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Pauses by Noise

Retrouvez-nous, un jeudi sur deux, pour une Pause by Noise.

Fossé générationnel à l’horizon

Fossé générationnel à l’horizon

On sent bien que la société française est en train de bouger, et que cette élection présidentielle 2022 a un goût particulier. Au-delà de nos divergences d’opinions, les résultats du premier tour sont riches d’enseignements. Le plus important de tous, c’est sans doute la différence manifeste de vision entre les générations.

D’un côté, il y a la jeunesse, qui a subi de plein fouet les différents confinements dus à la pandémie de Covid-19. Elle sort épuisée du quinquennat, en ayant bien compris que le futur préparé par la génération des Trente Glorieuses était incertain, pour ne pas dire effrayant.

Le 10 avril les jeunes se sont plus déplacés que leurs aînés. L’abstention n’atteint que 24 % chez les 18-24 ans. Et ceux qui sont allés voter, se sont plus souvent prononcés pour les candidats de gauche que leurs aînés.

Ainsi, 29 % des 18-24 ans ont voté pour Jean-Luc Mélenchon, contre 20 % de l’ensemble des Français. Yannick Jadot, lui, a obtenu la faveur de 8 % des moins de 24 ans, alors qu’il n’a recueilli que 4 % du total des suffrages.

De l’autre côté, il y a la génération de Mai 68, aujourd’hui à la retraite, et qui ne compte pas renoncer à son confort et ses avantages. Ces seniors, qu’il a fallu protéger du Covid-19, en mettant toute la population sous cloche. Ils ont profité de la croissance des années 1960 et 1970, des emplois stables, et de la retraite à 60 ans. Cette génération, elle, a voté massivement pour Emmanuel Macron.

Le fossé générationnel se creuse-t-il ? L’espoir à portée de bulletin de vote a-t-il été illusoire ? Il est trop tôt pour y répondre. La seule chose dont l’on soit sûr, c’est qu’il n’est jamais bon de désespérer la jeunesse…

Alors, à ce moment, on se souvient de Wolinski, le dessinateur de Charlie Hebdo, qui disait souvent le sourire aux lèvres : « On s’est battu en Mai 68 pour ne pas devenir ce qu’on est devenu ! »

De l’art de la nuance

De l’art de la nuance

Est-ce l’approche du premier tour de l’élection présidentielle ? Est-ce le fait que certains pointent du doigt l’absolue nécessité de la nuance ? Dans tous les cas, il y a une prise de conscience, la nuance est d‘évidence vitale à notre vie en société, au vivre ensemble.

« Prenons un exemple, là, vous voyez ce mur, parlons de sa couleur… il est vert n’est-ce pas ! Ou bien, c’est une teinte bleutée, mais réchauffée par une pointe de jaune qui fait vibrer la surface. Suivant le moment de la journée et la lumière, on peut ressentir des variations, des dégradés même, du turquoise aux verts indéfinis. »

Accepter la nuance, c’est accepter que les choses ne soient pas définitives. Peut-être même accepter de ne pas savoir. Pourquoi c’est difficile de dire « Je ne sais pas ? »

Une conversation sans nuance donne toujours l’impression d’avoir raison, le sentiment de ne pas douter. Car la nuance a bien évidemment à voir avec le doute, l’incertitude, la prudence. Le paradoxe, aujourd’hui, c’est qu’un propos nuancé semble se fragiliser par la forme qu’il prend. « Ce type-là, on ne sait pas ce qu’il pense, il n’est pas clair. Il n’inspire pas confiance. »

Et si finalement, tout cela était lié à une crise du langage ? L’invective publicitaire est devenue la norme. “Buvez, éliminez” “Just do it !” “Parce que je le vaux bien” “What Else”.

Clamer un slogan et réfléchir, ce sont deux choses bien différentes, ce n’est pas la même temporalité. Sauf que l’on voit bien que nos conversations sont impactées par les formules, les éléments de langage, les punchlines.

