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Pauses by Noise

Retrouvez-nous, chaque jeudi, pour une nouvelle Pause by Noise.

Un secret dérangeant

Un secret dérangeant

C’est fini, bouclé, terminé… et il faut bien l’avouer, on est complètement passé à côté du phénomène planétaire « Game of Thrones », la série d'heroic fantasy de la chaîne américaine HBO.

On avait pourtant fait des efforts en regardant en 2011 la saison 1. Mais on a bien vite été débordé par le nombre de personnages, la multiplicité des lieux, l’enchevêtrement des intrigues. Les arches narratives, chères aux séries à succès, qui se croisent et s’entrecroisent… au point de perdre pied. Alors on s’est rabattu tranquillement sur « Mad Men », peut-être plus accessible, l’univers de la publicité des années 1960, la vie de bureau et les aventures extraconjugales de Don Draper.

« Game of Thrones », « Twin Peaks », « Top of the Lake », « Six Feet Under », « The Wire », « Mad Men » ou « The Handmaid’s Tale »… il faut bien reconnaître que l’on s’attache terriblement aux personnages d’une série. On vit avec eux durant des années. Comme des amis proches, bien que virtuels, qui se confient.

Le développement sur plusieurs saisons permet aux scénaristes de travailler en profondeur la psychologie de chaque personnage. Terminé, l’époque où un personnage de film se contentait de ressembler à un stéréotype de flic, de voyou ou de notable de province. Dans le cinéma français, l’intrigue est réglée en 90 minutes par un réalisateur, qui depuis la Nouvelle Vague, est placé sur un piédestal.

Avec la série, c’est le scénariste qui est le chef d’orchestre, le showrunner tout-puissant, qui veille à ce que les histoires soient cohérentes dans le temps. Les questions sous-jacentes que posent les intrigues gagnent alors densité et en complexité.

Une complexité où le spectateur se reconnaît et qui cristallise de l’intime en chacun de nous. C’est un secret enfoui au plus profond qui va mettre du temps à remonter à la surface pour tout embraser.

« Game of Thrones » s’est achevé après huit saisons et 73 épisodes et d’après les échos de lointains héritiers de la saison 1 vont continuer leur chemin dans une série dérivée. Comme l’adulte d’aujourd’hui qui ne ressemble plus à l’ado découvrant huit ans plus tôt, l’univers sombre tiré de la saga de l’écrivain George R. R. Martin.

Quelque chose s’est éteint. Quelque chose qui s’était installé au milieu de l’ordinaire de notre quotidien. Qui avait trouvé une place et qui faisait écho à nos doutes, à nos fantasmes, à nos émotions. Des émotions vécues en direct et parfois à plusieurs.

Et c’est une forme de deuil qu’il faut accepter d’accomplir. De perdre des souvenirs, de perdre des proches qui nous ont accompagnés durant une partie de notre vie. Une vie qui semble aujourd’hui teintée de monotonie.

Y a plus de maillot du Nigeria

Y a plus de maillot du Nigeria

C’est complexe le foot. Mais ce qui est bien, c’est que tout le monde a un avis. Tu prends n’importe quel mec, tu le fous devant un écran avec une bière à la main, au bout de cinq minutes, le mec, il te refait le match. Par exemple…

Les Brésiliens et leur drapeau ? “Non mais regarde, c’est pourtant évident, non ? Sur le drapeau, au centre, c’est clairement un ballon de foot bleu et le grand losange vert… hé oui, évident, c’est un terrain de foot. Tu comprends alors pourquoi au Brésil, ils sont fêlés de foot !”

Tu peux tout oser, avec le foot, c’est ça qui est bien. La coupe de Neymar pour le premier match contre la Suisse, pareil…
— Mais ça, c’est parce qu’il avait une gastro, et du coup il s’est dit qu’il fallait qu’il foute le waï dans ses cheveux, et du coup, comme Ronaldo pour la finale contre la France, “Et un, et deux, et trois zéro !”
— Mais Ronaldo ? Il était rasé en 1998, non ?
— Ben justement, c’est pour ça !

