisien assure qu’« il n’est pas question pour nous de venir ici pour contaminer quiconque. Depuis notre installation, on se calfeutre, en profitant du jardin le matin, quand le soleil donne sur la terrasse. Mais regardez, les hortensias sont magnifiques ».

À Kergolay, à l’est de l’île, on a appris qu’un musicien professionnel venu de la capitale, un joueur de cor d’harmonie, s’était vu signifier par son voisin électricien que « le cor de chasse à 20 heures, ce n’était pas possible, que les gens sur l’île ont besoin de calme ! On n’est pas à la Philharmonie ici. »

L’autre voisin parisien de notre musicien est par contre, lui, aux anges, pour savourer le calme du confinement.

Tous confits dans le PQ !

Tous confits dans le PQ !

Pandémie de coronavirus. Pourquoi les gens se sont-ils rués sur le papier toilette ?

Ce mercredi matin, 10 heures, et l’on se dit que l’on va aller faire des courses au supermarché du quartier. De vraies courses pour la semaine où l’on remplit un grand caddie, plus un sac, pour éviter de ressortir au bout de trois jours, confinement oblige.

À l’extérieur, la queue est modeste, cinq personnes qui respectent bien les distances de sécurité, en raison de la pandémie de coronavirus. On entre un par un, au fur et à mesure qu’une personne sort.

À l’intérieur, tout le personnel porte un masque, les caissières sont protégées derrière un écran de Plexiglass. On traverse le magasin et là, surprise, les rayons sont pleins. Des pâtes, du riz, du lait, des conserves en masse. Quand on arrive dans l’allée des produits ménagers, changement d’ambiance… quatre linéaires entièrement vides.  Plus un seul rouleau de papier toilette. « Ah oui, quand même, mais qu’est-ce qui pousse les gens à acheter massivement du PQ ? »

On pose la question au magasinier qui remplit les rayons. « C’est tout bête, mais les rouleaux de papier toilette sont volumineux. On ne peut pas mettre plus de 50 à 60 paquets par rayon, donc ça disparaît très vite, en faisant un gros trou dans les linéaires… Et les gens se disent qu’il y a une rupture de stock et donc achètent massivement. Vous voyez là, je remets des boîtes de conserves, du maïs, des haricots, c’est plus petit, et je n’aurai pas besoin de revenir réapprovisionner avant le milieu de la journée. Avec le papier toilette, il faudrait que je revienne toutes les demi-heures. »

Ok, mais quand même, pourquoi le PQ et pas les gros paquets de pâtes ? Le PQ, c’est logiquement l’hygiène pour effacer le sale. On voit bien qu’aujourd’hui, tout le monde cherche à se protéger et qu’il n’y a rien à se mettre sous la main. Pas de masque, peu de gel. Et l’on nous dit que le plus efficace, c’est de se laver les mains, régulièrement, mais ça ne suffit pas, c’est pas concret, c’est pas identifiable le laver de mains.

Il y a sans aucun doute un truc avec le sentiment de dégoût. Et ce qui est très accessible, pas cher et très volumineux, c’est le rouleau de PQ. C’est facilement identifiable et ça rassure. L’antidote du dégoût. « Le matin, j’ouvre le placard au dessus du lavabo et waouh, qu’est-ce que ça fait du bien de voir ces gros paquets de PQ. »

Le gros paquet de 12 rouleaux de papier toilette ultra résistant et double épaisseur est devenu l’icône de la panique collective. Et tout ça, pour le prix d’un petit flacon de gel hydroalcoolique.

Sauf que l’on ressort du supermarché, pas complètement convaincu, en se posant quand même la question : « OK, mais moi, je fais comment sans papier toilette ? »

Et tu fais quoi ?

Et tu fais quoi ?

Depuis lundi dernier, on passe beaucoup de temps au téléphone. Pour tout avouer, par facilité, on avait pris l’habitude des mails et des textos.

Depuis lundi dernier, la voix des proches est devenue très importante. On a entendu Jean-Louis Murat en parler et l’on a été conquis : « La voix est notre miroir, encore plus que le regard, certainement plus ! Si je vous écoute, je sais beaucoup plus de choses de vous que si je vous regarde. »

Alors on a parlé, on a écouté…

— Je ne bois plus que deux cafés le matin.

— Je voulais prendre rendez-vous chez le coiffeur, la semaine dernière, et puis j’ai oublié et là, avec le confinement, non mais tu te rends compte, à quoi je vais ressembler dans quelques semaines !