Des phrases courtes, binaires, des tweets de 140 signes, qui abîment le langage par l’absence de nuance et d’argumentation.

Sur les réseaux sociaux, la radicalisation est extrêmement rapide. Tellement, qu’elle occasionne perte de contrôle et débordement. Il faut s’indigner, encore et toujours plus fort, clasher pour exister. La surenchère verbale est la meilleure garantie que vos quelques mots circulent rapidement, qu’ils soient likés, retweetés, diffusés.

La nuance, donc une certaine “tiédeur”, ne peut que vous faire disparaître, voire non-exister.

Pourtant, quand vous êtes face à quelqu’un, souvent naturellement, la nuance revient. Malgré tous les algorithmes possibles, nous restons des animaux sociaux, nous avons besoin de rencontres pour discuter, pour apprendre, mais aussi pour ne pas être d’accord et débattre. La rencontre “en vrai” comme lien social et la nuance comme accélérateur ! Beau programme non ?

Tu dors ? Moi, non plus !

Tu dors ? Moi, non plus !

C’est au début du XXe siècle, lors de la Première Guerre mondiale, que l’on a pensé à changer d’heure entre l’hiver et l’été. Et déjà, pour des histoires d’économies d’énergie. En 1976, après le premier choc pétrolier, le changement horaire s’est généralisé à l’Europe. En profitant d’une heure d’ensoleillement supplémentaire, on consomme moins d’électricité, le soir.

« Bien gentille, l’Europe ! Sauf qu’à chaque fois, il me faut plus d’une semaine pour recaler mon rythme de sommeil ! » En 2019, la Commission européenne a proposé de supprimer l’heure d’été… sans succès, vu la difficulté à harmoniser les fuseaux horaires entre les différents pays.

Un petit désagrément qui n’est rien à côté des habitudes nocturnes de nos ancêtres…

Pendant des siècles, des millénaires même, les gens se couchaient vers 21 heures et se réveillaient autour de minuit, pour rester éveillés environ une heure, avant de retrouver le sommeil. C’est ce que l’on appelle le sommeil biphasique, une nuit fractionnée en deux temps. Sans doute quelque chose qui correspond à un rythme biologique.

Les gens restaient au lit, priaient, méditaient, avaient une sexualité très riche. C’était aussi un moment privilégié pour s’occuper du foyer, des animaux, des enfants.

Donc très différent de notre sommeil continu.

Et puis au XIXe siècle, la révolution industrielle a balayé tout cela. L’éclairage artificiel, d’abord au gaz puis à l’électricité, a bouleversé notre sommeil.

La durée de luminosité d’une journée a artificiellement augmenté. Le capitalisme a remis en question notre rapport au temps, en donnant plus d’importance à l’efficacité et à la ponctualité.

Les loisirs qui se sont développés peu à peu dans les villes ont retardé le coucher. Jusqu’à faire disparaître, à la toute fin du XIXe siècle, le premier sommeil. On a ainsi dormi, sans interruption, une nuit de sept ou huit heures. Dans les cultures non occidentales, moins exposées à la lumière artificielle, ce sommeil fractionné existe encore.

Et finalement, quand on a du mal à trouver le sommeil, ou que l’on se réveille en pleine nuit, c’est peut-être une réminiscence de cette forme de sommeil ancestrale, biphasique, qui a préexisté, pendant des millénaires.

Comme quoi, la lumière est très importante au quotidien. Avec le passage à l’heure d’été, c’est une heure de luminosité naturelle en plus que l’on gagne… et vu le degré de noirceur du moment, on en a bien besoin !

La sucette et le fusil

La sucette et le fusil

Il a fallu du temps, après la sidération et la stupeur, pour que l’on mesure à quel point nous n’étions pas préparés à la guerre. Ce matin, on a retrouvé une photo qui avait retenu notre attention. C’était deux jours avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Un ingénieur de Kiev, conscient de l’imminence du conflit, avait imaginé mettre en scène sa propre fille de 9 ans, fusil dans les bras et sucette à la bouche, en train de scruter l’horizon incertain. Faire une photo qui a du sens, faire un symbole de la résistance.