Pendant un mois, tu peux tout raconter, durant un match, tu deviens un griot africain.  “Et Antoine Griezmann… P’tain encore Grizou avec sa pub pour le smartphone Huawei P20 Pro. Il nous saoule un peu d’être partout. Moi je vais te dire, je le préfèrerais un peu plus présent sur le terrain et un peu moins Huawei … ou Gillette.” Résultat pour les annonceurs : le spot de trente secondes sur TF1 est vendu jusqu’à 145 000 euros pour les matchs de poule des Bleus.

Sinon, l’info du moment c’est le Nigeria. C’était la grosse folie à Paris dès l’ouverture du Mondial. Ah bon et pourquoi ? Ils ont une super équipe qui va exploser les favoris, comme le Mexique qui a ridiculisé l’Allemagne ?

Non, enfin, les Super Eagles ont un super maillot que tout le monde s’arrache. En gros en France, depuis l’ouverture de la compétition, on ne trouve plus de maillot du Nigeria. Épuisé ! Sur eBay, tu tombes sur des maillots à plus de 300 euros, quatre fois le prix. Pour le premier match contre la Croatie, le maillot n’a pas suffi, ils se sont fait gentiment piétiner les Nigérians, 2-0…

Nike a fabriqué 3 millions de maillots… Et oui mec, c’est le maillot qui se vend le mieux pour ce Mondial. Partout dans les magasins à Paris, t’es en attente. Rupture totale. C’est pire que Parcoursup. Trop dégoûté d’être sur une liste d’attente au Football Planet de Suresnes.

Faut dire qu’il flashe ce vert fluo avec des chevrons blancs, genre motif années 1990. L’énergie qu’ils envoient les Nigérians, rien qu’avec leurs maillots ! C’est terminé l’époque de Platini, quand tu portais le maillot de ton pays qui te foutait la honte. Aujourd’hui, tu portes le maillot qui te plaît et tu voyages en Afrique, rien qu’en portant le vert fluo du Nigeria !

Une respiration autour du monde

Une respiration autour du monde

Il n’y a pas très longtemps, avant de commencer le cours, un étudiant nous a demandé, s’il pouvait projeter une vidéo qui l’avait complètement bouleversé, « One Breath Around the World ».

« J’ai découvert ça par hasard, comme tous les trucs que l’on voit passer sur YouTube et là je me suis arrêté », nous a-t-il dit. Le court-métrage met en scène Guillaume Néry, 36 ans, double champion du monde d’apnée, qui reprend la compétition en septembre prochain, après quatre années loin des podiums suite à un accident de plongée.

Pendant huit mois, sa compagne, Julie Gautier, apnéiste elle-aussi, l’a filmé dans les eaux de l’île Maurice, de la Polynésie, du Mexique, des Philippines, du Japon et de la Finlande. On est hors du temps et de l’espace, par moment, on manque de repères. Un fond musical accentue cette impression de rêve éveillé. Chaque plan est d’une beauté à couper le souffle. Le film de 12 minutes dépasse aujourd’hui les 15 millions de vues sur le web. Un succès fulgurant pour cette septième réalisation du couple.

Alors bien sûr, on pense au « Grand Bleu » de Luc Besson, on pense à Jacques Mayol qui a révolutionné la plongée en descendant à plus de 100 m. Mais là, rien de tout cela… Un homme court sous l’eau, à 10 m, 15 m de profondeur, pieds nus. Simplement équipé d’une combinaison sans plomb.

Il court sur les rochers avec grâce, sans ressentir la pesanteur de l’eau. Un monde merveilleusement silencieux (Hé oui… Cousteau, « Le Monde du silence »). Au milieu des poissons, il glisse. Requins, baleines à bosse. Et un cachalot, puis deux, puis trois, tous endormis à la verticale comme des totems sacrés, et Guillaume Néry de les frôler… Ou, plus loin, des pêcheurs Bajau aux Philippines, le dernier peuple de la mer.

