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Pauses by Noise

Pendant le confinement, retrouvez-nous le lundi, le mercredi et le vendredi, pour de nouvelles Pauses by Noise.

Une mésange noire vient de passer

Une mésange noire vient de passer

En quinze ans, un tiers des oiseaux auraient disparu des campagnes françaises, à une vitesse vertigineuse. L’effet domino. “Logique, non ? Pas besoin d’être chercheur… les moucherons meurent, donc les oiseaux n’ont plus rien à grignoter.”

Pendant des années, on a beaucoup parlé, beaucoup considéré que “oui, bien sûr, il faut sans doute se pencher sur le problème… vous dites que la mésange noire que l’on apercevait dans l’arbre de la cour, on ne la voit plus depuis l’automne dernier ? Sauf que vous savez… j’ai un budget à boucler, moi, Monsieur… Ça ne rentre pas facilement dans un tableau Excel, un oiseau. Pas très numérique, les plumes” !

On a souvenir, enfant, d’accompagner les chasseurs qui remontaient dans les chaumes fraîchement coupés, pour dénicher des volées de perdrix. Depuis plus de vingt ans, c’est une hécatombe : 80 à 90 % des perdrix rouges ont disparu. Les oiseaux meurent, parce que nos campagnes ne sont plus vivables.

Un professeur du Muséum nous en dit un peu plus : “Que les oiseaux se portent mal indique que c’est l’ensemble de la chaîne alimentaire qui se porte mal. Et cela inclut la microfaune des sols, c’est à-dire ce qui les rend vivants et permet les activités agricoles.”

Vous prenez votre voiture, vous quittez la ville, vous marchez à travers un champ et là, vous vous dites : “Voilà, je ne vois rien, mais je suis sur un terrain mortel.” Comme pour les zone irradiées de Fukushima au Japon. Quel terrible constat ! Alors bien sûr que l’on pointe du doigt l’agriculture intensive sensée nourrir la planète… mais à quel prix !

On nous dit que l’on a vu et entendu le week-end dernier, une linotte mélodieuse, friande d’invertébrés à la belle saison et de graines de plantes adventices en hiver, et deux alouettes des champs, près de Meaux.

Et puis là, un petit cri ? Non, rien à voir, c’est un message Twitter sur notre smartphone. Là, par contre, beaucoup d’oiseaux bleus, c’est même le logo de Twitter. Il y a un peu plus de dix ans, quand il a fallu trouver un nom à ce nouveau réseau social, les programmeurs qui travaillaient sur le projet, ont feuilleté les pages d’un dictionnaire. Twist, twit, twitch, twitcher, twitchy… et OK c’est super ! “Le léger chant émis par certains oiseaux”, “excitation, agitation” : Twitter.

En dix ans, on s’est habitué aux punchline limites, aux invectives, aux injures… sur Twitter. On a juste oublié de dresser l’oreille au silence des oiseaux. Ah, une mésange noire vient de passer devant notre fenêtre.

Galette vs gâteau des Rois

Galette vs gâteau des Rois

Le 6 janvier, c’est incontournable, tout le monde se réunit, au bureau ou en famille, autour d’une galette. Et là, personne pour critiquer l’aspect religieux de la chose, les Rois Mages, le Christ, l’étoile de Bethléem, l’or, la myrrhe et l’encens… Au pays de la laïcité, tout le monde reprend une part de galette sans état d’âme.

« — Mais Monsieur, c’est païen, la galette! Cela renvoie aux Saturnales romaines, où tout était déjà là… Le 6 janvier, quand les jours commencent à s’allonger de façon sensible, la vraie fève séchée, que l’on cache dans un gâteau, et puis le plus jeune de l’assemblée qui file sous la table pour désigner à qui l’on allait donner telle ou telle part. Et celui qui aurait la fève, qu’il soit esclave ou seigneur, devenait le roi pour la journée. »

Sauf que, encore aujourd’hui, que l’on vive dans le Nord ou dans le Sud, ce n’est pas le même gâteau que l’on déguste entre amis.