C’était le 22 février et les médias parlaient d’escalade, mais la guerre semblait impensable, inimaginable. « Cette guerre ne pouvait pas avoir lieu. » Sauf que cet ingénieur, cette guerre, il la sentait imminente.

Il fallait montrer sur les réseaux sociaux que les Ukrainiens étaient prêts à défendre le pays.

Il s’agissait, pour lui, de provoquer l’opinion publique.

« Quand j’ai publié la photo, la veille de l’invasion, certains m’ont critiqué. Pourquoi avoir fait poser une fillette, arme à la main ? Et puis le 24 février au matin, Poutine a envahi le pays et je n’ai plus eu de messages. » En quelques heures, tout s’est effondré.

Et ce que l’on avait imaginé d’un Nouveau Monde, où les mentalités avaient évolué, où les hommes et les femmes partagent un quotidien de vie, fait d’attention et de respect, tout a été balayé en quelques heures.

La guerre ne broie pas que les corps et ne détruit pas que les bâtiments, elle ramène quasi instantanément les vieux stéréotypes des temps anciens : les hommes qui se battent pour leur pays, leur famille, et les femmes en pleurs.

Et les images ont suivi, les hommes, armes à la main, et les femmes bébés dans les bras.

Une autre photographie a fait la Une de nombreux quotidiens.

Sur le quai de la gare de Kiev, un homme fait un signe de la main à travers la vitre d’un wagon, à sa femme et à son enfant en larmes fuyant la guerre.

« Hommes courageux et femmes en pleurs ». L’impression de revoir les affiches de propagande
de la Deuxième Guerre mondiale.

Demain, il va falloir reconstruire tout ce que Poutine est en train de détruire. Quant aux stéréotypes, cela mettra beaucoup de temps pour rattraper le temps perdu.

Influenceurs jusqu’où ?

Influenceurs jusqu’où ?

Il fut un temps, dans l’ancien monde, où nos idoles étaient des chanteurs de groupes de rock, des acteurs ou des actrices de cinéma. On se projetait, on rêvait. On se construisait une identité à leur image. Dans le Nouveau monde, les idoles, ce sont les influenceurs.

Dans les cours de récréation, on ne parle que de Lena Situations, Mc Fly & Carlito, EnjoyPhoenix ou Squeezie (14 millions d’abonnés) : des garçons et beaucoup de filles qui vivent en se racontant auprès de leur communauté sur les réseaux sociaux. Ils sont plusieurs milliers en France et près des trois quarts ont entre 1 000 et 50 000 abonnés. Leurs sujets de prédilection : le lifestyle, la mode et la beauté.

Au départ, il y a une passion ou un savoir-faire, mais c’est souvent l’envie de gagner de l’argent qui est le vrai moteur. «Et tu peux passer un BTS d’Influenceur? » Eh bien, non. « Règle numéro un : il faut être beau, classe, et ça, c’est déjà 50 % des followers. Le reste, c’est du plus, c’est ce que tu apportes… Quand tout ça est en place et que tu commences à être suivi, tu peux devenir prescripteur, les marques te contactent. »

Car pour les influenceurs, le placement de produits est la source principale de revenus.

Tout explose à l’automne 2010 avec l’arrivée d’Instagram. Il faut dire que les annonceurs vont rapidement comprendre leur intérêt. Plutôt que de dépenser des fortunes en achat d’espaces publicitaires sur des médias que les jeunes ne regardent plus, ils vont passer des contrats, des partenariats avec des influenceurs qui parleront de leurs produits pendant une semaine ou deux.

Une story sur Instagram, c’est autrement plus impactant qu’un classique spot publicitaire à la télévision qui te dit que ce produit est tellement formidable parce que tu le vaux bien ! C’est de l’influence indirecte, comme si tu parlais avec un copain ou une copine. Il s’agit de personnaliser au maximum la communication. Ça se veut hyper naturel, alors que tout est parfaitement scénarisé. «Natoo, elle est complètement authentique, moi, je m’en fous des histoires de partenariat, je sais qu’elle me parle à moi.»