« Une respiration autour du monde » comme une seule et même apnée de 12 minutes. Lentement, Guillaume Néry remonte à la surface et regagne une plage… animée à Nice, dont il est originaire.

On ne rallume pas immédiatement la salle, les étudiants sont sous le charme comme envoûtés par tant d’images qui résonnent en eux.

L’étudiant est très ému : « Guillaume Néry explique que dès que l’on se retrouve dans l’eau, on a quelque chose en nous qui se met en marche, le diving-reflex, le rythme cardiaque chute et passe de 60/70 pulsations à 30/40 pulsations en quelques secondes. Et puis ce sont les flux sanguins qui vont quitter les extrémités du corps pour aller alimenter en priorité les organes nobles, les poumons, le cœur, le cerveau. Ces mécanismes sont innés et viennent de très loin. Ce sont des mécanismes que l’on a en commun avec les mammifères marins, les dauphins, les baleines, les cachalots. “One Breath Around the World” : j’ai vraiment l’impression que cela plonge au plus profond de moi…  Et vous savez quoi ? Même Beyoncé a succombé, en intégrant Guillaume Néry et une amie apnéiste dans le clip “Runnin’”… 300 millions de vues ! »

Voir le court-métrage “One Breath Around the World”

Voir le clip “Runnin' (Lose it all)”

Le jour du dépassement

Le jour du dépassement

“Si le monde entier vivait comme les Français, l’humanité commencerait à creuser son déficit écologique, dès le 5 mai.” Nous avons consommé, en quatre mois, autant de ressources que la planète peut en fournir en une année.

Le problème, c’est qu’en France, on n’a pas l’impression de vivre comme des porcs qui s’engraisseraient au volant de gros 4x4, en mangeant des burgers… Et pourtant le constat est sans appel. “Hé mec ! oui, toi le Français qui donne des leçons à la Terre entière, tu viens de franchir la ligne jaune, le ‘jour du dépassement’ ”.

“Déjà l’an passé, on t’avait tiré l’oreille dès le 2 août, en te disant de faire gaffe. Mais t’as la tête ailleurs. Tu te souviens Chirac, en septembre 2002, au IVe Sommet de la Terre à Johannesburg, en Afrique du Sud. Grandiose, magistral le grand Jacques : ‘Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.’ ”

À l’époque on entrait en déficit le 1er novembre. C’était il y a seize ans. Et depuis, on n’a pas avancé d’un poil, ou plutôt si, on avance dans le mur. Mais comment il faut le dire ? On n’a qu’une planète. Pas trois.

L’indicateur du jour du dépassement fait de la France l’un des dix pays les plus “endettés”. On ne va même pas parler des Américains, qui ont mordu la ligne, le 14 mars. Le champion toutes catégories, c’est le Qatar : le 9 février. Au bout d’un mois, ils ont tout bouffé !

Alors que c’est pourtant pas compliqué, c’est pas hors de portée. Ça repose principalement sur trois domaines. Plus des deux tiers de l’empreinte écologique d’un citoyen provient de son logement, de son alimentation et de ses déplacements.

Le logement, il faut qu’on fasse gaffe, qu’on isole mieux nos intérieurs. Qu’on baisse la température des apparts de un degré. La bouffe, là, faut vraiment se calmer sur le steak. Moins de viande mais de meilleure qualité. Et manger plus de produits végétaux issus d’une agriculture responsable. Enfin, laisser la voiture au parking, passer au vélo ou à la marche à pied. Utiliser les transports en commun, et pédaler tranquille.

Pourquoi on a ce flip de manquer, ce besoin permanent du trop ? C’était il y a six siècles, en 1516, et l’homme politique anglais Thomas More inventait un modèle de société, l’Utopie. “Pourquoi celui qui a la certitude de ne jamais manquer de rien chercherait-il à posséder plus qu’il ne lui faut ?”

