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Pauses by Noise

Retrouvez-nous, chaque jeudi, pour une nouvelle Pause by Noise.

Bullshit jobs

Bullshit jobs

« Qu’est-ce que tu fais comme job, depuis que tu es sorti de Sciences Po ? » On a senti comme un malaise, quand Régis a essayé de nous expliquer dans une langue devenue immédiatement complexe, un mélange d’anglicismes et de langage marketo-commercial, son quotidien professionnel.

« Et tu n’arrives pas définir ton boulot plus simplement, en une phrase ? » Un grand silence s’installe, comme un grand vide… « Oui, tu as raison, c’est un bullshit job, un job à la con et je ne parviens toujours pas à expliquer ce que je fais, six mois après avoir été embauché dans cette boîte de web marketing. »

Régis poursuit : « T’es boulanger, tu fais quoi ? Du pain. T’es déménageur, tu fais quoi ? J’arrive le matin dans un appartement plein, je repars le soir, crevé, quand il est vide, c’est simple et concret… Sauf qu’aujourd’hui, je suis incapable de répondre à ta question. »

Ils ont entre 25 ans et 30 ans, ils sortent tous d’écoles prestigieuses, ils sont des milliers à ne pas pouvoir donner du sens à leur travail. Des réunions qui s’enchaînent où tout le monde pratique une novlangue d’initiés qui ne trompe personne. Ils sont business developer, full stack engineer, digital project manager, strategic planner, et ne comprennent pas toujours ce que l’on attend d’eux.

L’anthropologue américain David Graeber, le créateur du terme bullshit Job, en donnait cette définition, en 2018 : « C’est une forme d’emploi rémunéré qui est si totalement inutile, superflue ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence, bien qu’il se sente obligé, pour honorer les termes de son contrat, de faire croire qu’il n’en est rien. »

Autrement dit : « J’arrive le matin, j’allume mon ordi, je réponds à une montagne de mails, je prépare des présentations PowerPoint, j’enchaîne les réunions. Le soir, j’éteins mon ordi avec l’impression de ne rien avoir fait de concret, sinon d’avoir compilé des données sur Excel. »

Logiquement, ça craque quand ces têtes bien faites comprennent que ça va durer toute leur vie. Et là, contrairement au burn-out de ceux qui sont débordés par un boulot bien réel, ces cadres flamboyants font ce que l’on appelle un bore-out, épuisés qu’ils sont par l’ennui et le sentiment d’absurdité qui les envahissent…

Alors pour ne pas sombrer, beaucoup vont faire le grand saut. Tout arrêter et tout remettre en question. Suivre une formation de caviste ou de pâtissier, partir autour du monde, ou encore travailler chez Emmaüs et se sentir enfin utile. Et toujours la quête de sens, le Graal !

Désormais, ils vont moins bien gagner leur vie, mais ils vont pouvoir répondre avec confiance à la question : « Et toi, tu fais quoi dans la vie ? » Ces quelques mots, ça n’a pas de prix !

Ça dépasse les bornes

Ça dépasse les bornes

On a tous en tête la même image. Un jeune homme, à vélo avec un sac bleu vert dans le dos. Précisons l’image. Ce garçon peut même être en scooter, pour transporter son sac isotherme Deliveroo ou Uber Eats. Il faut dire que depuis les confinements, la livraison à domicile a explosé.

C’est l’exemple type de ce que l’on appelle l’économie de plateforme. « Je peux tout faire avec mon smartphone : travailler, acheter des vêtements, ou commander un repas et me faire livrer chez moi, via une application de service. »

Pour Deliveroo France, tout commence vraiment en 2015, avec 1 000 restaurants et la livraison à domicile. Le principe est simple, le restaurateur consent à verser une commission à la plateforme, et de son côté, le client paie un peu plus pour se faire livrer au pied de sa porte. Entre les deux, un coursier qui va vite devenir la variable d’ajustement, quand la concurrence des plateformes va monter en puissance. Et l’on oublie souvent un détail, « derrière le risotto de champignon livré à domicile, il y a un mec pour qui la vie est difficile. »

Car rapidement, les coursiers vont voir leur commission fondre comme neige au soleil. En quelques années, de 7 €, elle va chuter à moins de 3 €, fin juillet 2019. Aujourd’hui, les livreurs se battent pour obtenir un minimum de 5 €.