Prescripteurs de modes de vie idéalisés, popularité grandissante, public jeune, millions de followers, tout est réuni pour que les influenceurs deviennent de véritables leaders d’opinion. Aux États-Unis, ils ont été très actifs durant la dernière campagne présidentielle.

En France, à deux mois du scrutin, on peut se poser la question : les influenceurs vont-ils avoir un impact sur les opinions politiques de leurs followers ? Avec quelle expertise ? L’année dernière, le président Macron s’était appuyé sur McFly et Carlito, pour inciter les jeunes à se faire vacciner contre la Covid-19 et à respecter les gestes barrières. Les influenceurs sont-ils déjà devenus les nouveaux amis du pouvoir politique ?

Le denim, révélateur de la mondialisation

Le denim, révélateur de la mondialisation

Mondialisation, mondialisation… L’étranger, la Chine, le transport en bateau, OK. Mais si on prenait un exemple précis pour comprendre cette histoire ? Et quoi de plus caractéristique, comme objet planétaire, que le jean ?

On en fabrique chaque année plus de 2 milliards d’exemplaires. Du lieu de culture du coton jusqu’au lieu de son assemblage, le blue-jean aura parcouru une fois et demi le tour de la planète. C’est 65 000 km de transport, avant d’arriver dans nos boutiques. « Sauf que l’étiquette ne nous donne guère d’information pour comprendre ce long périple. »

L’aventure commence en Inde, le premier producteur mondial de coton. Et puis, ce coton est envoyé chez le voisin pakistanais pour être filé et tissé. Nouvelle étape ensuite à 4 800 kilomètres plus à l’Est, à Xintang en Chine. Là, environ 3 000 usines vont produire la toile nécessaire à la fabrication de 800 000 blue-jeans par jour. C’est dans la « capitale mondiale du jean » que la toile va être teinte en bleu indigo. Pour cela, on fait venir un pigment de synthèse produit en Allemagne.

Prochaine destination, la Tunisie, à 9 500 km. Sur place, le salaire des ouvriers qui assemblent la toile est en moyenne dix fois plus bas qu’en France. On va ajouter les petits rivets qui viennent d’Australie, la fermeture éclair, une spécialité du Japon, et des boutons en cuivre qui arrivent très souvent de la République démocratique du Congo. Le jean va alors être délavé, artificiellement vieilli et pour cela, il est envoyé au Bangladesh ou en Égypte.

Le blue-jean est enfin terminé, il va pouvoir revenir chez nous, dans les boutiques de fast fashion ou de prêt-à-porter. En France, on en vend chaque année plus de 90 millions d’exemplaires.

Les 18 composants nécessaires à la fabrication d’un jean sont venus du monde entier. Entre la culture du coton et le traitement de la toile, il aura consommé environ 11 000 litres d’eau. La moitié de la pollution associée à la fabrication d’un jean est liée à la culture du coton, l’autre moitié est liée au transport. Aucune activité agricole ne consomme autant de produits chimiques que le coton, soit un quart des pesticides produits dans le monde par an.

« Le paradoxe, c’est quand même que le jean vient de chez nous, de Nîmes où cette industrie était florissante au XIXe siècle. » En effet, c’est le jean « de Nimes » qui devint le denim.

En France, depuis plus de dix ans, l’idée de produire localement fait son chemin et l’on trouve, aujourd’hui, plus d’une dizaine de marques qui fabriquent leurs jeans sur place. Le prix reste un argument important, il faut compter entre 90 € et 140 € pour un blue-jean français. Mais les clients étant désormais soucieux de l’impact environnemental, la tendance est de consommer moins et de meilleure qualité. Pour que les denims arrêtent de faire le tour du monde.

Des pierres pour aller mieux ?

Des pierres pour aller mieux ?