Et l’auteur humaniste, d’esquisser une réponse : “Chez l’homme, il existe une autre cause d’avarice, l’orgueil, qui le porte à surpasser ses égaux en opulence et à les éblouir par l’étalage d’un riche superflu.” On en est là, effectivement !

Comme un selfie

Comme un selfie

« Alors ? Des lapins ou des poules pour Pâques ? » Toujours sympa de se retrouver autour de la machine à café au retour du week-end. « Vous avez vu cette photo incroyable avec deux gorilles qui posent comme des rappeurs pour un selfie ? …

… Sur la photo, c’est un garde du parc national des Virunga, en République Démocratique du Congo. Le mec fait partie d’une unité anti-braconnage dans un orphelinat pour gorilles.

— T’es vraiment naïf ! Regarde ! Le mec a commenté “Another day at the office” (Un jour comme un autre au bureau). Tu vois pas la blague ? C’est clair, non ? C’est une grosse déconnade entre collègues et deux mecs ont enfilé un costume de singe. Après une bonne bière, il y en a un qui est en train d’uriner contre la clôture. Et l’autre se retient parce qu’il n’arrive pas à descendre la fermeture éclair coincée dans la fourrure du costume.

— Pas du tout ! J’ai regardé le compte Facebook du mec : il s’appelle Mathieu Shamavu. Je vous raconte. Ces deux gorilles des montagnes ont été récupérés il y a douze ans, alors qu’ils n’avaient que quelques mois. Des braconniers venaient de tuer leur mère. Pourtant, les braconniers, ça ne les intéresse pas les adultes. Leur truc, ce sont les petits qu’ils vendent comme animaux de compagnie en Asie.

Ces gorilles ont grandi avec les rangers du parc, au point qu’ils les considèrent comme leurs parents. Ils imitent leurs gestes du quotidien, c’est un truc des animaux en captivité. T’as déjà vu des gorilles debout sur leurs pattes arrière ? Non, super rare ! C’est juste parce que ces deux-là ont vécu avec des humains. Alors quand le ranger Mathieu Shamavu fait un selfie, ils font pareil, c’est limite des frères !

Vous ne vous rendez pas compte, mais les mecs font un métier super dangereux dans ce parc classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Les braconniers n’hésitent pas à leur tirer dessus pour pouvoir enlever des jeunes gorilles. Depuis 1996, ce sont plus de 130 gardes qui ont été tués à Virunga. C’est dans ces montagnes des Virunga, en protégeant les mêmes gorilles, que la célèbre primatologue américaine Dian Fossey a été assassinée en 1985…

— Tu veux dire que le grand singe de gauche a vu le garde se soulager contre un mur et qu’il fait donc pareil ? Je me demande même s’il ne va pas sortir un iPhone de sa poche… »

— Tu ne m’as pas laissé finir. Ces gorilles sont des femelles.Toi, t’as vraiment mangé trop d’oreilles de lapins en chocolat, ce week-end ! »

Les sucettes à l’ami Decaux

Les sucettes à l’ami Decaux

— T'as remarqué les sucettes ?
— Comment ça ?
— T'as pas remarqué les sucettes dans Paris ?

— Non mais c’est quoi, ces conneries ? On nous a déjà soûlé à la mort de France Gall avec “Les sucettes”. Comme quoi elle avait été trop naïve et qu’elle n’avait rien compris, du haut de ses 18 ans, aux paroles de la chanson de Gainsbourg. Y a un truc à sucer, alors ?

— T’emballe pas. Non, c’est juste les panneaux d’affichage JC Decaux… Depuis le 1er janvier, ces panneaux de plus de 2 mètres sont vides… juste un papier gris. Y’a d’un coup beaucoup moins de pub dans Paris. C’est du jamais vu, moins de pub !

