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Pauses by Noise

Pendant le confinement, retrouvez-nous le lundi, le mercredi et le vendredi, pour de nouvelles Pauses by Noise.

La réponse méditative

La réponse méditative

En 1968, ils déboulèrent cheveux au vent à Rishikesh, une ville sainte au nord de l’Inde, pour s’abreuver des mots de Maharishi Mahesh Yogi, un gourou qui leur fit découvrir les vertus incomparables de la méditation transcendantale, dont se revendique encore aujourd’hui le cinéaste David Lynch, par exemple.

Sauf que l’histoire méditative de John, Paul, George et Ringo tourna court, quand le gourou viola l’une des compagnes des Beatles. Mais tout ça, c’était il y a cinquante ans. Et la méditation s’est débarrassée de sa dimension spirituelle ou religieuse, pour devenir une pratique quotidienne permettant de retrouver le calme intérieur et la bienveillance.

Récemment, la méditation pleine conscience a même fait son entrée à l’hôpital Sainte-Anne à Paris où exerce le psychiatre Christophe André. Au cœur de cette pratique, l’attention, le maître mot du XXIe siècle.

« Quand on médite, explique le médecin, on passe du temps à recentrer son attention sur l’objet que l’on choisit : le souffle, le corps, les sons, l’examen de ses pensées. »

Car cette attention est devenue le Graal contemporain que tout le monde cherche à capter. Par tous les moyens : les pubs, les écrans, les smartphones, les applications. Et pour capter cette attention, rien de mieux que de provoquer une forte émotion avec les dégâts collatéraux que cela engendre.

« Comme il y a des perturbateurs endocriniens, il existe aujourd’hui des perturbateurs attentionnels, moins visibles mais plus dangereux pour nos capacités intellectuelles et émotionnelles. » La méditation va nous permettre de réguler tout cela.

Un exemple, c’est très différent de penser : « Ce mec est une ordure, je le hais plus que tout ! » et « Je suis en train de me dire que ce mec est une ordure, et je suis en train de me dire que je le hais plus que tout ! »

Il y a une distance qui permet à mon émotion de se décanter. Comme la boule à neige d’Amélie Poulain. Il suffit d’arrêter de la secouer pour voir la neige retomber toute seule. Au quotidien, pris dans l’engrenage de l’accélération, de l’hyperconnexion aux écrans et de la distraction, notre cerveau est sans cesse stimulé.

Christophe André reste persuadé que la méditation répond à une crise de l’époque. « Tout comme l’activité physique est devenue essentielle pour compenser notre sédentarité, la méditation vient pallier les carences invisibles — lenteur, calme, continuité, temps de réflexion — dont nos vies nous privent. »

Donc le matin et si l’on peut le soir après le dîner, accordons nous dix minutes à simplement prendre soin de nous.

“C’est mon talent !”

“C’est mon talent !”

Faut être honnête, on ne sait plus trop pourquoi il y a deux Corées, du Nord et du Sud. La Corée, comme l’Allemagne après la guerre, s’est retrouvée coupée en deux. Sauf que l’Allemagne s’est réunifiée, mais pas la Corée. En gros, on est comme des millions d’Américains qui ne sont absolument pas au courant du pourquoi et du comment du monde actuel.

Alors bien sûr, le même week-end, on a Robert De Niro, “Did you fuck my wife ?”, qui a galvanisé la salle des Tony Awards en s’exclamant : “Fuck Trump !” Mais ça parle à qui ce “Fuck Trump” ? Ça parle à un électorat cultivé de la côte est, ça parle à l’électorat d’Hillary Clinton qui n’a toujours pas compris pourquoi l’Amérique se retrouvait avec un personnage de télé réalité à la Maison-Blanche.

Trump parle pour le Blanc raciste, le suprématiste amateur d’armes à feu pour qui le slogan “America first” sonne juste. Il ne parle pas pour l’intellectuel qui va au Moma ou qui lit Philip Roth. Il parle pour les mecs qui ont défilé l’été dernier à Charlottesville, avec des flambeaux, en braillant “Whites only” (réservé aux blancs), “White lives matter !” (Les vies des blancs comptent !). Ou encore “Blood and soil” (le sang et la terre), qui fait référence au slogan nazi “Blut und Boden”.