Au Nord, les amateurs de galettes à la frangipane qui payent une fortune la garniture à l’amande écrasée, et dans le Sud, ceux qui ne jurent que parle gâteau des Rois, une couronne briochée parfumée à la fleur d’oranger, recouverte de grains de sucre et de fruits confits. Et elle vient d’où, cette scission ? Elle correspond, plus ou moins, aux langues parlées au Moyen Âge, langue d’oïl au nord et langue d’oc au sud. « Galette d’oïl vs gâteau d’oc ».

Mais au fait, on mange de la galette ailleurs qu’en France ? Peu, mais par exemple, ça commence à venir aux États-Unis, sauf que là-bas, c’est compliqué de s’y retrouver. On trouve des galettes, mais avec une fève posée dessus. Alors forcément ce n’est pas la même chose !

Et pourquoi à l’extérieur ? Parce qu’il est interdit de vendre de la nourriture avec un objet à l’intérieur. Le procès est vite dégainé, si quelqu’un se casse une dent… Donc, sur la galette, tu vas trouver une étiquette : “Hide the trinket inside”.

Un des paradoxes de ce pays, qui a peur de s’étouffer avec une fève, mais où tu peux acheter un fusil d’assaut semi-automatique AR-15. Là c’est open bar 24 heures/24!

À New York, Le Pain Quotidien a trouvé la parade, la fève glissée dans la galette est comestible, c’est une amande recouverte de chocolat… Le problème, c’est que beaucoup la mange… et plus de fève, plus de Roi !

Y aura-t-il de la grève à Noël ?

Y aura-t-il de la grève à Noël ?

Plus de trains, ni de métros. Et voilà bon nombre de Parisiens qui chaussent leurs baskets, baissent la tête et marchent tôt le matin. Des vélos partout, des trottinettes aussi et des voitures qui klaxonnent dans les embouteillages. Et des réflexes reptiliens qui arrivent à vitesse grand V. Avec la violence comme régulateur de tous les maux.

Jour 14 de la grève. On a pris le bus, mercredi soir, ligne 46. Tu arrives à l’arrêt et déjà c’est tendu, on sait que tout le monde ne va pas monter. Tu calcules où le bus va s’arrêter, pour être à peu près en face des portes latérales.

Sur l’écran de l’abribus, 1 minute et la tension qui monte davantage. Les gens se préparent à bouger. Le bus arrive, l’adrénaline fait son effet. Les portes s’ouvrent, ça crie pour descendre, pour empêcher les gens de monter.

Tu t’engouffres et là… « C’est pas vrai, il y a une grosse poussette, en plein milieu ». Sauf que depuis le trottoir, personne ne l’a vue, cette poussette et tout le monde croit qu’il y a un grand vide. Et ça pousse encore, plus fort.

« Arrêtez, non mais arrêtez, je vais écraser un enfant ! » Derrière nous, un mec hurle : « Tu ne me touches pas ! » Et bien évidemment, ça part en vrille illico, bousculade et empoignade.

« Ne poussez pas, vous m’oppressez ! » « T’es pas content ? Tu laisses ta place ! » Les portes se referment et le bus repart. C’est plus de 15 personnes qui sont restées sur le trottoir. Celles et ceux qui n’ont pas voulu « se battre pour monter » attendront le prochain bus.

Ce que l’on découvre, c’est que les règles ont changé. Que les pulsions refoulées, en temps ordinaire, sont là, au grand jour, sur le trottoir, dans le bus, sur le quai du métro. Tout est à fleur de peau et c’est la guerre, du moins l’exode à ce qu’on image !

La fatigue, la frustration, l’énervement, la rage nourrissent la violence. Celui qui n’accepte pas ces nouvelles règles, eh bien, il n’a rien. Les collapsologues ne nous avaient encore rien dit de tout cela. Sur le fait qu’il va falloir écraser son voisin pour monter dans le bus. Qu’il va falloir se battre pour respirer.

Cette grève pour les retraites, c’est entrevoir de nouvelles règles de vie en commun. Alors bien sûr, demain, il va faire chaud, très chaud et l’on n’entendra plus trop les oiseaux, mais surtout, on va se retrouver confronté à quelque chose que l’on avait oublié… Qu’en situation extrême, voire de survie, le reptilien prend le dessus sur tout !