C’est une anodine boutique de quartier qui voit une clientèle toujours plus nombreuse affluer le week-end. À l’extérieur, le trottoir ne désemplit pas, des personnes jeunes, plutôt féminines, séduites par le pouvoir des pierres.

Une jeune femme dans la file d’attente : « Depuis la crise sanitaire, je doute des médecines traditionnelles. Les pierres ont un pouvoir. Depuis des millénaires, les hommes les vénèrent. Les chamans, les sorciers en portent à même la peau… Ce ne sont pas que des bijoux, ces pierres ont de vraies vertus médicales. Elles soignent ! »

Alors on est entré dans la boutique. Il est évident que ce sont des habitués qui viennent en toute confiance. Dans un rituel parfaitement orchestré.

On se rapproche de Guy, un jeune homme qui semble posséder un don particulier, celui de sentir quelle pierre est adaptée aux maux de chacun.

Il se place devant vous, tend son bras au-dessus de la tête en agitant la main, tout en fermant les yeux. « Oui, là, je crois que pour tes problèmes de transit lent, la tourmaline, c’est très bien. Tu poses une belle pierre au bas de ton ventre, dix minutes par jour, et au bout d’une semaine, tu vas constater une amélioration. » Il ne vous reste plus qu’à rejoindre la pièce où de nombreuses pierres, de toutes tailles et de tous prix, remplissent des corbeilles.

« − Et vous venez souvent ici ?

− Oui, je dépose ces pierres dans ma poche et je sens que cela me fait du bien. Pour le mal de gorge, je porte trois quartz roses. Et je viens tous les mois, c’est un endroit très chaleureux, je ressens de vraies énergies bienveillantes. »

Certains parlent de lithotérapie et ne jurent que par les vertus des pierres. Une forme d’acupuncture minérale. Et puis, il faut dire que les médias en parlent de plus en plus, que les influenceurs et les stars se sont emparés du phénomène. Kim Kardashian, Adèle et même Britney Spears couvrent d’éloges les minéraux qui auraient des vertus d’interaction entre le corps et l’esprit. Le magnétisme, les vibrations, le fluide.

Et puis il faut dire que sur Instagram, toutes ces couleurs et ces formes rondes et douces, c’est très beau, très agréable. Sauf que personne n’a jamais pu démontrer le pouvoir réel sur la santé. Seul l’effet placebo expliquerait l’impact.

Mais le Covid est passé par là, toutes les médecines alternatives suscitent un engouement. Les pierres semblent être une porte d’entrée à des mondes parallèles.

Libre à chacun de croire ou non aux pouvoirs des pierres. Et puisqu’elles visent à faire du bien - et cela sans danger, pourquoi s’en priver ? Une autre boutique vient d’ouvrir à quelques centaines de mètres, de la première.

À croire qu’il y aurait comme un puits vibratoire cosmo tellurique dans le 11e arrondissement parisien.

La vie en x 1,25

La vie en x 1,25

« Euh, tu peux mettre en x 1,25 ? » On n’a pas compris tout de suite, quand notre voisin de canapé nous a demandé d’accélérer le mode de visionnage de « Squid Game ». On ne savait pas qu’aujourd’hui, la plupart des jeunes gens activent le x 1,25 pour regarder Netflix ou YouTube.

X 1,25, c’est une vitesse qui permet de ne rien perdre de l’intrigue des séries, des détails de mise en scène ou des dialogues, même si ceux-ci semblent prononcés par des robots à la voix métallique. Pour ceux qui ont connu les VHS, cela ressemble à ce qui se passait quand on rembobinait les cassettes.

La raison de cette pratique est toute simple et logique. Vu l’offre exponentielle de fictions, le jeune public connecté a trouvé la parade, en adoptant le mode accéléré.