Le reste, l’Américain blanc, il s’en fout. La Corée du Nord, du Sud, il ne sait pas si c’est une station balnéaire ou une marque de pizza. Et Trump ne cherche pas à se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Durant un point presse, il a été très clair. “Hey man, je ne suis pas un putain de politicien. Je construis des immeubles et je gagne de l’argent […] Les Nord-Coréens veulent un deal. Moi j’ai fait des deals toute ma vie, c’est ma spécialité. C’est mon talent. Là je le sens vraiment fort. C’est mon instinct.”

Le mec du Midwest, lui ce qu’il voit, c’est que son président milliardaire, avec son gros bouton nucléaire, a serré la main du grincheux rondouillard, aux oreilles bien dégagées, pour lui dire d’arrêter son programme nucléaire. En gros, Trump a sauvé la planète en venant voir ce putain de malade coréen, qui défiait la grande Amérique. Et le mec dans le Wisconsin, il a vu la photo, alors que ça fait plus de soixante-dix ans que personne n’a rien fait pour faire avancer la réunification. Obama, il a pas été sur la photo. Trump lui, il est sur la photo, là bas à Singapour.

En marge du sommet, on nous dit qu’Ivanka Trump, la fille du Grand blond, a tweeté un proverbe chinois qui n’existe pas ! “Oui, et alors ? Parce que maintenant tu connais des auteurs chinois ? Tu veux pas aller me chercher une Budweiser plutôt que de me parler de poésie ?”

La timidité des cimes

La timidité des cimes

Certaines espèces d’arbres, par exemple les chênes verts et les pins parasols en Europe, restent en retrait de quelques dizaines de centimètres pour se séparer de leurs voisins et ne pas laisser leurs branches se mélanger. Un no man’s land, une zone franche.

L’arbre pousse et stoppe sa croissance à proximité des branches d’un autre arbre. On appelle cela des « fentes de timidité ». Le phénomène a été étudié pour la première fois en Australie dans les années 1960 et on lui a donné le nom de « crown shyness » – la timidité des cimes.

Alors bien sûr que les spécialistes ont avancé des explications, mais sans être réellement démonstratifs. Premier argument, le balancement des branches, sous l’effet du vent, casserait les bourgeons extérieurs en les frottant sur les branches voisines, ce qui freinerait la croissance. Mais alors pourquoi ne retrouve-t-on pas le même phénomène chez tous les arbres poussant dans les régions ventées ? Et puis, quand on y regarde de près, on ne voit pas de phénomène d’abrasion.

Autre explication, les feuilles de certains arbres produiraient un gaz qui empêcherait le feuillage voisin de se développer. Certains pensent que ce phénomène limiterait la propagation de maladies contagieuses et autres parasites nuisibles non volants qui ne peuvent passer d’un arbre à l’autre.

Troisième explication, la timidité permettrait d’optimiser l’exposition des cimes au soleil et ainsi de maximiser le processus de photosynthèse.

Ces fentes de 10 à 50 cm laissent passer la lumière et créent des îlots, comme un craquèlement de terre désertique. Des continents ou des pays qui n’auraient pas besoin, pour vivre, de conquérir le voisin.

Pas de réponses définitives, au final. Le même phénomène a été observé au niveau des racines de certaines espèces d’arbres qui refusent de se mêler à d’autres espèces que les leurs. Là encore, les raisons restent incomprises par les scientifiques.

On ne s’explique pas encore cette « réserve bienveillante ». L’arbre n’empiète pas sur l’espace du voisin, sa timidité le protège.