Pour s’en sortir, il leur faut multiplier les courses aux heures de pointe. Les vélos sont de plus en plus mis de côté au profit du scooter. Et l’on sous-traite de plus en plus. Quand le système ressemble à la jungle, ce sont les plus vulnérables que l’on va chercher. Des sans-papiers qui n’ont pas trop le choix et à qui on sous-loue un compte Deliveroo.

Aujourd’hui, la grande inconnue, c’est la sortie du troisième confinement : avec la réouverture des restaurants, le nombre des commandes livrées à domicile va-t-il chuter ? Combien de coursiers risquent de se retrouver sur la paille ? Pétitions, grèves : les livreurs demandent déjà, depuis un certain temps, à ce que leur statut de travailleur indépendant soit requalifié en contrat de salarié.

Sous ses faux airs de liberté, la net économie a de plus en plus d’impact négatif pour ses petites mains qui rendent nos vies plus confortables. « Le patron, tu ne l’as pas sur le dos comme dans les boîtes de l’ancien monde, mais tu l’as dans ta poche : c’est ton portable ! La plateforme sait tout de nous, notre trajet, notre vitesse de livraison, par où l’on passe, la notation du client, tout ! »

On estime qu’en 2025, plus d’un demi-milliard d’individus sur la planète vivront de tâches issues de plateformes en ligne. Au nom de la modernité, le patron a été remplacé par un algorithme. Bienvenue dans le nouveau monde !

« Je vous laisse, j’ai un vocal ! »

« Je vous laisse, j’ai un vocal ! »

Cela fait déjà quelques mois qu’on se demandait pourquoi des jeunes gens utilisent leur smartphone dans la rue, en le tenant devant eux.

Et donc, l’autre matin, on a posé la question à une jeune femme qui s’approchait de l’arrêt de bus et qui venait de ranger son portable. « Pourquoi je le tiens comme ça ? Parce que j’enregistre un message vocal sur Snapchat, et qu’en marchant, c’est plus pratique que d’écrire un SMS. » Là, on s’est dit qu’on était encore passé à côté d’un truc…

Jusqu’à présent, la génération Z, les lycéens et les étudiants nés après 1998, utilisaient massivement les textos pour communiquer. Sauf qu’ils ont constaté que les adultes utilisaient de plus en plus, eux aussi, les SMS.

Et ça, le jeune, ça l’énerve toujours un peu d’avoir les mêmes supports de communication que les adultes et ses parents. C’est ce qui s’est passé avec Facebook : dès que les adultes se sont approprié ce réseau social, les plus jeunes sont partis ailleurs, sur Instagram, WhatsApp ou Snapchat. Il est nomade le jeune et il n’aime pas que l’adulte fasse comme lui.

Revenons à l’arrêt de bus. Plutôt que de taper un SMS, la jeune femme appuie sur le bouton du micro et elle envoie un message vocal. Alors bien évidemment, on se pose la question : pourquoi n’appelle-t-elle pas directement son interlocuteur, puisqu’il s’agit de parler ?

Parce que pour beaucoup, l’appel direct est trop intrusif. Ils préfèrent écouter un vocal en différé, quand ils le souhaitent. On ne parle même pas de laisser un message sur le répondeur qui n’est jamais consulté.

L’autre raison, c’est le contenu du SMS qui peut être ambigu, voire mal compris. Et en plus, quand tu te trompes dans l’écriture intuitive…

« On pense que le SMS, c’est plus rapide mais, en fait, quand on n’est pas assez clair, on doit refaire et ça prend trop de temps. »

« Et puis, tous les émojis qui te polluent tes messages, c’était juste plus possible ! »

« Et quand ma mère, pour un oui ou pour un non, m’envoie des SMS, elle y ajoute des pouces levés, des cœurs en pagaille… Ça me saoule, c’est pathétique ! »

« Avec un SMS, tu te caches derrière les mots. En vocal, tu ne peux pas tricher. L’émotion passe telle que. »

Conclusion de tout cela : le décalage entre les générations se niche vraiment dans les détails du quotidien. La fille de l’arrêt de bus nous interpelle : « Je vous laisse, j’ai un vocal ! »

Zoom-moi si tu peux !

Zoom-moi si tu peux !