« Mais comment je peux regarder une saison entière sans aller plus vite… d’autant que je suis
4 ou 5 séries en même temps. De toute façon, dès que tu as terminé un épisode, tu n’as qu’une envie, c’est d’enchaîner sur le suivant ! Donc si tu peux gagner du temps, c’est toujours ça de pris. Là, en regardant à x 1,25, tous les quatre épisodes, j’ai déjà vu le cinquième ! »

Pour certains, cela devient même plus agréable, car tout est plus évident. Les blagues arrivent plus souvent, et le rythme accéléré facilite la compréhension de l’intrigue. Tu as l’impression d’être sur la trame de la narration.

Ce qui n’empêche pas de revenir en arrière ou même de ralentir une scène pour la décomposer. « En gros tu deviens réellement acteur, tu choisis ce qui t’intéresse et tu passes sur les longueurs. »

Finalement, est-ce que l’on ne fait pas pareil quand on saute les pages d’un livre, pour lire en diagonale ? La société elle-même a accéléré, c’est même devenu le mode normal.

Le risque, bien évidemment, c’est l’addiction. De toujours vouloir en voir plus et de passer au mode de plus en plus rapide. Dernièrement, le community manager de Netflix US a tweeté :
« Le sommeil est mon pire ennemi ! »

En fait, la société a tellement accéléré, que ce phénomène semble tout à fait évident et limite naturel.

Pourtant, certains l’avouent, mais ils sont rares, qu’ils ralentissent une série… pour s’endormir. Encore un espoir donc!

Le beau fait du bien !

Le beau fait du bien !

Bien sûr que personne n’a fait attention à ce rapport de l’OMS, basé sur 300 articles scientifiques paru le 11 novembre 2019. Cinq jours plus tard, le COVID 19 apparaissait à Wuhan en Chine, avant de se propager sur la planète.

Ce rapport confirme ce que l’on pressentait depuis longtemps, depuis des siècles, des millénaires même… l’art peut être bénéfique pour la santé de chacun.

J.M.G. Le Clézio, le Nobel de littérature ne dit pas autre chose : « Un jour on saura peut-être qu’il n’y avait pas d’art, mais seulement de la médecine. »

Certains pays sont déjà bien avancés dans cette approche. À Montréal, par exemple, si vous souffrez d’une maladie chronique comme le diabète, votre médecin peut vous donner une « prescription muséale », une ordonnance pour visiter un musée et ainsi augmenter votre taux de cortisone et de sérotonine.

On connaissait l’effet cathartique de l’art chez Aristote. « Si tu vas au théâtre, le fait d’avoir des acteurs sous les yeux, physiquement présents, ça te permet de vivre par effet miroir leurs émotions et donc ça te “purge” de tes pulsions, de tes fantasmes. »

Aujourd’hui, les neurosciences confirment ce qui était sous-jacent. La musique et les arts visuels aident les malades atteints d’Alzheimer à raviver leurs goûts, leurs souvenirs, leur identité.

« Quand je suis au musée d’Orsay dans la salle des impressionnistes, si je ressens des émotions, des sensations, c’est que la vision des Coquelicots de Monet provoque des réactions chimiques dans mon cerveau, un peu comme un médicament. Ce sont de bonnes substances qui sont sécrétées. » De la dopamine, de la sérotonine (ce qu’on trouve dans tous les antidépresseurs), et de la morphine endogène.

La dopamine, par exemple, est impliquée dans la motricité, c’est ce qui manque aux malades atteints de Parkinson. Elle agit aussi directement sur la partie de notre cerveau qui gère l’élan vital, l’envie de vivre. C’est bien au-delà de l’esthétique, ça touche concrètement notre corps.

Alors, en ce début d’année incertaine, si l’on suivait une petite cure de chorégraphie avec Merce Cunningham, l’incontournable danseur américain qui disait : « Dans mes ballets, il n’y a pas à comprendre, le but est de vous stimuler, vous public, à voir avec plus d’acuité, à écouter avec plus d’attention, à penser plus intensément. »

Quand on vous disait que l’art est essentiel !