Un secret dérangeant

Un secret dérangeant

On avait pourtant fait des efforts en regardant en 2011 la saison 1. Mais on a bien vite été débordé par le nombre de personnages, la multiplicité des lieux, l’enchevêtrement des intrigues. Les arches narratives, chères aux séries à succès, qui se croisent et s’entrecroisent… au point de perdre pied. Alors on s’est rabattu tranquillement sur « Mad Men », peut-être plus accessible, l’univers de la publicité des années 1960, la vie de bureau et les aventures extraconjugales de Don Draper.

« Game of Thrones », « Twin Peaks », « Top of the Lake », « Six Feet Under », « The Wire », « Mad Men » ou « The Handmaid’s Tale »… il faut bien reconnaître que l’on s’attache terriblement aux personnages d’une série. On vit avec eux durant des années. Comme des amis proches, bien que virtuels, qui se confient.

Le développement sur plusieurs saisons permet aux scénaristes de travailler en profondeur la psychologie de chaque personnage. Terminé, l’époque où un personnage de film se contentait de ressembler à un stéréotype de flic, de voyou ou de notable de province. Dans le cinéma français, l’intrigue est réglée en 90 minutes par un réalisateur, qui depuis la Nouvelle Vague, est placé sur un piédestal.

Avec la série, c’est le scénariste qui est le chef d’orchestre, le showrunner tout-puissant, qui veille à ce que les histoires soient cohérentes dans le temps. Les questions sous-jacentes que posent les intrigues gagnent alors densité et en complexité.

Une complexité où le spectateur se reconnaît et qui cristallise de l’intime en chacun de nous. C’est un secret enfoui au plus profond qui va mettre du temps à remonter à la surface pour tout embraser.

« Game of Thrones » s’est achevé après huit saisons et 73 épisodes et d’après les échos de lointains héritiers de la saison 1 vont continuer leur chemin dans une série dérivée. Comme l’adulte d’aujourd’hui qui ne ressemble plus à l’ado découvrant huit ans plus tôt, l’univers sombre tiré de la saga de l’écrivain George R. R. Martin.

Quelque chose s’est éteint. Quelque chose qui s’était installé au milieu de l’ordinaire de notre quotidien. Qui avait trouvé une place et qui faisait écho à nos doutes, à nos fantasmes, à nos émotions. Des émotions vécues en direct et parfois à plusieurs.

Et c’est une forme de deuil qu’il faut accepter d’accomplir. De perdre des souvenirs, de perdre des proches qui nous ont accompagnés durant une partie de notre vie. Une vie qui semble aujourd’hui teintée de monotonie.

Une respiration autour du monde

Une respiration autour du monde

« J’ai découvert ça par hasard, comme tous les trucs que l’on voit passer sur YouTube et là je me suis arrêté », nous a-t-il dit. Le court-métrage met en scène Guillaume Néry, 36 ans, double champion du monde d’apnée, qui reprend la compétition en septembre prochain, après quatre années loin des podiums suite à un accident de plongée.

Pendant huit mois, sa compagne, Julie Gautier, apnéiste elle-aussi, l’a filmé dans les eaux de l’île Maurice, de la Polynésie, du Mexique, des Philippines, du Japon et de la Finlande. On est hors du temps et de l’espace, par moment, on manque de repères. Un fond musical accentue cette impression de rêve éveillé. Chaque plan est d’une beauté à couper le souffle. Le film de 12 minutes dépasse aujourd’hui les 15 millions de vues sur le web. Un succès fulgurant pour cette septième réalisation du couple.

Alors bien sûr, on pense au « Grand Bleu » de Luc Besson, on pense à Jacques Mayol qui a révolutionné la plongée en descendant à plus de 100 m. Mais là, rien de tout cela… Un homme court sous l’eau, à 10 m, 15 m de profondeur, pieds nus. Simplement équipé d’une combinaison sans plomb.

Il court sur les rochers avec grâce, sans ressentir la pesanteur de l’eau. Un monde merveilleusement silencieux (Hé oui… Cousteau, « Le Monde du silence »). Au milieu des poissons, il glisse. Requins, baleines à bosse. Et un cachalot, puis deux, puis trois, tous endormis à la verticale comme des totems sacrés, et Guillaume Néry de les frôler… Ou, plus loin, des pêcheurs Bajau aux Philippines, le dernier peuple de la mer.