— Alors on s’est dit, on va agrandir l’appart, on va mettre les fleurs sur le palier et dans l’escalier, comme ça, en fin de journée, on sort juste cinq minutes sur le pas de la porte et on a l’impression d’être au jardin, c’est cool !

— J’avais pas compris au départ, mais pour les ados, le confinement, c’est pas le problème. Le problème, c’est le confinement AVEC leurs parents.

— J’ai reçu un mail de Brigitte et figure-toi qu’elle a signé “Bonne vie confite”, j’ai pas trouvé ça hyper positif, non ?

— Moi, je vais à l’atelier, j’ai du boulot, je peins des roses pour un décor en trompe-l’œil, et je passe huit heures à peindre. C’est pas de masque dont on a besoin, c’est de fleurs. C’est des roses qu’il faut distribuer, pour que les gens restent à la maison.

— Moi, ça me saoule, les gens qui courent en bas dans la rue. Ils te disent : “J’ai trop besoin de me défouler, de courir !” Non, mais les mecs, ça fait une semaine. C’est pas comme si vous étiez retranchés dans une cave depuis trois mois… ça fait une semaine. Les Jean Moulin du jogging, c’est bon !

— Les attestations, je ne les imprime pas. Je demande à mes gamins de les recopier à la main, ça les occupe.

— C’est marrant, il y a encore quelques jours, on nous bassinait du matin au soir, avec l’intelligence artificielle, les algorithmes, la virtualité… On les entend plus trop ceux qui nous prenaient pour des gros beaufs, des attardés de la start-up nation. C’est très basique ce qu’on vit, c’est pas virtuel du tout, soit on s’en sort, soit on crève.

— Et tu fais quoi ? Tu en profites pour terminer le bouquin que tu as commencé à écrire, il y a deux ans ? Non ? Ah, rien du tout ? Tu en profites pour ne rien faire du tout ? C’est bien aussi, finalement !

Le silence du premier soir…

Le silence du premier soir…

Pandémie de coronavirus. Au premier soir du confinement, un silence assourdissant nous entoure. Nous ne pouvons plus voir nos proches…

Mardi 17 mars, minuit, première nuit du confinement. On ouvre la fenêtre de la chambre qui donne sur l’avenue de la République à Paris. “Un silence assourdissant” comme écrivait Albert Camus dans « La Chute ». La semaine passée, un autre livre de Camus s’était très bien vendu, « La Peste ». Les mots nous suivent, nous accompagnent. Les mots des écrivains nous aident à vivre le quotidien.

Dans la nuit, pas une voiture. Seul, un homme marche un sac à la main. Pas un bruit, on ne sait pas où il va. Voilà, on en est là avec la pandémie du covid-19 qui se répand comme un nuage invisible sur toute la ville.

Durant la journée, dans l’immeuble d’en face, les gens étaient devant leur fenêtre, ouverte. A regarder, à simplement regarder la rue. Fumer une cigarette en regardant dehors. Pour ne pas trop se sentir enfermé. Pour respirer.

En deux jours, on est passé d’un vote démocratique pour les municipales, à une restriction des libertés comme personne en France n’en avait connu, depuis la Seconde Guerre mondiale. On a demandé aux gens de faire l’effort d’aller voter dans la journée. Le soir, au journal de 20 heures, les élections étaient bien loin. Quel pourcentage, dans quelle ville, la droite, la gauche, les écolos, LRM, le RN… la pandémie était dans tous les esprits, les résultats de tel ou tel parti n’ayant plus aucun intérêt.

Ne plus pouvoir sortir dehors, ne plus pouvoir faire ce que l’on veut, et peut-être, le plus difficile, ne plus pouvoir voir ceux qui nous sont chers. Ce soir, au journal télévisé de France 2, le Premier ministre Édouard Philippe a répondu à une question sur la possibilité de se rendre à l’enterrement d’un proche. « Ce que je vais vous dire est très difficile, terrible à entendre, mais non, vu la gravité de la situation, on ne peut pas se rendre à un enterrement. Nous devons limiter au maximum nos déplacements ! » L’étau se resserre comme jamais.

Alors bien sûr que l’on a testé les discussions sur Skype. Mais c’est tellement différent, cela reste de l’image et l’on ne s’y fait pas. On a le sentiment de parler tout seul devant un écran qui bouge. Sur Skype, on ne sait pas comment terminer une discussion, sans faire disparaître l’autre… On n’est pas sûr de renouveler l’expérience. On préfère téléphoner, la voix paraît plus proche.