Ça fait un an et on ne s’y fait pas. Pourtant, l’outil était vendu comme très convivial. « C’est tout comme au bureau. Tu arrives, tu attends dans la salle d’attente que quelqu’un te dise OK. Tu dis bonjour à tout le monde. Tu es devant ton écran et tu ne le quitteras qu’en fin de journée. » Ça devait être une formalité, ce travail à distance, sur Zoom, ce travail 2.0. Eh bien, non ! Le constat est terrible : Zoom, on ne s’y fait pas !

Alors, qu’est-ce qui coince ? Premier point, la logistique. Ça paraît toujours secondaire, mais c’est la base. On s’en est rendu compte au démarrage de la campagne de vaccination. On avait des doses, mais très peu de Français ont pu être vaccinés. Pour une raison simple : tout le monde s’est focalisé sur les vaccins, en oubliant l’approvisionnement d’aiguilles pour les seringues. On en a cruellement manqué en janvier.

Pour Zoom, c’est un peu pareil. L’outil est formidable. « Tu verras, c’est très simple. Tu as juste à télécharger l’application, tu reçois une invitation et tu cliques. » Une invitation ? Oui, aujourd’hui, à défaut de vous inviter au resto (toujours fermé), on vous « invite » à parler pendant deux heures de stratégie commerciale. Sauf que quand tu vis avec tes deux enfants dans un appart de taille modeste et que l’ordinateur portable se trouve dans la pièce principale, tu n’as pas la possibilité de t’isoler comme tu le fais au bureau. C’est juste « un peu plus compliqué sur un petit écran » ! « Le soir, je suis claqué, j’ai l’impression que ça demande beaucoup plus de concentration. »

Et puis, il a fallu du temps pour qu’on comprenne ce qui nous mettait mal à l’aise. En fait, se voir en permanence à l’écran comme si l’on travaillait face à un petit miroir, c’est très perturbant. « Quelle impression je donne, est-ce que je ne devrais pas aller chez le coiffeur ? »

Et puis ces portraits, ces petites images alignées, toutes pareilles. Un sentiment, vingt ans après, de retrouver le Loft de M6, la téléréalité avec son confessionnal. Une impression de surveillance, de soumission. Chacun parlant sagement l’un après l’autre, un dispositif incroyablement policé.

Alors pour venir torpiller tout ça, un artiste enseignant américain a mis au point Zoom Escaper, un générateur gratuit de sons parasites. De l’écho, des pleurs de bébé, du vent, des aboiements, des bruits de chantier, d’une chasse d’eau un peu trop bruyante…

« Euh, désolé, ma connexion n’est pas bonne ce matin, je vais devoir vous quitter. Je me reconnecte à 14 heures. » 

Un autre petit grain de sable, une application pour perturber le contrôle de l’attention, c’est Mouse Jiggler qui imite l’activité en faisant bouger la souris… S’échapper le temps de faire une pause, on en a tous besoin !

« Nains de jardin : ouvrez les conteneurs ! »

« Nains de jardin : ouvrez les conteneurs ! »

Pas sûr que les experts, qui ont réponse à tout sur les plateaux des chaînes d’info, aient vu venir ce problème de pénurie. Au Royaume-Uni, les confinements successifs ont eu, comme conséquence, un développement sans précédent de l’activité dans les jardins.

Les Anglais se sont rués dans les jardineries et n’ont pas trouvé les décorations extérieures qu’ils aiment tant. Dans certains magasins, un produit est même en rupture de stock depuis des mois : le nain de jardin.

L’épisode du mois dernier, où un porte-conteneurs géant a bloqué le trafic de  marchandises dans le canal de Suez, n’a rien arrangé. Les livraisons d’accessoires de jardin made in China ont été retardées de plusieurs semaines.

Depuis le XIXe siècle, les Britanniques adorent ces petits bonshommes joufflus que l’on place sur la pelouse fraîchement coupée. En Allemagne également, on compterait de 20 à 25 millions de nains de jardin. En plastique, en pierre ou en céramique. Depuis 1937 et “Blanche-Neige et les Sept Nains”, le premier long métrage d’animation des studios Disney, d’après le conte des frères Grimm, c’est un succès considérable en Europe, « Hé ho, hé ho, on rentre du boulot ! ». Sans oublier le film “Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain”, en 2001, où un nain de jardin volé voyageait mystérieusement autour du monde.