« Une respiration autour du monde » comme une seule et même apnée de 12 minutes. Lentement, Guillaume Néry remonte à la surface et regagne une plage… animée à Nice, dont il est originaire.

On ne rallume pas immédiatement la salle, les étudiants sont sous le charme comme envoûtés par tant d’images qui résonnent en eux.

L’étudiant est très ému : « Guillaume Néry explique que dès que l’on se retrouve dans l’eau, on a quelque chose en nous qui se met en marche, le diving-reflex, le rythme cardiaque chute et passe de 60/70 pulsations à 30/40 pulsations en quelques secondes. Et puis ce sont les flux sanguins qui vont quitter les extrémités du corps pour aller alimenter en priorité les organes nobles, les poumons, le cœur, le cerveau. Ces mécanismes sont innés et viennent de très loin. Ce sont des mécanismes que l’on a en commun avec les mammifères marins, les dauphins, les baleines, les cachalots. “One Breath Around the World” : j’ai vraiment l’impression que cela plonge au plus profond de moi…  Et vous savez quoi ? Même Beyoncé a succombé, en intégrant Guillaume Néry et une amie apnéiste dans le clip “Runnin’”… 300 millions de vues ! »

Voir le court-métrage “One Breath Around the World”

Voir le clip “Runnin’ (Lose it all)”

Le jour du dépassement

Le jour du dépassement

Le problème, c’est qu’en France, on n’a pas l’impression de vivre comme des porcs qui s’engraisseraient au volant de gros 4×4, en mangeant des burgers… Et pourtant le constat est sans appel. “Hé mec ! oui, toi le Français qui donne des leçons à la Terre entière, tu viens de franchir la ligne jaune, le ‘jour du dépassement’ ”.

“Déjà l’an passé, on t’avait tiré l’oreille dès le 2 août, en te disant de faire gaffe. Mais t’as la tête ailleurs. Tu te souviens Chirac, en septembre 2002, au IVe Sommet de la Terre à Johannesburg, en Afrique du Sud. Grandiose, magistral le grand Jacques : ‘Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.’ ”

À l’époque on entrait en déficit le 1er novembre. C’était il y a seize ans. Et depuis, on n’a pas avancé d’un poil, ou plutôt si, on avance dans le mur. Mais comment il faut le dire ? On n’a qu’une planète. Pas trois.

L’indicateur du jour du dépassement fait de la France l’un des dix pays les plus “endettés”. On ne va même pas parler des Américains, qui ont mordu la ligne, le 14 mars. Le champion toutes catégories, c’est le Qatar : le 9 février. Au bout d’un mois, ils ont tout bouffé !

Alors que c’est pourtant pas compliqué, c’est pas hors de portée. Ça repose principalement sur trois domaines. Plus des deux tiers de l’empreinte écologique d’un citoyen provient de son logement, de son alimentation et de ses déplacements.

Le logement, il faut qu’on fasse gaffe, qu’on isole mieux nos intérieurs. Qu’on baisse la température des apparts de un degré. La bouffe, là, faut vraiment se calmer sur le steak. Moins de viande mais de meilleure qualité. Et manger plus de produits végétaux issus d’une agriculture responsable. Enfin, laisser la voiture au parking, passer au vélo ou à la marche à pied. Utiliser les transports en commun, et pédaler tranquille.

Pourquoi on a ce flip de manquer, ce besoin permanent du trop ? C’était il y a six siècles, en 1516, et l’homme politique anglais Thomas More inventait un modèle de société, l’Utopie. “Pourquoi celui qui a la certitude de ne jamais manquer de rien chercherait-il à posséder plus qu’il ne lui faut ?”

Et l’auteur humaniste, d’esquisser une réponse : “Chez l’homme, il existe une autre cause d’avarice, l’orgueil, qui le porte à surpasser ses égaux en opulence et à les éblouir par l’étalage d’un riche superflu.” On en est là, effectivement !