On apprend dans la soirée que demain, la Belgique adoptera un confinement généralisé.

En fin de journée, on a cru entendre un oiseau.

“C’est à moi de choisir ?”

“C’est à moi de choisir ?”

On s’est tous retrouvés un samedi matin, au supermarché, avec son panier devant le rayon de café, à ne pas savoir quoi prendre. Le prix oui, bien sûr, mais pas que…

Brésil, Colombie, Guinée, Équateur, Honduras, Pérou, Costa Rica, Kenya, Éthiopie… « Ah oui, quand même, le nombre de pays où l’on produit du café, j’aurais jamais imaginé ! »

Alors on prend un paquet et c’est là que ça vrille, quand on découvre la petite mention « café issu du commerce équitable certifié ». Et on relit encore une fois, et là, on regarde à côté dans les rayonnages et l’on comprend quelque chose.

En gros, on comprend que les autres cafés sont produits par des groupes tout puissants, peu scrupuleux à accorder une rémunération juste aux petits cultivateurs. « Moi, j’en veux pas de ce café, je ne veux pas être le complice de ces multinationales. Ce n’est pas optionnel, ça ne devrait même pas exister, ce cas de conscience ! »

Ce qu’on comprend, c’est que là, dans le supermarché, on me demande de faire un choix individuel qui devrait logiquement être fait par la grande distribution. Le chocolat, les bananes, le thé issus du commerce équitable, le bio garanti sans OGM, le produit avec emballage recyclable… en gros pour chaque article, j’ai le choix. Choisir ce qui est bien, plutôt que ce qui est mal.

Sauf que le mal fait parti de mon choix. Que le mal exploitant les hommes ou la nature… tout ça est en vente libre, là sous mes yeux et que c’est à moi de me démerder avec mes états d’âme. Moi petit consommateur individuel.

Est-ce qu’un jour, on pourrait imaginer que l’on pense au bien collectif ? Est-ce qu’un jour, on pourrait imaginer que les États, les responsables politiques s’engagent concrètement pour le bien de tous ?

On ne peut pas laisser au consommateur le choix d’acheter du lait qui ne permet pas aux éleveurs de bovins de simplement vivre de leur travail. En invoquant la libre concurrence.

Bon, finalement, on a pris deux paquets de café d’Éthiopie « issus du commerce équitable certifié ». On aime bien les coureurs de marathon qui sont presque tous éthiopiens. Comment ? Oui, c’est vrai il y a aussi pas mal de Kényans sur la ligne d’arrivée…

La guerre de l’attention… jusqu’au bout !

La guerre de l’attention… jusqu’au bout !

On n’a pas compris, tout de suite, en arrivant au sous-sol du bar qui retransmettait le match de football. On n’a pas compris pourquoi des écrans vidéo étaient allumés au-dessus des urinoirs.

Quand on a percuté, on s’est dit qu’on en était là. Le moment où l’on t’impose des spots publicitaires, quand tu es tout simplement en train de te soulager.

L’argumentaire de la start-up française, qui a imaginé ce concept, est bien rodé. Les messages publicitaires seraient, étude à l’appui, bien mieux mémorisés aux toilettes qu’ailleurs. Le taux de mémorisation d’un contenu ou d’une marque y serait, en effet, de 85 %, contre 75 % au cinéma, 34 % pour l’affichage métro, 17 % à la télévision, 11 % sur les réseaux sociaux et 9,5 % à la radio. En résumé, aux toilettes, la personne est seule, sans éléments distractifs, et donc plus captive.

Plus captive ? Tu n’es pas captif, tu es juste peinard ! Tu ne demandes rien, tu demandes juste qu’on te laisse tranquille. C’est trop demander, trente secondes de miction paisible sans injonction à consommer ?