Il y a vingt-cinq ans, c’est en France, à Alençon que les nains avaient disparu. Des centaines de nains volé, la nuit, dans les jardins. La police enquêta et commença à prendre au sérieux ces disparitions. Et puis coup de théâtre, les nains sont retrouvés, regroupés tous ensemble en plein milieu d’une forêt voisine… avec des vivres pour pouvoir tenir quelque temps !

Le FLNJ, le Front de Libération des Nains de Jardin, revendique ces enlèvements. On découvre alors un commando de jeunes qui s’ennuient ferme. « Les nains, ça se cueillait comme des fleurs ! On s’est pris au jeu dès que les médias se sont intéressés à nous. »

De nombreux propriétaires de nains ont très mal vécu ces vols qui, d’une certaine façon, les stigmatisaient socialement. Le nain, c’est pour beaucoup le mauvais goût du modeste pavillon. Aujourd’hui, à Alençon, on protège les nains. « Depuis les vols, tous les soirs, on les rentre dans le garage et on les sort le matin. Nous, on en a une quinzaine. » 

Avec la pandémie, certains ont trouvé dans le nain de jardin, une forme de réconfort et de protection. Un rayon de soleil au milieu de la morosité. Un nain apporterait bonheur et joie dans la famille qui l’accueille. Car on ne parle plus d’achat pour un nain, mais d’adoption !

Il est donc grand temps, pour nos amis britanniques, d’aller libérer les nains retenus dans les conteneurs.

Je gorafise, tu gorafises, ils gorafisent !

Je gorafise, tu gorafises, ils gorafisent !

C’est un message retweeté des milliers de fois, le jour où Emmanuel Macron annonçait la suppression de l’ENA, tout en souhaitant la remplacer par une autre école. Un tweet du Gorafi : « Le gouvernement pourrait prendre de nouvelles mesures en cas de … oh et puis merde, on s’en tape, y’en a marre… ! Démerdez-vous sans nous ! »

Le célèbre site parodique n’arrive plus à suivre, tellement les déclarations des politiques de tous bords virent à la parodie, voire à l’absurdité, sans que leurs auteurs ne s’en rendent compte. Tout devient gorafique. Pierre-Jean Chalençon en sosie de Polnareff organisant des dîners napoléoniens comme farce du 1er avril… bien sûr que c’est gorafique. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, allant chercher des hackers russes pour expliquer le désastre du plantage généralisé des cours à distance… encore gorafique !

« Comment ? Hé oui, Gorafi, c’est l’anagramme de Figaro et c’est volontaire… C’est à l’occasion de la campagne présidentielle de 2012, qu’on a eu l’idée. » Près de dix ans plus tard, la logique des réseaux sociaux, le toujours plus racoleur, plus excessif, plus clivant a fini par rattraper Le Gorafi qui, aujourd’hui, baisse un peu les bras. « L’absurdité fait vendre, et tout le monde s’engouffre dans la brèche ! »

Comment lutter contre un ministre qui annonce sur une chaîne d’info, ému et admiratif, qu’« Emmanuel Macron est un grand épidémiologiste » ? Comment tenir la barre quand les éléments de langage rôdent du matin au soir, au milieu de polémiques préfabriquées à l’envi pour être relayées ? « Écoutez, Madame, cette troisième étape de la pandémie n’est pas un confinement, ce sont des mesures de freinage massif. » La réalité serait-elle en train de disparaître ? On ne sait plus trop, alors Le Gorafi essaye tant bien que mal de rebondir.

« Flash - Le lycéen qui a réussi à se connecter au site ParcourSup’ 2021 défilera, ce dimanche, sur les Champs-Élysées. »

« Emploi - Les chômeurs devront aller pointer à leur agence de Pôle Emploi en courant, pour prouver leur motivation. »

Car nous en sommes là. Et pour Le Gorafi, à ce stade d’incompréhension généralisée, nul besoin d’inventer, de déformer, de rendre plus absurde un réel médiatique qui l’est suffisamment devenu.

Allez, pour la route : « France - Réfugié, il décide de devenir raciste pour s’intégrer plus rapidement. » Et un dernier, par pur plaisir : « Valeurs Actuelles - Une enquête sur un fait divers annulée faute de musulman impliqué. »

La gorafisation générale est en route, les temps sont durs pour le second degré !