Comme un selfie

Comme un selfie

… Sur la photo, c’est un garde du parc national des Virunga, en République Démocratique du Congo. Le mec fait partie d’une unité anti-braconnage dans un orphelinat pour gorilles.

— T’es vraiment naïf ! Regarde ! Le mec a commenté “Another day at the office” (Un jour comme un autre au bureau). Tu vois pas la blague ? C’est clair, non ? C’est une grosse déconnade entre collègues et deux mecs ont enfilé un costume de singe. Après une bonne bière, il y en a un qui est en train d’uriner contre la clôture. Et l’autre se retient parce qu’il n’arrive pas à descendre la fermeture éclair coincée dans la fourrure du costume.

— Pas du tout ! J’ai regardé le compte Facebook du mec : il s’appelle Mathieu Shamavu. Je vous raconte. Ces deux gorilles des montagnes ont été récupérés il y a douze ans, alors qu’ils n’avaient que quelques mois. Des braconniers venaient de tuer leur mère. Pourtant, les braconniers, ça ne les intéresse pas les adultes. Leur truc, ce sont les petits qu’ils vendent comme animaux de compagnie en Asie.

Ces gorilles ont grandi avec les rangers du parc, au point qu’ils les considèrent comme leurs parents. Ils imitent leurs gestes du quotidien, c’est un truc des animaux en captivité. T’as déjà vu des gorilles debout sur leurs pattes arrière ? Non, super rare ! C’est juste parce que ces deux-là ont vécu avec des humains. Alors quand le ranger Mathieu Shamavu fait un selfie, ils font pareil, c’est limite des frères !

Vous ne vous rendez pas compte, mais les mecs font un métier super dangereux dans ce parc classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Les braconniers n’hésitent pas à leur tirer dessus pour pouvoir enlever des jeunes gorilles. Depuis 1996, ce sont plus de 130 gardes qui ont été tués à Virunga. C’est dans ces montagnes des Virunga, en protégeant les mêmes gorilles, que la célèbre primatologue américaine Dian Fossey a été assassinée en 1985…

— Tu veux dire que le grand singe de gauche a vu le garde se soulager contre un mur et qu’il fait donc pareil ? Je me demande même s’il ne va pas sortir un iPhone de sa poche… »

— Tu ne m’as pas laissé finir. Ces gorilles sont des femelles.Toi, t’as vraiment mangé trop d’oreilles de lapins en chocolat, ce week-end ! »

Sommeil perdu

Sommeil perdu

Régis, il est comme beaucoup de gens. Crevé, épuisé, exténué, accablé, affaibli, cassé, courbaturé, éreinté… En bref, il ne dort pas suffisamment. Depuis quelque temps, les chiffres tombent et confirment ce que l’on soupçonnait.

En cinquante ans, en gros depuis les années 1970, les Français ont perdu une heure trente de sommeil par nuit. On est passé sous le seuil des sept heures par nuit : en moyenne six heures et quarante-deux minutes. Une heure trente de perdue par nuit, c’est comme si l’on faisait une nuit blanche par semaine.

C’est considérable. Et très inquiétant pour les adolescents qui ne se couchent plus pour dormir, mais pour continuer une activité qui va les emmener tard dans la nuit. Rester en contact via les applications et les réseaux sociaux sur le smartphone.

Tout le monde prédit que dans les années à venir, la nuit de sommeil se réduira à six heures, ce qui est catastrophique. « Quand tu dors six heures par nuit, tu réagis comme si tu avais un gramme d’alcool dans le sang. Tu te réveilles avec quatre verres de vin sans avoir rien bu ! »

Dormir n’est plus tendance. Beaucoup trouve même que c’est une perte de temps, ça deviendrait facultatif, ringard. Le culte de la performance toujours et encore, la carotte qu’on nous agite sous le nez. Et bien sûr les exemples de Steve Jobs, le père d’Apple, d’autres entrepreneurs des nouvelles technologies ou d’hommes politiques qui dorment moins de six heures par nuit. « Les winners dorment peu, la start-up nation et les premiers de cordée, c’est pas des loirs, il va falloir s’y faire. »

Sauf que beaucoup de gens ne s’y font pas du tout et que l’on commence à confondre le jour et la nuit. Le jour, on travaille devant des écrans et l’on ne voit pas la lumière extérieure. La nuit, on passe une bonne partie sous la couette. Tous fascinés par la lueur bleutée de nos portables.