Terminé, l’époque où tout le monde profitait de la mi-temps et des tunnels de pub à la télé pour aller aux toilettes. On les imagine bien, les pros du marketing avec leurs Post-it et leur paper board : « Bon, les mecs… Quel est l’endroit où le consommateur est suffisamment au calme et isolé, pour qu’il soit bien réceptif ? Certainement pas un lieu de passage ! Il faut un lieu d’attente, cinémas, gares, aéroports… mais là, il y a déjà encombrement. Restos, bars, ok, mais pas facile de s’incruster… en fait, le seul créneau de pause réelle, c’est quand le mec va aux toilettes… là, en douceur, on lui envoie une pub pour une société de VTC qui pourra le ramener chez lui. Logique et efficace ! »

La France n’est pas le seul terrain de jeu de cette guerre de l’attention poussée à l’extrême. En 2019 à Madrid, le stade Santiago Bernabéu du Real Madrid, s’est équipé en urinoirs avec écran intégré. Ainsi, les supporters peuvent continuer à suivre le match en cours et ne pas échapper aux messages publicitaires des sponsors.

En novembre 2019, en France, des députés de l’opposition ont déposé à l’Assemblée Nationale une proposition de loi pour « uriner en paix » sans écrans publicitaires dans les toilettes. On en est là effectivement, à devoir préserver ce petit moment d’intimité.

La rançon de la mondialisation

La rançon de la mondialisation

Du comment tout ça a commencé, on ne sait trop rien, sinon que la première fois que les médias français ont parlé du coronavirus, c’était le 9 janvier dernier.

Au départ, on nous dit que c’est chinois et que c’est loin, donc pas de panique. On nous explique que le coronavirus (Covid-19), est passé de l’animal à l’homme. Il y aurait sans doute eu une mutation du virus.

Rien à voir avec les soupes de chauve-souris, même si au départ, la souris volante a pu être porteuse du virus. Il y a de fortes chances qu’un autre ou plusieurs autres animaux aient servi d’hôtes intermédiaires. Et puis l’homme s’est retrouvé infecté.

Premiers malades, premiers morts en Chine à Wuhan, la capitale de la province du Hubei qui compte 11 millions d’habitants. Mais il n’y a rien à craindre, les autorités chinoises prennent les choses en main. Un hôpital pouvant accueillir 1 000 lits sort de terre en 10 jours ! Caméras thermiques dans les aéroports. Confinement.

On nous dit de relativiser. La grippe classique tue chaque année entre 290 000 et 650 000 personnes dans le monde. Mais la grippe classique a un taux de mortalité faible, de l’ordre de 0,006 %, alors que le Covid-19 tue 3 % des personnes infectées, soit 500 fois plus que la grippe.

À travers le monde, c’est quelque 81 000 personnes qui se retrouvent contaminées dans une quarantaine de pays. Trois pays inquiètent particulièrement l’OMS : l’Italie, la Corée du Sud et l’Iran. En moins de 48 heures, l’Italie est devenue le pays le plus touché d’Europe, sans que l’on sache comment.

On parle d’urgence, de fermeture des frontières, de mise en quarantaine, de check-points, de pénuries. Les usines restent à l’arrêt ou ne fonctionnent qu’au ralenti. Il y a comme un vocabulaire de temps de guerre.

L’économie mondiale est touchée, bouleversée. L’énergie, le transport aérien, le luxe, le tourisme. C’est un modèle de société qui se retrouve remis en cause.

En Chine, c’est la première fois depuis quatre ans, que l’on utilise aussi peu de charbon. Sur la même période, la pollution au dioxyde d’azote au-dessus des grandes villes chinoises de Wuhan et de Nanjing, est inférieur de 30 % à 50 %, par rapport à l’an passé. L’air est devenu “plus propre”. C’est le grand paradoxe, on respire mieux à cause du virus !

Embouteillage virtuel

Embouteillage virtuel

L’application de navigation Google Maps fête ses 15 ans. Et pour beaucoup d’automobilistes, c’est devenu un réflexe, comme de boucler sa ceinture.

« Tu montes dans ta voiture, tu allumes l’autoradio et tu entres les coordonnées de ta destination sur le GPS, sans même trop réfléchir. Et tu suis les indications. »

Le principe est simple. Quand sur une même route, Google Maps repère une forte quantité de connexions GPS (Global Positioning System), l’application en déduit « logiquement » qu’il y a de nombreuses voitures, d’où un ralentissement possible.

Sur l’écran du portable, la route change de couleur et devient orange ou rouge, ce qui indique aux automobilistes connectés les risques d’embouteillage. Google Maps propose alors un autre itinéraire pour contourner le bouchon, en train de se constituer.