Les chênes de la reconstruction

Les chênes de la reconstruction

C’était il y a deux ans, presque jour pour jour, le 15 avril 2019. On est tombé sur un tweet, une vidéo inimaginable de Notre-Dame : les flammes embrasaient la cathédrale !

Aujourd’hui, les travaux de sécurisation sont achevés et la reconstruction du bâtiment va pouvoir commencer. C’est plus de 150 artisans qui vont œuvrer : des tailleurs de pierre, des échafaudeurs, des maîtres verriers, des maçons, des grutiers, des couvreurs, des charpentiers.

Pour cette reconstruction, on va acheminer quantité de matériaux, mais on a surtout choisi ce qui symboliquement a disparu, cette nuit-là, le bois. Celui qui va redonner naissance à la flèche, ainsi qu’à la charpente du transept.

Cet hiver, 1 300 arbres ont été sélectionnés dans toutes les régions de France, et ce sont huit grands chênes de la forêt de Bercé dans la Sarthe, qui serviront à rebâtir le joyau de Viollet-le-Duc, le socle de la flèche. Cette forêt avait été plantée au XVIIe siècle par Colbert pour le compte de la marine royale, afin d’assurer la pérennité et la grandeur de la flotte française.

Ces arbres sont exceptionnels, ils ont plus de 200 ans… impressionnant d’imaginer qu’ils ont été plantés vers 1800. Napoléon est couronné en 1804, et alors que l’on bataille à Austerlitz, l’année suivante, on plante méthodiquement des chênes en sachant qu’il faudra des siècles avant qu’ils puissent être abattus. « C’est un peu une histoire de France naturelle qu’on va utiliser pour refaire cette charpente historique. »

Le premier arbre sélectionné pour la flèche est haut de plus de 20 mètres, un long tronc sans branche. Un chêne unique qui est estimé à plus de 10 000 euros (tous les arbres sélectionnés pour la reconstruction ont été donnés par le Domaine).

Les chênes de la reconstruction ont été abattus avant l’arrivée du printemps et la montée de sève. Des bois « ressuyés » qui vont rester à sécher entre 12 et 18 mois, pour qu’une bonne partie de l’humidité disparaisse. L’objectif est de commencer le travail de charpente l’année prochaine, pour finaliser l’ensemble en avril 2024. Soit cinq années de travaux comme envisagé par le président de la République.

Depuis quelques années, les forestiers alertent sur l’état de la forêt française qui souffre du réchauffement climatique. On essaye de reboiser, avec des essences plus ou moins résistantes, sans certitudes. Dans deux cents ans, restera-t-il des chênes d’exception ? Rien n’est moins sûr !

Les cerisiers en fleurs

Les cerisiers en fleurs

En général, à l’arrivée du printemps, c’est plutôt la végétation qui nous montre des signes de renouveau. Bourgeons qui pointent, premières feuilles qui se déplient. Et puis, il y a ce week-end magique, inexplicable, où l’on ne sait pas à quoi cela tient, mais les lunettes de soleil donnent un côté estival aux visages à peine sortis de l’hiver.

Sauf que cette année avec les masques et la fermeture des terrasses, ce printemps à des allures de cour d’hôpital.

Et en plus, la nature, on ne la voit pas, voire on s’en fiche comme d’une guigne. Il suffit de comparer avec le Japon et l’excitation de la population à l’approche de la floraison de leurs vénérables cerisiers.

Pour rien au monde, les Japonais ne voudraient manquer ce rendez-vous, le Hanami (“regarder les fleurs”). La floraison est éphémère et ne dure que quelques jours. Regarder les fleurs est une coutume traditionnelle qui aurait commencé durant la période Nara au 8e siècle. Cette célébration est restée, depuis, un événement national repris par l’ensemble de la société. 

Avec évidemment une question identique pour tous : « Quel sera le jour où l’éclosion sera visible près de chez moi ? »

Tout le monde est sur le pont. Les scientifiques, les prévisionnistes météo qui calculent, évaluent, modélisent pour être au plus juste. L’an passé, un présentateur météo s’était trompé de plusieurs jours ! Il est venu présenter ses excuses en direct à la télévision. C’était le minimum pour apaiser la colère populaire.