Et les spécialistes de tirer la sonnette d’alarme. « La lumière des mobiles et des ordinateurs bloque la sécrétion de la mélatonine, l’hormone qui favorise le sommeil. Cela chamboule le cycle du sommeil. » Là-dessus, tu rajoutes une bonne couche de stress et t’as toujours l’œil ouvert à 2 heures du matin.

Pendant longtemps, la solution a été de gaver les Français de somnifères, d’antidépresseurs, d’anxiolytiques et autres pilules miracles. Sauf que les Français commencent à avoir la glotte qui baigne dans cette surmédication de gélules.

La solution pour retrouver un sommeil de qualité serait beaucoup plus simple. Ce qu’il faut, c’est remettre en place notre horloge biologique qui se dérègle facilement. Sortir une heure par jour au soleil, voir la lumière. Que nos journées soient réellement ponctuées de vraies coupures. Sortir marcher quand la lumière de midi est la plus forte. C’est peut-être cela que l’on a perdu… des repères temporels.

Notre maison brûle encore

Notre maison brûle encore

Et l’on s’est dit qu’il fallait garder de l’espoir, qu’en de pareilles circonstances, l’homme était encore capable de ressentir un instinct de vie… C’est comme si un être aimé s’était retrouvé blessé, mutilé. Et d’assister à un véritable deuil physique.

Las ! Lundi dernier, l’enthousiasme est retombé, quand on a découvert à la une du « Monde », un rhinocéros noir retrouvé mort dans une réserve en Afrique du Sud. Tué pour sa corne par des braconniers. Le gros titre disait : « Alerte rouge sur la vie sauvage ». La disparition du vivant est actée, on ne reviendra pas en arrière, on peut simplement freiner le phénomène, « la sixième extinction de masse des espèces est bel et bien en cours ».

Comment ne pas ressentir de l’incompréhension ? Régulièrement dans les lieux publics, les écoles, sur les lieux de travail, on organise des exercices alerte incendie et tout le monde s’y prête considérant l’enjeu sécuritaire des plus importants.

Aujourd’hui pourtant, pour la planète, l’alerte résonne avec force, mais quelque chose nous dit que cette alerte ne nous est pas adressée… « Oui ? Comment ? Non, mais vous savez, c’est un problème de rhinocéros, d’ours polaire, ou d’iceberg… On est France, monsieur ! » On n’arrive pas à résoudre l’équation. La course à la croissance, la pollution, le réchauffement de la planète, les dérèglements des climats et des écosystèmes, la disparition des espèces…

Notre-Dame flambe : émotion mondiale généralisée… La planète entière est au bord de la rupture : rien ou très peu. L’été dernier sur la banquise, c’est un iceberg de 10 milliards de tonnes qui s’était détaché. Les glaciers fondent et disparaissent encore plus vite que les pôles.

Les inondations sont massives au Canada. En Iran, on vient de déplacer plus de 500 000 personnes en moins d’un mois. Sans parler des incendies de forêt gigantesques, des ouragans qui gagnent en puissance… Partout, du jamais vu ! Mais personne n’entend l’alerte.

Notre-Dame flambe : les dons affluent, les larmes coulent, l’État prend les choses en main pour reconstruire au pas de course. Au point que tous les spécialistes du patrimoine demandent à ce que l’on prenne le temps d’évaluer le chantier, de ne surtout pas se précipiter. Il y a urgence à attendre.