Il y a quelques semaines, Simon Weckert, un artiste berlinois, a eu envie de court-circuiter le fonctionnement de l’appli de navigation du géant de Mountain View. « Toutes ces applications qui envahissent notre quotidien sont au final très fragiles. »

Il n’a pas débauché une armée de hackers russes, il a simplement rempli une charrette d’une centaines de smartphones, dont il a au préalable activé la navigation sur Google Maps.

Et puis, tranquillement, il est parti marcher dans les rues de Berlin en tirant, sa charrette. Et là, le résultat ne s’est pas fait attendre : en quelques secondes sur l’application, les rue parcourues par l’artiste sont passées du vert à l’orange, puis au rouge. Comme s’il y avait une concentration de 100 voitures roulant au pas. Un embouteillage virtuel.

Car Google Maps est aujourd’hui incapable de différencier les personnes se déplaçant en voiture de ce lles qui marchent. Du côté de Google, on salue le geste de l’artiste, minimisant toutefois l’impact.

La firme californienne a affirmé qu’elle allait s’en servir afin de bonifier son application : « Nous avons lancé la possibilité de faire la distinction entre les voitures et les motos dans plusieurs pays, dont l’Inde, l’Indonésie et l’Égypte, mais nous n’avons pas encore ajouté le chariot. Que ce soit via une voiture, une charrette ou un chameau, nous aimons voir les utilisations créatives de Google Maps, car cela nous aide à améliorer le fonctionnement des cartes au fil du temps. »

Ça serait bien que Google parvienne à corriger rapidement cette « légère faille », car le chariot de Simon Weckert pourrait bien inspirer plus d’un militant souhaitant voir moins de voitures dans les rues de nos agglomérations.

Qui peut, par exemple, interdire à quelqu’un de demander à tous les usagers du métro de se connecter en même temps à l’application ? Histoire de faire croire à Google que ce sont des milliers de voitures qui circulent…

Liberté !

Liberté !

Près de deux mois de grève et l’envie d’ailleurs, l’envie de mer et de liberté. On est en 1968, et neuf marins chevronnés prennent le large depuis l’Angleterre pour relever le défi lancé par le quotidien le Sunday Times. Un tour du monde à la voile en solitaire, sans escale. Le Golden Globe Challenge.

À cette époque, aucun marin n’avait réussi cet exploit. C’est le 22 août 1968, que Bernard Moitessier, un Breton né à Hanoï, alors âgé de 43 ans, s’élance de Plymouth. Il navigue sur Joshua, son bateau fétiche dont il a conçu les plans.

« Bientôt quatre mois que nous avons quitté l’Angleterre, je savais que mon voyage irait loin, mais je ne pouvais pas savoir qu’il irait peut-être plus loin encore. Parmi les jalons impalpables de la mer et du temps. »

Le 26 février 1969, après 300 jours, alors qu’il fait la course en tête, le navigateur passe le cap Horn et commence sa remontée vers le nord. Le 18 mars, il croise un cargo et remet tout en cause. « Je suis presque arrivé au tournant de ma route. Je sais, depuis l’océan Indien, que je ne veux plus rentrer là bas ! Je ne veux pas retourner à la “civilisation”. »

Bernard Moitessier s’approche du bateau de commerce et à l’aide d’un lance-pierre, envoie un message : « Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme. »

Alors que tout le monde l’attend en vainqueur, Bernard Moitessier détourne son chemin et fait route vers le cap de Bonne-Espérance pour entamer un second tour du monde vers le Pacifique et la Polynésie.

Sur les neuf skippers, seul l’Anglais Robin Knox-Johnston terminera son tour du monde et arrivera en vainqueur, le 12 avril 1969, à Falmouth, après 313 jours de mer. Mais le véritable héros de ce premier Golden Globe Challenge reste Bernard Moitessier.

La longue route s’achèvera, pour lui, le 21 juin 1969. Après dix mois de navigation et 70 000 km, seul, sans toucher terre, il arrive à Papeete. Son bateau s’immobilise enfin.

« L’ancre est mouillée. Je reconnais des silhouettes familières. Puis les visages des copains. Ils forment un groupe immobile, un peu à l’écart des curieux.
— Ça va, vieux frère ?…
— Vous êtes chics, d’être là…
— Tu es chic, d’être arrivé. »

Il faudra plus de deux ans à Bernard Moitessier pour écrire « La Longue route », un “livre Graal” qui inspirera des générations de marins et de militants associatifs.

« Il ne s’agit pas de dompter ou d’affronter les dragons qui nous entourent, il s’agit d’apprendre à naviguer à leurs côtés. »

Osso bucco !