Pas simple, cette nouvelle année…

Pas simple, cette nouvelle année…

On sent bien qu’on a du mal avec le « Très bonne année à vous tous ».
C’est vrai que cette fois-ci, on n’y croit plus trop à l’année joyeuse. Faut dire que le climat n’est pas complètement à l’euphorie généralisée !

Depuis le 1er janvier, plus de 300 000 personnes positives par jour, on n’arrête plus de faire des tests, PCR ou antigéniques sans plus trop savoir à quel moment les faire et ce que cela veut dire. Les perspectives d’avenir restent très floues.

À quelques mois d’une élection présidentielle, nous vivons un débat politique complètement hystérisé. Un président qui emmerde une partie des Français. Et puis le choc « Don’t look up » qui est peut-être le premier film qui peut faire prendre conscience à des millions de personnes de la catastrophe environnementale à venir. Et pour le coup, le constat est sans appel, désespéré : « Circulez, il n’a y a plus rien à attendre. Nous sommes embourbés dans une société du divertissement qui ne permet plus de réfléchir. »

Et puis un constat que l’on a tous fait, nous sommes fatigués.
C’est la logique même des choix politiques qui ravagent les individus.
« Si je suis fatigué, c’est que je n’arrive pas à me reposer… et si je n’arrive pas à récupérer, c’est que mon temps libre est occupé. » 

Alors pour lutter contre cet épuisement, on va chercher à se remettre sur pieds.
Pas des résolutions irréalistes de début d’année, ce qui serait encore ajouter de la pression, simplement des choix.

Twitter, Instagram, Facebook, on désinstalle sans états d’âme. Les newsletters qui arrivent en rafale dans notre boîte mail, on se désinscrit. Le “temps de cerveaux disponible” que d’aucuns avaient théorisé en 2004, on va le récupérer.
On va regagner, minute après minute, tout ce temps que les géants de la communication ont grignoté, colonisé, vampirisé. Souvent avec notre assentiment.

Il s’agit juste de reprendre un peu le contrôle. Une image revient, souvent utilisée pour expliquer le capitalisme libéral aux enfants : « Le capitalisme, c’est quand tu dis à l’autre, donne-moi ta montre et je te donnerai l’heure. »

Ce n’est pas une grande résolution. Mais pour 2022, on récupère la montre sans demander s’il vous plaît. Et l’on a déjà le sentiment que nous allons passer une meilleure année.

Janvier sec !

Janvier sec !

« Tu sais quoi, on est le 5 du mois et je tiens le coup, je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis le réveillon de la Saint-Sylvestre.» Le Dry January, ce « rituel non alcoolisé » restait confidentiel dans notre pays, mais en ce début d’année, le phénomène semble trouver un véritable écho. C’est près de 10 % des Français qui se disent séduits par ce concept venu d’outre-Manche.

Si le Dry January est né en Angleterre, en 2013, avec l’association Alcohol Concern UK, ce n’est que depuis deux ans que les médias français ont commencé à lui accorder une certaine place à côté de la galette des Rois.

Le principe est simple. On ne boit pas d’alcool pendant tout le mois de janvier. Pas une goutte, même pas un baba au rhum, rien ! Pour beaucoup, c’est juste intenable.

«Mais tu ne crois pas qu’on en prend assez depuis deux ans avec le virus ? Alors si en plus, je peux plus boire une bière…». Donc, il faut faire gaffe à tes potes, éviter de retrouver Jules à l’Orange mécanique, car tu sais que tu ne vas pas t’en sortir avec un Perrier rondelle.

Les premiers jours, on s’était imaginé une posture ambitieuse : «Ne pas boire, c’est ça être rebelle en 2022!» Et puis, le soir en buvant un Kombucha, on a compris qu’on ne serait pas à la hauteur. Pas comme le Che devant un virgin mojito ! Tant pis pour le Grand Soir ! Alors, on va se contenter d’accomplir son Dry January. Avec un petit regret tout de même : «J’aurais même du faire ça en février, y’a que 28 jours!»