Et de l’autre, l’indifférence est quasi généralisée. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Encore une fois reviennent les mots de Jacques Chirac au sommet mondial de la Terre de Johannesburg en 2002. Près de vingt ans plus tard, on pourrait réactualiser la formule : « Notre maison brûle, la vie sauvage s’effondre et nous fermons les yeux. Les ouvrir nous obligerait à réagir ! »

L’acier ou la vie !

L’acier ou la vie !

« Marche ou crève ! » C’est un dilemme typiquement néo-libéral de non retour, auquel les ouvriers de l’usine Ilva, en Italie, ont été confrontés, en prenant part au vote sur la reprise de l’activité très polluante de leur aciérie. C’était en septembre 2018.

Ça se passe dans la ville de Tarente, dans les Pouilles. Au fil des siècles, des habitants qui pêchent et construisent des bateaux. Arrivent les années 1960, et l’Etat italien décide d’y implanter une aciérie qui va permettre le décollage économique de ce Sud italien, réputé très pauvre.

Et Ilva devient vite un monstre qui peut sortir 10 millions de tonnes d’acier par an. La plus grande usine sidérurgique d’Europe. A une époque où personne ne se pose de questions de santé. C’est comme ça que l’on a construit la partie la plus polluante du site à quelque 200 mètres du centre-ville de Tarente.

Avec comme conséquence, d’être la ville la plus polluée d’Europe. Une pollution qui a provoqué, d’après les associations, une surmortalité de 15 % dans la population. On compterait au moins 10 000 victimes liées à l’activité d’Ilva. Avec ce constat implacable… Ce qui fait vivre la ville, ce qui nourrit la population, la fait mourir aussi.

En 2012, la justice ordonne la saisie et la mise sous tutelle de l’entreprise pour « crime environnemental ». Placée en faillite, elle est renationalisée en 2015, dans l’attente d’un repreneur.

En septembre dernier, le groupe ArcelorMittal a fait une proposition et l’on a demandé alors l’avis au 10 700 employés. « Vous êtes pour ou vous êtes contre ? » Leur verdict a été sans surprise. A plus de 94 %, ils se sont prononcés en faveur du plan de reprise par le numéro 1 mondial de l’acier.

« C’est comme ça : Ilva nous donne à manger, et en même temps, Ilva nous tue », constate avec fatalisme, un ancien ouvrier de l’usine. Dans le centre-ville de Tarente, quelqu’un a écrit à la peinture noire, sur les murs en brique de l’église San Francesco de Geronimo : « O l’acciaio o la vita, devi scegliere. » (« L’acier ou la vie, il faut choisir. »)

Tout le monde est conscient que la reprise va permettre à plus de 10 000 personnes de conserver un emploi pour les cinq années à venir. Ceux qui souhaitent partir vont toucher 100 000 euros d’indemnités. Mais personne n’a voulu chiffrer le nombre de morts à venir, même si ArcelorMittal s’est engagé à investir 1,15 milliard d’euros, pour une mise aux normes environnementales d’Ilva jusqu’en 2023.

Cela fait des années que les habitants de Tarente passent devant le mur de l’église San Francesco de Geronimo en baissant la tête. Le vendredi, certains s’arrêtent pour prier.

La loose du snooze

La loose du snooze

Et tous les matins, on se maltraite en appuyant, comateux, sur le petit bouton anthracite de notre réveil… le snooze. « Non, putain, pas ça, il est 6h50, c’est pas possible, j’ai pas mérité ça… encore un peu. »

C’est juste imperceptible quand ça commence, on croit deviner que ça vient de très loin, des limbes de l’inconscient. Et puis, cela se précise, oui tu entends distinctement la vibration de la sonnerie et là, comme si tu étais entre la vie et la mort, tu choisis la vie… ce fol espoir de grappiller quelques instants à la nuit. Encore dix minutes supplémentaires, autant dire une éternité.

Et tous les matins, c’est un déchirement. Et tu ne peux plus t’en passer, c’est devenu une addiction comme d’autres le sont au jus de mandarine fraiche ou à l’héroïne. Sauf que toi, c’est le snooze.