Les petites misères…

Les petites misères…

Et le jeudi 5 décembre 2019, ce sont plus de 800 000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur, qui ont défilé dans les rues. Une mobilisation que l’on n’avait pas vue depuis les grandes grèves de 1995 contre le plan Juppé sur les retraites (déjà !) et la Sécurité sociale. Paris s’était alors retrouvé sans métro pendant près de trois semaines.

« Il y a quelque chose dans l’atmosphère ! » Une météo sociale houleuse, de fortes bourrasques de ras-le-bol. On avait pensé qu’après une année de manifestations des Gilets Jaunes, la contestation avait été matée.

Et puis voilà. Se sont retrouvés pour battre ensemble le pavé, salariés du public, enseignants, cadres du privé, étudiants, retraités, pompiers, travailleurs indépendants, Gilets jaunes, corps médical et hospitalier. Comment expliquer qu’autant de catégories différentes de la population se mobilisent contre une réforme qui nous est présentée comme plus juste ? Une retraite universelle ?

La comédienne engagée Ariane Ascaride a déclaré sur un plateau télé : « Ça fait trente ans qu’on nous dit que la seule solution, c’est l’individualisme. Écraser le voisin, oublier la solidarité et glorifier la concurrence effrénée… On en crève, les gens n’en peuvent plus du néolibéralisme ! » Quelque chose est en train de se fissurer.

Partout dans le monde, face à la crise qu’ils traversent, les libéraux ont choisi l’absence de dialogue, le passage en force et une répression méthodique. Partout, la rue s’organise et se durcit.

Au milieu de la tempête, on savoure les pépites de la playlist de Radio France en grève, elle aussi. Et Bertrand Belin, de fredonner, de sa voix iodée : « Tous tes commentaires hilarants sur la Terre qui tourne. Entre taff et tout. Tout s’efface lentement. Tout lentement. Tout finit comme un os… »

«Rêve générale » en sticker sur la veste des manifestants. Sur les chaînes d’infos en continu, on ne parle que de privilèges, de privilégiés et de régimes spéciaux. Et malgré ce matraquage, les Français soutiennent les grévistes.

Et l’on découvre que la plus grande inégalité touche majoritairement les femmes. La pension moyenne que perçoivent les femmes est de 1 123 €, soit 42 % de moins que la pension moyenne des hommes (1 933 €). Comment en est-on arrivé là ?

Place de la République, une banderole que l’on n’avait pas repérée tout de suite, déployée sur le toit d’un immeuble. « Les grandes révolutions naissent des petites misères comme les grands fleuves, des petits ruisseaux. » Victor Hugo.

Planter un arbre

Planter un arbre

Le week-end dernier, on a planté un arbre, un tilleul argenté. C’est le tilleul commun que l’on trouve dans les villes pour une raison simple : il résiste bien à la pollution et à la sécheresse. On est parti en Sologne pour voir ce qui existait dans le grand centre horticole de la Ferté-Beauharnais.

Ce week-end-là et pas un autre. « À la Sainte-Catherine, tout arbre prend racine ! » Enfant, on entendait souvent les anciens dans les campagnes professer ce dicton comme un mantra.

« À la Sainte-Catherine ! » C’est le 25 novembre et ça correspond à l’époque où la sève des arbres caducs (ceux qui perdent leurs feuilles), descend dans les racines. Plus de sève donc dans les branches, les feuilles se détachent et l’arbre se met en hibernation, il s’endort en surface. Seules les racines vont rester actives et continueront à pousser jusqu’aux grands froids. D’où l’intérêt de planter fin novembre.

Au printemps suivant, l’arbre repartira avec d’autant plus de vigueur que son système racinaire sera bien développé. Il sera plus résistant à la sécheresse estivale.