— Ah bon ! Mais pourquoi ?

— La mairie de Paris avait en tête d’imposer la transformation de 15 % de ces panneaux en écrans numériques, diffusant de la publicité et des infos municipales. Et discrétos, ils ont réattribué la concession à Decaux sans trop demander l’avis à personne. C’est quand même au total 1 630 panneaux, c’est pas 3 Post-it ! Et là, décision du tribunal administratif… annulation du contrat, confirmée par le Conseil d’État le 5 février dernier. Résultat : la cata pour la municipalité, avec un manque à gagner de plus de 40 millions d’euros. Et obligation pour Decaux de démonter toutes ses sucettes !

— Des écrans numériques ? Tu veux dire qu’on se retrouverait avec de gros smartphones sur pattes dans les rues de Paris qui nous balanceraient de la pub en permanence ? Et la raison de cet affichage numérique, on sait pourquoi ?

— Non, c’est toujours la blague sécuritaire, la com de crise en cas de crue de la Seine, d’attaque terroriste ou autre joyeuseté. Comme si personne n’avait de portable ! La vraie raison, je crois, c’est dans le film de Spielberg “Minority Report”, quand Tom Cruise rentre chez Gap, et que ses yeux n’arrêtent pas d’être scannés. Les écrans, équipés de petites caméras, permettent aujourd’hui la reconnaissance faciale. En gros, on va pouvoir te balancer des pubs personnalisées, à chaque coin de rue. Sortir tranquille de chez soi, anonymement, c’en est terminé.

— Ça commence à bien me gonfler, tous ces trucs !

— Le pire, c’est que malgré tout ce fiasco, la mairie de Paris n’a pas renoncé à la pub numérique. Elle a entamé le long processus de révision de son règlement local de publicité, pour autoriser les écrans numériques. On pourrait donc en trouver dans la ville à partir de 2023.

— Oh, là, là ! Tu te balades dans la rue, t’es peinard… et ça t’interpelle ! Comme dans “Blade Runner 2049” ! Tu vois la scène quand Ryan Gosling marches sur une passerelle dans Los Angeles ? Il y a une grosse pub hologramme avec une créature de rêve, qui vient littéralement le chercher, genre insistante. Dans la rue, moi, faut qu’on me foute la paix !

"Cette cathédrale, nous la rebâtirons"

"Cette cathédrale, nous la rebâtirons"

On était en train de regarder des photos nocturnes de la Bourgogne. Des feux au milieu des vignes…

Avec le refroidissement de ces derniers jours, les bourgeons tout juste sortis risquent de geler. C’est ce qui s’était passé en 2016 et l’année avait été catastrophique pour les vendanges. Alors le week-end dernier, les vignerons sont venus vers 4 heures du matin, avant le lever du soleil, pour allumer de grands feux de paille mouillée. Non pas pour réchauffer l’atmosphère, mais pour créer un brouillard artificiel, afin que le soleil ne tape pas directement sur les bourgeons recouverts de glace. Eviter que cette glace ne fasse loupe et brûle les bourgeons naissants. Un brouillard pour que la glace fonde tout doucement.

Et tombe un flash de France Info, « la cathédrale Notre-Dame de Paris est en feu ». Il est 19 h 20 sur la chaîne d’info en continu. Le plan est fixe. Le haut de la charpente de l’édifice religieux est en proie aux flammes. L’incendie s’étend très vite, gagne en intensité. Bientôt, un bandeau rouge en bas de l’écran précise que la flèche devenue incandescente menace de s’écrouler.

Le feu poursuit sa progression sur la charpente. Les pompiers confirment qu’il n’y a pas de possibilités d’intervention aérienne. La masse d’eau déversée à basse altitude entraînerait un effondrement de la structure.

19 h 40. Le président Emmanuel Macron annule son allocution télévisée pourtant attendue par des millions de Français. Quelles mesures allait-il annoncer, suite au Grand débat national ?