Dès l’apparition des premiers signes de renaissance de la végétation, des milliers d’internautes photographient et envoient ces signes annonciateurs aux organismes spécialisés. A partir du mois de mars, c’est tout un peuple qui vit au rythme de la nature, qui scrute la moindre écaille de bourgeon laissant place à un fragile pétale. Pour cette année, les prévisions annoncent une floraison des cerisiers à Tokyo le 23 mars, le 8 avril, c’est à Nagano que la floraison devrait débuté, et vers le 4 mai à Hokkaido.

En France, on nous dit que sur cette période de fin mars début avril, les bars et restaurants resteront fermés. On pourra toujours prendre une bière à emporter et trouver un bel arbre en fleurs où s’installer.

Où se cache le loup ?

Où se cache le loup ?

« T’es Twitch ? – Comment ? – T’es Twitch, toi ? – Euh, non pas vraiment ! » Alors on s’est dit, ce week-end, que l’on allait regarder le stream de Samuel Etienne qui fait un tabac depuis qu’il a reçu François Hollande. Comment dire, on est un peu dépassé, l’impression de décrocher de tous ces supports et de leur vocabulaire prisés par une partie de la jeune génération.

Il y a quelques semaines, c’est EnjoyPhoenix et ses amis influenceurs qui ont été reçus par Gabriel Attal, le jeune porte-parole du gouvernement. Et puis les youtubeurs McFly et Carlito. « 10 millions de vues et vous venez à l’Élysée ! » leur avait lancé Emmanuel Macron. « Nous acceptons », ont-ils répondu. Tout ça pour demander aux jeunes de respecter les gestes barrières. Et voilà la chanson « Je me souviens ! », avec le visage du président qui brille dans le ciel comme le messie… et bientôt un concours d'anecdotes !

Et donc Twitch où Samuel Etienne, le monsieur du jeu télévisé « Questions pour un champion » de l’après-midi dans les Ehpad, se dit qu’il aurait bien envie de faire une revue de presse autrement. Chez lui, avec un chat très libre durant le stream. Bingo, 350 000 followers ! Ce qui est énorme puisqu’au départ, Twitch, c’est plutôt un truc de gamers qui se retrouvent autour d’un live stream sur une partie de jeu vidéo.

C’était il y a trois mois, et ça marche, toute la presse en a parlé. Ça marche tellement bien que la com de François Hollande a contacté Samuel Etienne. « Ça serait une bonne idée qu’il vienne vous voir, pour répondre aux questions des “viewers”. » Gros carton d’audience.

Samuel Etienne explique qu’il ne prépare rien, que tout est en freestyle, d’une totale transparence. “Samuel et François”, l’un à côté de l’autre devant l’écran et la webcam, sans masques. Les questions défilent tellement qu’il est impossible de les lire.

Et là, on se demande où est le loup. Toutes les études montrent que les jeunes ne lisent pas la presse d’actualité, pas un journal, nada ! Et les gamers adoreraient la revue de presse de Samuel Etienne ? Alors, on regarde, une revue de presse bienveillante, sympathique, qui ne va pas chercher le média alternatif qui poserait les questions qui grattent… Gros doute, donc !

Et ce dimanche, c’est Jean Castex qui fait du Jean Castex, cravate en moins, mais éléments de langage et langue de bois toujours bien là. C’est un peu gros, ça ne passe pas bien. Entre-temps, les chaînes télé TF1 et BFM-TV annoncent qu’elles débarquent sur Twitch… C’est la fin de la partie. Les politiques croyaient avoir enfin trouvé le truc miraculeux qui accroche les jeunes, sauf qu’en un week-end, tout apparaît au grand jour. 

On fait du neuf avec du vieux. En 1985, le présentateur vedette du JT de la Une, Yves Mourousi, s’asseyait sur le bureau du président François Mitterrand et ils parlaient “branché”. Quelques années plus tard, c’est l’animateur Thierry Ardisson qui bousculait l’intimité des politiques. On fait du vieux avec du neuf ! La notoriété grand public de Twitch aura duré un trimestre, le temps que l’on capte que Samuel Etienne était déguisé en cheval de Troie.