Ce qu’on avait en tête, c’est un arbre déjà grand qui pourrait nous faire un peu d’ombre à l’été prochain. Un tronc de 4 mètres de long et de 12 centimètres de diamètre. Sur place, on nous prêtera un gros 4 x 4, un Titan avec un plateau mobile pour transporter le tilleul. « Vous n’aurez plus qu’à le faire glisser dans le trou. »

Planter un arbre aujourd’hui, en sachant qu’il va mettre plusieurs années avant de prendre sa place dans le jardin. Planter un arbre, en se projetant cet été, ou sans doute dans deux étés, assis sur une chaise à l’ombre de ses larges feuilles argentées.

On a fait glisser l’arbre. On l’a stabilisé bien vertical et on a remis la terre sans la tasser au pied. La pluie se chargera de bien stabiliser l’ensemble.

En fin de soirée, on a repris le train pour Paris en se disant qu’on laissait sur place dans le Berry, un être vivant qui va s’éveiller au printemps prochain et nous accompagner pour les prochaines années. Et qu’il sera là quand nous n’y serons plus.

– 80 % pour le Black Friday !

– 80 % pour le Black Friday !

Et quoi de plus approprié pour lancer une journée d’achats massifs, que le lendemain de Thanksgiving – le quatrième jeudi de novembre –, où tout le monde a fait cuire la dinde en famille ? Le Black Friday était né.

Les sixties, c’est aussi l’essor de la publicité et de la société de consommation, où les gens commencent à acheter tout et n’importe quoi. Donc OK pour le Black Friday, fin novembre.

Black Friday. Le vendredi noir. Le vendredi de folie qui marque le début du grand délire consumériste mondialisé. Des sommes astronomiques sont dépensées en quelques heures. Chaque année, des records de vente sont enregistrés et les émeutes qui les accompagnent sont devenues légendaires. Elles sont visionnées des milliers de fois sur YouTube.

Depuis quelques jours, les réseaux sociaux sont envahis de promotions à saisir… – 70 % pendant 24 heures sur un téléviseur écran plat, format géant. Ici, – 75 % sur un robot de cuisine, et là – 80 % sur un canapé en cuir.

Les gens ne savent plus où donner de la tête pour acheter, acheter, et encore acheter. A tel point que certains n’hésitent pas à prendre un crédit à la consommation spécialement pour le Black Friday. « Je consomme, donc je suis. »

Le phénomène est arrivé, en 2014, en France. Les attentats de novembre 2015, à Saint-Denis et à Paris, ont imposé une certaine retenue. C’est donc en 2016 que le Black Friday a vraiment décollé et que les cartes bleues ont commencé à chauffer sérieusement.

Cette année, le Black Friday, ça sonne bizarrement, en France. Hasard du calendrier, cela tombe le vendredi 29 novembre, quelques jours avant le jeudi 5 décembre, où l’on va vivre une journée de grèves et de mobilisation sociale comme on n’en a pas vu depuis 1995.

Au-delà du débat sur la réforme des retraites, beaucoup de gens vont exprimer leurs difficultés à boucler les fins de mois. Sans parler de l’urgence climatique. Notre hyper consommation, voire notre gaspillage, est certainement la principale cause de l’état d’épuisement de la planète. On consomme trop de tout, tout le temps.

Le Black Friday met le doigt sur un glissement très révélateur. Au siècle dernier, c’était les fêtes nationales, religieuses ou républicaines, qui justifiaient l’achat, le cadeau. Aujourd’hui, on achète et c’est pour cela, que c’est la fête.

La fête, le spectacle et l’excitation de vivre un moment incroyable pour attraper un écran plat en promotion à – 70 %. Attente, bousculades, bagarres et émeutes, et puis retour à la maison avec le précieux butin et le sentiment d’avoir vécu une aventure.

Mais l’aventure, la vraie, elle ne peut qu’être humaine et partagée. Et là, il n’y a pas de réduction !

Les 53 minutes du Petit Prince

Les 53 minutes du Petit Prince

On veut bien faire des efforts pour ré-enchanter le monde, mais redonner de la poésie sur les océans du globe avec des colosses d’acier : Le Bougainville, Le Marco Polo, Le Jules Verne… Aujourd’hui, il y a près de 5 000 de ces navires gigantesques qui transportent 16 millions de boîtes.