Et pourtant, c’est pire que tout. Car ce semblant de plénitude te renvoie dans un sommeil plus profond, là justement d’où tu t’apprêtais à sortir. Car tout ton corps s’y était préparé. Progressivement depuis de longues minutes. La nuit est une alternance de cycles de sommeil léger et d’autres plus profonds. Chacun dure plus ou moins 90 à 120 minutes. Le matin, tout se met en place pour t’accompagner à en sortir. La température du corps qui avait perdu quelques degrés durant la nuit se met à remonter, le corps se réchauffe accompagné d’une production d’hormone, le cortisol qui nous assure un réveil apaisé.

Donc tout est prêt. Sauf que quand tu écrases le bouton du snooze, tu envoies un message au cerveau pour lui dire « Ok, man, on repart dans les tréfonds ! » et en quelques secondes, tout s’écroule. Tu plonges.

10 minutes plus tard, tu entends de nouveau la petite vibration, sauf que plus rien ne va, tu es juste en mode zombie qui s’est fait marabouter par un chaman de Sibérie orientale. Et ça, tu vas le regretter toute la matinée.

La seule solution, quelques soient les excès de la nuit, c’est de se lever d’un seul bond.

D’abandonner à tout jamais le snooze.

Le temps d’un gâteau

Le temps d’un gâteau

On ne sait plus trop comment c’est venu, cette histoire. Peut-être une confusion de repères au moment où l’hiver ressemble au printemps. On s’est souvenu de Lefèvre-Utile, ses gâteaux fabriqués à Nantes. Et peut-être le plus connu, même les yeux fermés, le Petit Beurre LU devenu même un nom commun, petit-beurre, avec un trait d’union.

On est en 1886, et deux talentueux artisans biscuitiers, Jean-Romain Lefèvre et Pauline-Isabelle Utile, créent un petit gâteau, simple et abordable, que l’on peut manger tous les jours. À partir de là, l’histoire se confond avec la légende.

Petit Beurre, cela aurait pu être une marque comme Granola ou Pépito, sauf que, par négligence, le nom a été déposé tardivement, en 1888. Entre-temps, la concurrence a pu inscrire “petit beurre” sur ses paquets de gâteaux. Alors nos biscuitiers se sont dit qu’ils allaient faire un gâteau bien à eux, pour que personne ne puisse les copier. Que ce temps qu’ils n’avaient pas su apprécier pour le dépôt du nom, ils allaient l’inscrire dans la forme même du gâteau.

Le Petit Beurre LU n’a pas évolué depuis plus de cent trente ans. Il suffit d’ouvrir un paquet et de tenir un Petit Beurre entre ses doigts pour se convaincre de prendre son temps et de se dire que ce gâteau a quelque chose d’une allégorie temporelle. Un disque de Nebra ou une astrolabe à grignoter…

Comme tous les enfants, on commence par croquer les oreilles, les quatre oreilles du biscuit. Quatre, comme les quatre saisons de l’année. Et puis autour, on a 52 dents (avec les oreilles) représentant les semaines d’une année. Sept cm de large pour les 7 jours de la semaine. Sur la face, quatre rangées de six points soit 24 points pour les 24 heures d’une journée. On sent pointer les Illuminati ou les sociétés secrètes qui ne sont jamais très loin. Mais non, non, pas de triangle ou de gros œil ésotérique comme sur les billets de un dollar.

Encore un détail, une inscription inchangée depuis l’origine : LU PETIT-BEURRE NANTES écrit sur 3 lignes, comme brodé. Au centre du biscuit, pile au centre, la lettre B. Et notre garçon, impatient, de nous demander : « Hé, c’est quoi, ce B ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Alors comme on sèche, on se raccroche aux branches. : « Regarde bien, c’est le signe infini qui est esquissé dans le B… juste au milieu du gâteau. Des Petit Beurre LU, on en mangera toujours… jusqu’à la fin des temps ! »

Vous avez tout vu !

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