Miction impossible

Miction impossible

On ne s’en était pas trop rendu compte lors du premier confinement, et pour cause, mais la fermeture des bars et des restaurants, à l’automne dernier, a eu pour conséquence de priver les citadins du petit café pris sur le comptoir, prétexte pour descendre aux toilettes…

« Vendredi après-midi, j’étais dans le Marais pour m’aérer… Au bout de deux heures, j’ai été pris d’une envie pressante, et là, panique, pas de WC publics à proximité. J’ai dû me résigner à me soulager entre deux SUV stationnés. » Un comportement pas très citoyen et qui peut coûter cher. Car uriner sur la voie publique à Paris est punissable d’une amende de 68 euros.

La pandémie de Covid-19 a rendu visible le manque criant de toilettes publiques dans la capitale et les grandes villes. C’est devenu un vrai problème pour plusieurs catégories de professionnels : chauffeurs de taxi, livreurs, coursiers, artisans du bâtiment… Certains habitants, eux, ont fait le choix de ne plus trop s’éloigner de leur domicile.

L’installation de lieux de commodités dans les rues de Paris remonte à 1834, pendant la Révolution industrielle. Avant, on ne se posait pas de question, on se soulageait contre un mur comme on le faisait à la campagne. Le préfet de la Seine, le comte de Rambuteau, entend appliquer les nouvelles théories hygiénistes. Ainsi 478 édicules sont construits le long des rues principales de la capitale.

Ces urinoirs gratuits pour messieurs, surnommés vespasiennes en référence à l’empereur romain Vespasien qui avait instauré un impôt sur la collecte des urines, vont très vite se multiplier. Parce que les gens n’ont pas de lieux d’aisance dans leurs logements, et qu’il n’y en a pas non plus sur les lieux de travail. Tant pis pour les dames : des sanitaires publics qui leur seraient réservés, ça n’existe pas encore. Au début du XXe siècle, Paris compte plus de 4 000 pissotières : c’est sans doute la ville d’Europe où il y en a le plus.

À cette époque, on parle de « tasses », à cause de leur forme de théière. Dans ces lieux de promiscuité masculine, la drague homosexuelle a fleuri. Un cocher avec un duc, un fils de bonne famille avec un artiste de beuglant… les bonnes mœurs sont menacées tout comme l’ordre social ! Au début des années 1960, le conseil municipal de Paris vote la disparition graduelle des vespasiennes.

Petit à petit, les bars et les restaurants prendront le relais. Il faudra attendre 1981, pour que l’on découvre les premières sanisettes Decaux, bijou de modernisme, des toilettes mixtes, autonettoyantes… et payantes. Aujourd’hui, il y a seulement 750 toilettes publiques à Paris dont 435 sanisettes nouvelle génération gratuites depuis 2006. Soit 0,14 W.-C. public au kilomètre carré. Une misère ! C’est pire à Marseille où l’on recense 22 toilettes publiques. Et que dire de Lille où il n’y en a que neuf ?

Alors voilà, depuis le début de l’année, trouver un endroit pour se soulager au temps du Covid est devenu un vrai casse-tête. Quand on doit déambuler quelques heures dans Paris, on repère sur la carte les toilettes publiques qui vont nous servir d’étapes dans l’après midi. Et l’on croise les doigts pour qu’il n’y ait pas une longue file d’attente, sachant bien entendu que la parité n’est pas de mise entre deux SUV !

Les chief happiness officers ne font plus rire

Les chief happiness officers ne font plus rire

« Alors t’as vu, dans les start-up, il paraît qu’avec le Covid, c’est compliqué pour les chief happiness officers ! » On a fait oui de la tête et discrètement, on a ouvert Google pour tomber sur la rubrique “responsable du bonheur”.

L’occasion de découvrir l’univers du bien-être au travail, le team building plus ou moins grotesque où tu construis une super belle étoile en planchettes Kapla avec tes collègues de bureau, au prétexte que tout ça renforce la cohésion du groupe.

La profession de chief happiness officer est née dans les start-up de la Silicon Valley, il y a une quinzaine d’années. Travailler dans une start-up, c’est ressentir une grosse pression avec comme Graal, le culte de la performance. Sauf que rapidement, les jeunes start-uppers ont fatigué. On a beau travaillé en short en grignotant des chouquettes, l’épuisement lié au rythme du travail est venu frapper presque un collaborateur sur deux. Le burn-out, comme un gros disjoncteur.

Et là, plutôt que de remettre l’humain au centre du schéma, on a sorti du chapeau le chief happiness officer. « Hé mec, logique, si les forces vives d’une entreprise ont une petite baisse de moral, c’est qu’il faut leur apporter du bonheur. » Le chief happiness officer, c’est l’idée que l’entreprise est vraiment gentille avec vous.