Les chiffres sont impressionnants. Le Saint-Exupéry, c’est 400 mètres de long et 59 mètres de large, soit le plus gros porte-conteneurs jamais construit par un armateur français, en l’occurrence CMA CGM. Il peut transporter jusqu’à 20 600 conteneurs. Si l’on prend la totalité de ces boîtes métalliques et qu’on les aligne, cela représente un ruban de… 123 kilomètres.

Ces monstres des mers sont loin d’être complètement écologiques, puisqu’en termes de pollution soufrée, les 15 plus gros navires voyageant sur les océans répandent plus de soufre que le milliard de voitures en circulation sur la planète !

Paradoxe : l’inauguration en grande pompe du Saint-Exupéry au Havre, en présence des ministres français de l’Économie et des Transports, a eu lieu la semaine où Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a claqué la porte du gouvernement. Son commentaire : “Alors bien sûr que c’est une super performance technologique, comment le nier ! Mais est-ce bon pour la planète ? La réponse est non !”

Avec le néolibéralisme des années 1980, le conteneur est devenu le symbole de la mondialisation. Aujourd’hui, c’est 90 % des produits du quotidien occidental qui transitent par les mers…

L’invention du conteneur date du milieu du XXe siècle, mais c’est avec la guerre du Vietnam que sont utilisation va se généraliser. Avant, les marchandises étaient transportées en vrac… on chargeait, on déchargeait, c’était très long. Un bateau passait 50 % de son temps à quai. Aujourd’hui, il est en mer 90 % du temps. Le conteneur a changé le monde. On ne transporte plus des marchandises, on transporte des conteneurs. On gagne du temps.

Gagner du temps, le Petit Prince en parlait avec le marchand.
“Bonjour”, dit le petit prince. C’était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l’on n’éprouve plus le besoin de boire.
“Pourquoi vends-tu ça ?” dit le petit prince.
“C’est une grosse économie de temps”, dit le marchand. “Les experts ont fait des calculs. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.”
“Et que fait-on de cinquante-trois minute ?”
“On en fait ce que l’on veut…”
“Moi, dit le petit prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais doucement vers une fontaine…”

Le bio, c’est bon. Vraiment ?

Le bio, c’est bon. Vraiment ?

Déferlante du bio qui n’est plus réservé aux bobos fréquentant les enseignes spécialisées, non, aujourd’hui, plus de la moitié des ventes de produits bio se font en grandes surfaces.

Sauf qu’au supermarché, au rayon bio, on s’est tous posé la question devant un légume plastifié : « Et les mecs, rassurez moi, les courgettes ne sortent pas de terre recouvertes d’un préservatif, non ? Je fais l’effort d’acheter du bio et je me retrouve avec un emballage ou une barquette plastique, tout ça pour différencier le légume bio du non bio en libre service ! ».

Autre confusion sur les conditions de production du bio. « Je vais te dire, moi, quand j’achète des tomates bio, c’est un peu comme si je parlais avec le paysan de l’Aveyron qui les choisit pour moi… Et puis tu vois, la terre sur la tomate, c’est celle d’un jardin, d’un vrai jardin comme celui que ma grand-mère entretenait dans le Berry… Je sens que je fais un truc bien pour le paysan producteur, je fais un truc bien pour la planète. J’ai même l’impression d’être un peu militant,  en achetant mes tomates à 12 euros le kilo. Je vote écolo, je mange bio… et tu vas trouver ça excessif, mais je me sens dans la peau du Jean Moulin de la résistance bio. »

Sauf que de partout, la demande explose, et il faut produire encore et toujours plus pour satisfaire le citadin et ses envies de nourriture saines. Et c’est là qu’on découvre que le bio, ce n’est pas que dans l’Aveyron ou le Berry, c’est même surtout beaucoup plus loin, très loin. Au Maroc, en Espagne où l’on a recouvert de serres des milliers d’hectares pour produire du bio toute l’année. Quitte à chauffer les cultures l’hiver et à éclairer quand la lumière zénithale n’est pas suffisante.

Bio, ça ne veut pas dire éthique. En Espagne, ce sont souvent des conditions de travail dégradées pour les milliers de saisonniers qui viennent des quatre coins du monde. L’industrie agroalimentaire, à l’odeur alléchée, s’est engouffrée dans la brèche comme le loup dans le bergerie. Certains parlent même d’agriculture bio industrielle.