Quand Régis nous a dit qu’il était partant pour faire équipe, ça nous a remis sur pied, de savoir que l’on n’était pas seul. Hyper important d’être engagé vis-à-vis de l’autre. Donc, dans la foulée, on a fait un groupe WhatsApp et ça marche bien. On se fait un point tous les soirs. Avec des petits moments de détresse «Les copains, je vais craquer, je vais braquer le frigo ! Appelez-moi vite, j’ai le décapsuleur en main ! »

Une amie du groupe nous avait dit : «Tu devrais essayer de faire des mandalas en coloriage, quand t’as envie de boire un verre, ça calme…» Eh bien, on ne l’a jamais revue… On est plutôt allé chez Decathlon acheter une paire de runnings, et depuis, quand on sort du boulot, on part courir quarante-cinq minutes aux Buttes Chaumont.

«Je rentre et je prends une douche… sauf qu’après la douche… Donc j’ai viré les bières du frigo et j’ai acheté des carottes et des pommes. Je les mange, un vrai dérivatif.»

La bonne surprise, c’est la disparition des mauvais moods. «J’ai perdu du poids et je dors mieux. Je me réveille clean avec l’énergie agréable de vouloir faire des trucs sympas.» 

Ce qui nous fait tenir, c’est le 31 janvier et la perspective de retrouver Régis pour boire un verre. Et avec un peu de chance, on pourra peut-être le boire debout au comptoir.

De la salamandre au panda

De la salamandre au panda

Blois, c’est une ville bourgeoise du bord de Loire. Une ville qui, il y a encore quelques années, sentait le chocolat Poulain quand on sortait de la gare.

Et puis Blois, ce fut longtemps la porte d’entrée pour la découverte des châteaux de la Loire. On y descendait pour aller à Chenonceau, Villandry, Cheverny, Beauregard et merveille des merveilles, Chambord.

À la fin des années 1980, les touristes arrivaient toujours plus nombreux.

De France, mais aussi de l’étranger. Les gens ne voyageaient plus uniquement sur le temps des vacances, mais durant toute l’année. On commença à parler de société de loisirs.

Au point que l’on baptisa la gare de Blois, Blois/Chambord.

Le patrimoine bien sûr, mais aussi… les parcs d’attractions. À la fin des années 1990, l’engouement du public est massif, les gens adorent ça. Disneyland Paris devient la première destination touristique de France et même d’Europe.

Et puis au tournant 2000, quelque chose, dans les environs de Blois, suscita l’attention. Le ZooParc de Beauval qui avait été créé vingt ans plus tôt autour de quelques oiseaux, commençait à attirer de plus en plus de visiteurs.

Alors que traditionnellement, l’industrie touristique s’était structurée sur les monuments historiques, les parcs d’attractions venaient casser cette logique.

Le parc animalier passa ainsi de 250 000 visiteurs par an en 1990, à 600 000 au début des années 2010. Beauval devint, au même titre que Chambord, une destination à lui tout seul.

Et puis les choses explosèrent en 2012 avec l’arrivée d’un animal, ou plutôt d’un couple.

Un couple de pandas prêté par le gouvernement chinois. Cette année-là, un million de visiteurs viendront les découvrir.

Dépassant ainsi Chambord et Sa Majesté. Dix ans plus tard, Beauval est à un million et demi de visiteurs par an. Et c’est toute une région qui économiquement renaît. Le parc est devenu le principal employeur privé du Loir-et-Cher.

Dans la France du XXIe siècle, Beauval et ses pandas sont devenus une destination touristique plus fréquentée que Chambord. Un glissement s’est opéré. Comme Disneyland à supplanté Versailles et son château. En un peu plus de trente ans, le loisir a pris le pas sur la culture et l’histoire, et ce, pour les touristes du monde entier.

À la gare de Blois, on rencontre de nombreux enfants avec des pandas en peluche…

beaucoup moins avec la salamandre, l’animal fétiche de François Ier. Et ça ne sent plus le chocolat.

Vous avez tout vu !

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