« Une start-up, vous savez vraiment comment ça fonctionne ? Ça va très vite, toujours plus vite, et si on a besoin que vous restiez deux, trois heures supplémentaires le soir, vous n’allez pas faire la gueule… puisqu’on vous dit qu’on vous aime ! »

Mais le Covid-19 est venu balayer tout ça. Le chief happiness officer est rapidement apparu comme le symptôme de tout ce qui ne va pas dans l’entreprise. L’humanisation du travail, ce n’est pas le petit déjeuner healthy sans gluten ni le cours de chant bouddhiste.

Le télétravail a demandé à chacun beaucoup plus. Travailler dans de petits espaces, quand les enfants sont là. La découverte que le professionnel empiétait bien trop souvent sur le temps familial ou personnel. La bienveillance, la flexibilité, la gratitude ont finalement fait beaucoup plus pour resserrer les liens, et créer un vrai sentiment d’appartenance, qu’un escape game géant, suivi d’un cocktail.

Les responsables du bonheur ont un problème, la sortie de crise risque de se faire sans eux !

« Vendôme, j’achète ! »

« Vendôme, j’achète ! »

Le jeudi 4 février 2021, le groupe de luxe LVMH a signé, pour 10 000 € un accord avec la ville de Vendôme pour s’offrir le droit exclusif d’utiliser la marque Vendôme pour « toute création de collection et de produits liés à la joaillerie et à l’horlogerie ».

Et l’on découvre ainsi que le nom d’une ville peut être racheté par le plus grand groupe de luxe au monde. On s’était posé la question de la privatisation de l’espace public au moment de l’incendie de Notre-Dame de Paris et l’élan de générosité des milliardaires français.

Certains auteurs de science-fiction, comme Alain Damasio dans son dernier livre, « Les Furtifs », prédisent, après les stades, la vente des villes aux grandes marques… Cannes, par exemple, rachetée par la Warner, Orange par Orange, Lyon la capitale de la gastronomie, rachetée par Nestlé et qui deviendrait Nestlyon. Et bien sûr, Paris la Ville lumière, la ville du chic français rachetée par LVMH et rebaptisée Paris LVMH.

Avec Vendôme, il ne s’agit pas d’une opération ponctuelle comme Citroën l’a fait avec la C4 Picasso. Citroën avait le droit d’utiliser la marque mais n’en était pas propriétaire. Non, dans le cas de Vendôme, il s’agit d’une cession définitive à une très grande multinationale pour 10 000 euros, ce qui paraît dérisoire, comparé au chiffre d’affaires de LVMH en 2020, soit 44,7 milliards d’euros.

En fait, LVMH n’achète pas uniquement le nom de la sous-préfecture du Loir-et-Cher. Mais sept lettres, dont une accentuée, qui évoquent bien évidemment la quintessence du luxe : la place Vendôme à Paris. Les plus grandes maisons de haute joaillerie ou de mode y ont une boutique. Cartier, Boucheron, Dior, Chanel, Van Cleef & Arpels, Louis Vuitton… et l’hôtel Ritz Paris en prime. C’est ce Vendôme là qu’achète Bernard Arnault. C’est ce nom qu’il privatise. C’est du billard à trois bandes. Et l’histoire ne s’arrête pas là. Ce n’est que l’un des maillons de la stratégie élaborée.

En parallèle de l’achat du nom de la ville, LVMH a restauré pour plus de 15 millions d’euros, l’ancienne abbaye du quartier Rochambeau pour y installer le pôle d'excellence des cuirs précieux de Louis Vuitton. Ce qui lui permet d’ancrer physiquement le bâtiment classé dans l’historique du Groupe. Et à n’en pas douter, cette abbaye va devenir un lieu de « pèlerinage » à la gloire des produits Vendôme. 

Vendôme - LVMH - La place Vendôme. La boucle est bouclée et Bernard Arnault suit les pas du Roi-Soleil. Car pour l’anecdote, c’est Louis XIV qui racheta l’ancien hôtel particulier parisien du duc de Vendôme avant de le raser pour en faire la place Vendôme.

« Et si demain, LVMH rachetait Versailles, ça ferait un bel écrin pour le luxe français, non ? » 

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