A l’image de certains élevages bio de poules pondeuses qui respectent les directives européennes permettant l’attribution du précieux label. Espace pour chaque gallinacé, qualité du sol, nature de la ration alimentaire. Sauf que rien n’est précisé sur le nombre de volatiles… et l’on se retrouve, en Italie par exemple, avec des élevages certifiés bio, de plus de 100 000 poules.  Bien loin de l’éleveur de l’Aveyron qui nourrit avec attention ses poules au maïs régional, pour avoir une belle couleur de jaune.

La prochaine étape, ça va être de s’attaquer au problème du trop. Le trop de tout. Alors, si on mangeait moins pour mieux manger ?

La récompense aléatoire

La récompense aléatoire

La boîte de Skinner a été développée à Harvard dans les années 1930. On place une souris devant un distributeur de nourriture. La souris appuie sur le bouton, les graines tombent. La souris a faim, elle appuie sur le bouton, les graines tombent. Simple, la souris est maîtresse du dispositif, elle a parfaitement compris comment ça fonctionnait.

On perturbe maintenant le dispositif. Quand la souris appuie sur le bouton, tantôt les graines tombent, tantôt pas, tantôt beaucoup, tantôt très peu… la souris comprend vite qu’il y a un côté aléatoire à la récompense et qu’elle ne contrôle pas le dispositif.

Et là, ça coince, ça coince si fort que la souris appuie en permanence sur le bouton et devient complètement dépendante. Qu’elle soit rassasiée ou pas, elle continue à appuyer sur le bouton. C’est ce qui a donné naissance aux machines à sous dans les casinos et c’est aujourd’hui ce mécanisme de la récompense aléatoire qui est derrière un grand nombre de réseaux sociaux et d’applications, comme Facebook, Instagram, Twitter, Tinder ou autres…

Car pour ces réseaux sociaux qui ont accès à nos données personnelles et comportementales, capter l’attention des utilisateurs est devenu l’objectif principal. On peut parler d’une économie de l’attention. Ce n’est pas une simple évolution technologique, mais bien le fruit d’un modèle économique.

Toute la journée, les algorithmes de plus en plus puissants essaient d’attirer notre attention. « Non mais je ne comprends pas, cette photo sur Instagram n’a recueilli que 12 cœurs. Il faut que j’en poste une autre qui sera mieux appréciée… »

Cette obsession à capter notre attention a transformé nos smartphones en machines à sous de casino. J’aime/Je commente/Je partage… Comme la souris pour obtenir des graines du distributeur, nous appuyons toute la journée, n’ayant pas prise sur ce mécanisme de récompense.

Pas calmés du tout !

Pas calmés du tout !

On se retourne vers ce jeune père, sans doute graphiste, à voir le sac Freitag qu’il porte en bandoulière, en se disant qu’effectivement, personne ne fait plus trop la différence entre les pères et les grands-pères.

Alors c’est vrai qu’aujourd’hui, quand on a 50 ans, on ne ressemble pas du tout aux quinquas des années 1970. En près de cinquante ans, on a gagné plus de 15 années de vie. On a déplacé le curseur. Les cinquantenaires ont ainsi passé le seuil du demi-siècle, mais restent persuadés de n’avoir pas vieilli. Ils vivent avec un autre âge que le leur. À la fois quinquas et ados… et l’on a trouvé un qualificatif à coller sur leurs T-shirts Vans, ce sont des “quinquados”.

Le truc du quinquado, c’est qu’il n’est pas calmé, l’envie est toujours là. D’impatience en surprise, de découverte en terrain inconnu. On retrouve ce refus de la contrainte comme chez les ados. Une image d’immaturité sans Rolex obligatoire. Car il a passé un cap : plus de contrainte d’enfants, de maison à payer, de placement financier. Il va au travail parce qu’il aime toujours son boulot. Plus d’envie de couple solide qui a souvent explosé.