Osso bucco !

« — Tu cours toujours le mardi matin aux Buttes-Chaumont, avant de venir à l’agence ? » Depuis cet automne, Régis paraît en belle forme quand il arrive pour sa journée de travail. Apaisé et calme dans ses mouvements.

« — C’est devenu un repère dans ma semaine, je pars de chez moi vers 7 h 40… Une heure de footing tranquille aux Buttes-Chaumont et je reviens prendre une douche.

Et hier matin, en passant près du lac, là où il y a un gros micocoulier, j’ai croisé un groupe d’adultes. Je n’ai pas vu de femmes, mais des hommes de 40 ans, peut-être même 50 ans. Ils étaient tous rassemblés autour d’un homme portant une grosse écharpe en laine et coiffé d’une toque de fourrure. On entendait un bruit sourd, ils parlaient tous en même temps sans que l’on puisse distinguer quelque chose.

Et puis 20 minutes plus tard, quand je suis repassé par le bas du jardin, j’ai de nouveau repéré le groupe. Je me suis dit que j’allais marcher, souffler. Les hommes étaient encore plus près du chef à fourrure. Je me suis fais discret, genre sportif qui intériorise l’effort, et arrivé à trois, quatre mètres, comme un cri poussé, j’ai entendu “Osso bucco” suivi d’un grand “Oooohhhhhhh !” Qu’est-ce que ça voulait dire ?

J’ai repris ma foulée sans me retourner. Et puis au tour suivant, plus personne, plus de groupe, plus de chef à fourrure. Une mère avec une poussette jaune sous le micocoulier parlait au téléphone.

Ce matin, détendu par une heure de course, je retombe sur le groupe. Et là, je me dis que ce n’est pas un hasard… Groupuscule énergétique sur un point cosmo-tellurique, secte complotiste italienne, illuminatis découvrant le symbolisme végétal, francs-maçons vénérant le Grand Architecte de l’Univers ?

Je décide d’adopter la même tactique que la veille. Arrivé près du lac, je commence à marcher, à respirer en rythme avec une approche discrète. Le chef à fourrure a les yeux révulsés, je continue à marcher, quand soudain, un mot jaillit du groupe… “Coq au vin !” Brouhaha, Oooohhhhhhh, aaaahhhh… et puis plus rien. Plus rien.

Et là, je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai crié de tout mon souffle : “kebab !” Oui, j’ai hurlé kebab ! Ils m’ont regardé, hagards et sont restés sans voix. Le chef à fourrure est sorti du groupe et a jeté quelque chose par terre : sa toque. Et j’ai repris ma course sans me retourner.

— Et la mère avec la poussette, je suis sûr qu’elle savait la mère… tu ne lui as rien demandé ? Coq au vin, quand même, c’est un signe, non ? »

Galette vs gâteau des Rois

Galette vs gâteau des Rois

Le pays est agité, depuis plus d’un mois, par la contestation contre le projet de réforme des retraites, l’Australie endure des feux de forêt proches de l’Apocalypse, les tensions entre l’Iran et les États-Unis sont très vives, mais la galette de l’Épiphanie est une tradition que les Français ne manqueraient pour rien au monde.

Le 6 janvier, c’est incontournable, tout le monde se réunit, au bureau ou en famille, autour d’une galette. Et là, personne pour critiquer l’aspect religieux de la chose, les Rois Mages, le Christ, l’étoile de Bethléem, l’or, la myrrhe et l’encens… Au pays de la laïcité, tout le monde reprend une part de galette sans état d’âme.

« — Mais Monsieur, c’est païen, la galette! Cela renvoie aux Saturnales romaines, où tout était déjà là… Le 6 janvier, quand les jours commencent à s’allonger de façon sensible, la vraie fève séchée, que l’on cache dans un gâteau, et puis le plus jeune de l’assemblée qui file sous la table pour désigner à qui l’on allait donner telle ou telle part. Et celui qui aurait la fève, qu’il soit esclave ou seigneur, devenait le roi pour la journée. »

Sauf que, encore aujourd’hui, que l’on vive dans le Nord ou dans le Sud, ce n’est pas le même gâteau que l’on déguste entre amis.

Au Nord, les amateurs de galettes à la frangipane qui payent une fortune la garniture à l’amande écrasée, et dans le Sud, ceux qui ne jurent que parle gâteau des Rois, une couronne briochée parfumée à la fleur d’oranger, recouverte de grains de sucre et de fruits confits. Et elle vient d’où, cette scission ? Elle correspond, plus ou moins, aux langues parlées au Moyen Âge, langue d’oïl au nord et langue d’oc au sud. « Galette d’oïl vs gâteau d’oc ».

Mais au fait, on mange de la galette ailleurs qu’en France ? Peu, mais par exemple, ça commence à venir aux États-Unis, sauf que là-bas, c’est compliqué de s’y retrouver. On trouve des galettes, mais avec une fève posée dessus. Alors forcément ce n’est pas la même chose !

Et pourquoi à l’extérieur ? Parce qu’il est interdit de vendre de la nourriture avec un objet à l’intérieur. Le procès est vite dégainé, si quelqu’un se casse une dent… Donc, sur la galette, tu vas trouver une étiquette : “Hide the trinket inside”.

Un des paradoxes de ce pays, qui a peur de s’étouffer avec une fève, mais où tu peux acheter un fusil d’assaut semi-automatique AR-15. Là c’est open bar 24 heures/24!

À New York, Le Pain Quotidien a trouvé la parade, la fève glissée dans la galette est comestible, c’est une amande recouverte de chocolat… Le problème, c’est que beaucoup la mange… et plus de fève, plus de Roi !

Y aura-t-il de la grève à Noël ?

Y aura-t-il de la grève à Noël ?

On ne les entend pas beaucoup, les collapsologues, dans ces moments de grève ! Et pourtant, tout ça ressemble étrangement à ce que l’on va vivre demain, en ville. Une société qui se retrouve bloquée et qui « n’a pas le choix » !

Plus de trains, ni de métros. Et voilà bon nombre de Parisiens qui chaussent leurs baskets, baissent la tête et marchent tôt le matin. Des vélos partout, des trottinettes aussi et des voitures qui klaxonnent dans les embouteillages. Et des réflexes reptiliens qui arrivent à vitesse grand V. Avec la violence comme régulateur de tous les maux.

Jour 14 de la grève. On a pris le bus, mercredi soir, ligne 46. Tu arrives à l’arrêt et déjà c’est tendu, on sait que tout le monde ne va pas monter. Tu calcules où le bus va s’arrêter, pour être à peu près en face des portes latérales.

Sur l’écran de l’abribus, 1 minute et la tension qui monte davantage. Les gens se préparent à bouger. Le bus arrive, l’adrénaline fait son effet. Les portes s’ouvrent, ça crie pour descendre, pour empêcher les gens de monter.

Tu t’engouffres et là… « C’est pas vrai, il y a une grosse poussette, en plein milieu ». Sauf que depuis le trottoir, personne ne l’a vue, cette poussette et tout le monde croit qu’il y a un grand vide. Et ça pousse encore, plus fort.

« Arrêtez, non mais arrêtez, je vais écraser un enfant ! » Derrière nous, un mec hurle : « Tu ne me touches pas ! » Et bien évidemment, ça part en vrille illico, bousculade et empoignade.

« Ne poussez pas, vous m’oppressez ! » « T’es pas content ? Tu laisses ta place ! » Les portes se referment et le bus repart. C’est plus de 15 personnes qui sont restées sur le trottoir. Celles et ceux qui n’ont pas voulu « se battre pour monter » attendront le prochain bus.

Ce que l’on découvre, c’est que les règles ont changé. Que les pulsions refoulées, en temps ordinaire, sont là, au grand jour, sur le trottoir, dans le bus, sur le quai du métro. Tout est à fleur de peau et c’est la guerre, du moins l’exode à ce qu’on image !

La fatigue, la frustration, l’énervement, la rage nourrissent la violence. Celui qui n’accepte pas ces nouvelles règles, eh bien, il n’a rien. Les collapsologues ne nous avaient encore rien dit de tout cela. Sur le fait qu’il va falloir écraser son voisin pour monter dans le bus. Qu’il va falloir se battre pour respirer.

Cette grève pour les retraites, c’est entrevoir de nouvelles règles de vie en commun. Alors bien sûr, demain, il va faire chaud, très chaud et l’on n’entendra plus trop les oiseaux, mais surtout, on va se retrouver confronté à quelque chose que l’on avait oublié… Qu’en situation extrême, voire de survie, le reptilien prend le dessus sur tout !

Vous avez tout vu !

Une petit erreur au chargement