Le quinquado oublie naturellement qu’il discute dans ce bar du XIe arrondissement avec une jeune femme de 25 ans. Si on lui pose la question… « Non pourquoi, où est le problème ? Mais moi pareil, j’ai 30 ans, enfin, euh oui, je les ai eus, je les ai toujours. Il y a des jours, j’ai même 18 ans ! »

Le quinquado mange bio et fait du sport. Il y en a beaucoup qui ont un blocage avec la chirurgie esthétique. Super important de refuser le rajeunissement artificiel… Il suffit de mettre un short et d’aller courir le week-end. Le quinquado cherche à être en forme, d’ailleurs il est toujours en forme, toujours partant.

Alors c’est vrai que cette génération est née sans le chômage de masse ni les dérèglements climatiques, et cela a laissé des traces d’insouciance qu’on ne retrouve pas obligatoirement chez les plus jeunes, souvent inquiets de la vie que leurs parents leur laissent aujourd’hui.

Et les victimes collatérales, ce sont les vrais ados. C’est souvent difficile de se retrouver devant des parents habillés en miroir de soi. Et la fille exaspérée, de lancer à sa mère « Non mais, tu ne vas pas venir à la réunion parents/profs fringuée comme ça. Là, tu me fous juste la honte ! C’est pas possible, il faut vraiment te calmer sur les jupes en cuir ! »

Jeff Koons, un grand artiste !

Jeff Koons, un grand artiste !

Il est parfaitement habillé. Costume sombre Armani cintré, chemise blanche, rosette de la Légion d’Honneur. Et puis toujours ce sourire généreux offert à la demande. Voici donc à quoi ressemble Jeff Koons, l’artiste vivant le plus cher au monde.

Ce vendredi, à la veille de la Nuit blanche, l’Américain de 64 ans inaugure son « cadeau à la France » dans les jardins des Champs-Elysées derrière le Petit Palais : la monumentale sculpture Bouquet of Tulips. L’œuvre d’art de près de 13 m de haut pèse 34 tonnes de bronze, d’acier et d’aluminium. Elle repose sur un socle de 27 tonnes de calcaire d’Île-de-France.

Quoi ? On nous dit que Jeff Koons a été trader ? Oui, pourquoi pas… Jean Dubuffet était bien négociant en vin avant de devenir peintre. Effectivement, ce qui est troublant avec ce plasticien, c’est qu’aujourd’hui encore, il est toujours habillé en trader. Le fait de devenir artiste n’a rien changé à son look de golden boy de Wall Street.

D’ailleurs quand on parle de son travail, on ne parle que d’argent, combien ça coûte ! Et pour Bouquet of Tulips, qui va payer le coût de fabrication de 3,5 millions d’euros ? Car ce qui est « cadeau », c’est seulement le dessin de l’œuvre.

« — Ecoutez, ça suffit les reproches, on a la chance d’avoir l’un des plus grands artistes au monde qui offre une magnifique sculpture en hommage aux victimes des attentats de 2015 et 2016 en France, et ça se crispe, ça dénigre. Vous savez, c’est très compliqué à réaliser ces faux ballons en métal, ça coûte très cher à fabriquer. Alors vous pensez bien qu’à ce prix-là, l’œuvre est d’importance. »

« — Que l’on ne voit pas le pourquoi des tulipes en ballon et le côté enfantin ? Mais monsieur, ce sont des fleurs ! »

« — Que le plus logique aurait peut-être été d’installer cette œuvre en face de la salle du Bataclan ? Ecoutez, monsieur Koons souhaitait quelque chose de plus central, de plus prestigieux… c’est un grand artiste ! »

Trois ans après le début de la polémique – l’artiste avait d’abord souhaité que son œuvre soit installée entre le Musée d’art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo –, on regarde les photos du projet.

Un bouquet de onze tulipes en forme de ballons tenues par une main de femme. La douzième, manquante, évoque la perte de l’être cher, le souvenir… Alors on hésite, on se dit que ce n’est pas possible, qu’il ne peut pas y avoir que ça ! Ça ne peut pas être qu’un bonheur enfantin coloré ! Pas ça comme hommage aux jeunes du Bataclan. C’est quoi le truc caché ? On n’aura pas de réponse.

Jeff Koons apporte une précision d’importance : « Dans le pigment des tulipes, j’ai mis de la poudre de perle blanche qui adoucit la surface et crée des ransparences en mouvement permanent. » On est vraiment rassuré, Jeff Koons a un coeur…

À vrai dire, Jeff Koons n’a pas changé de métier, il travaille toujours dans la finance internationale et permet à de nombreux milliardaires de défiscaliser à tour de bras. Une défiscalisation à hauteur de 66 % en France, ce qui a effectivement permis la production de Bouquet of Tulips.

Mais c’est d’autant moins d’impôts qui ne sont pas rentrés dans les caisses de l’Etat… Donc, indirectement, ce sont en partie les Français qui ont financé l’œuvre généreusement « offerte ».

Une bonne partie de l’art contemporain a basculé dans autre chose. Yvon Lambert, le grand galeriste d’art contemporain, avait déclaré, lors de la fermeture de sa galerie parisienne. « J’arrête mon activité parce que mon métier a changé, il n’y a que le fric qui compte. »

Le marché de l’art contemporain a augmenté de 1 078 % en dix ans. L’art est devenu un support financier. Jeff Koons est un grand artiste.

“Quelle putain de chaleur !”

“Quelle putain de chaleur !”

“Quelle putain de chaleur !”. On nous avait pourtant prévenu, mais c’est en voyant les boutiques équipées de climatiseurs, avec leurs gros tuyaux coincés dans la porte d’entrée, que l’on s’est dit que la canicule était là !

L’air conditionné s’est développé au début du XXe siècle aux Etats-Unis pour des raisons économiques. Ça commence avec les salles de cinéma climatisées qui vont accompagner l’âge d’or d’Hollywood et puis rapidement les entreprises vont emboîter le pas avec un constat… quand on maintient de la fraîcheur dans les usines ou les bureaux, la productivité des salariés augmente.

Dans les années 1950, la clim envahit les foyers, puis les voitures aux USA. Les Américains ne peuvent plus s’en passer. La clim est partout et pousse à vivre d’avantage chez soi, ce qui va favoriser l’essor de la télévision. Et qui dit télévision, dit publicité et consommation… la spirale américaine en action.

Dans les années 1960, c’est 10 % des ménages américains qui sont équipés de clim, 90 % dans les années 2000. En France, c’est aujourd’hui seulement 4 % des foyers.

Le problème des climatiseurs, c’est qu’ils recrachent de l’air chaud en consommant une énergie folle. Aux Etats-Unis, l’énergie dédiée aux climatiseurs équivaut à la consommation énergétique totale de l’Afrique !

Les ventes de climatiseurs explosent dans les pays émergeants, comme l’Inde ou l’Indonésie. En Chine, les ventes seraient, aujourd’hui, huit fois plus importantes qu’aux USA. Chaque seconde, c’est dix appareils qui sont vendus dans le monde.

En 2050, on en comptera près de six milliards, soit trois fois plus qu’aujourd’hui. Une spirale inquiétante et paradoxale puisqu’en voulant lutter contre la chaleur liée au réchauffement climatique, le recours à la clim ne fait qu’augmenter le réchauffement climatique…

Comment contourner la climatisation ? Peut-être bien qu’il va falloir revenir aux vieilles recettes utilisées depuis des siècles pour garder de la fraîcheur dans les habitations. Règle de base : fermer les volets dès que le soleil frappe dessus (les Américains, eux, ne connaissent pas les volets extérieurs, ils n’en ont jamais eu… !). À l’exemple des moucharabiehs orientaux qui protègent de la chaleur tout en laissant l’air circuler.

On pourrait s’inspirer aussi des Napolitains, des Siciliens qui tendent de grands tissus dans les rues (certains les mouillent avant), pour retrouver de l’ombre et de la fraîcheur.

Régulièrement, il faut faire une pause et mettre en veille son ordinateur, car c’est un véritable radiateur qui irradie de la chaleur à 40 cm de notre visage.

Enfin favoriser la sieste… encore et toujours. En commençant sa journée plus tôt, à l’aube, quand la fraîcheur est encore présente.

Vous avez tout vu !

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