20 h 10. La flèche qui datait du XIXe siècle suite à la restauration de Viollet-le-Duc, vient de tomber, laissant un espace complètement vide au-dessus de la structure en pierre. L’image est terrible. C’est tout un symbole et ce sont des siècles qui partent en fumée.

Quelque chose est en train de disparaître sous nos yeux. Des milliers de gens se sont regroupés aux abords de la cathédrale. C’est l’effroi, la sidération. Les mines sont graves. Certains pleurent en voyant ainsi les flammes ravager l’ensemble de la toiture. Les quelque 400 pompiers présents n’arrivent pas à stopper l’embrasement. Le feu progresse toujours plus et se rapproche dangereusement des deux grandes tours de la façade ouest.

22 h 10. Devant l’émotion, des passants venus observer le désastre commencent à entonner des chants religieux. Près des deux tiers de la charpente sont maintenant détruits. Cette charpente, on l’appelait « la Forêt ». Il avait fallu couper 21 hectares de chênes pour la construire.

22 h 15. Dans toute la France, les cathédrales font sonner leurs bourdons en signe de solidarité.

22 h 30. Le feu a gagné la tour nord de la façade ouest. Les pompiers redoutent la chute des bourdons du beffroi, ce qui entraînerait son effondrement.

23 h 35. Emmanuel Macron, devant la cathédrale, s’adresse aux Français : « Cette cathédrale, nous la rebâtirons ! » L’incendie semble être circonscrit. La structure du bâtiment est sauvée.

Mais on ne sait pas où se sont envolés les faucons crécerelles qui nichaient depuis des années dans les tours de Notre-Dame.

Sommeil perdu

Sommeil perdu

Cela fait plusieurs matins que l’on a un doute sur l’état de fatigue de Régis. Faut dire que Régis, il tire un peu fort sur la corde, mais il n’y a pas que ça…

Régis, il est comme beaucoup de gens. Crevé, épuisé, exténué, accablé, affaibli, cassé, courbaturé, éreinté… En bref, il ne dort pas suffisamment. Depuis quelque temps, les chiffres tombent et confirment ce que l’on soupçonnait.

En cinquante ans, en gros depuis les années 1970, les Français ont perdu une heure trente de sommeil par nuit. On est passé sous le seuil des sept heures par nuit : en moyenne six heures et quarante-deux minutes. Une heure trente de perdue par nuit, c’est comme si l’on faisait une nuit blanche par semaine.

C’est considérable. Et très inquiétant pour les adolescents qui ne se couchent plus pour dormir, mais pour continuer une activité qui va les emmener tard dans la nuit. Rester en contact via les applications et les réseaux sociaux sur le smartphone.

Tout le monde prédit que dans les années à venir, la nuit de sommeil se réduira à six heures, ce qui est catastrophique. « Quand tu dors six heures par nuit, tu réagis comme si tu avais un gramme d’alcool dans le sang. Tu te réveilles avec quatre verres de vin sans avoir rien bu ! »

Dormir n’est plus tendance. Beaucoup trouve même que c’est une perte de temps, ça deviendrait facultatif, ringard. Le culte de la performance toujours et encore, la carotte qu’on nous agite sous le nez. Et bien sûr les exemples de Steve Jobs, le père d’Apple, d’autres entrepreneurs des nouvelles technologies ou d’hommes politiques qui dorment moins de six heures par nuit. « Les winners dorment peu, la start-up nation et les premiers de cordée, c’est pas des loirs, il va falloir s’y faire. »

Sauf que beaucoup de gens ne s’y font pas du tout et que l’on commence à confondre le jour et la nuit. Le jour, on travaille devant des écrans et l’on ne voit pas la lumière extérieure. La nuit, on passe une bonne partie sous la couette. Tous fascinés par la lueur bleutée de nos portables.

Et les spécialistes de tirer la sonnette d’alarme. « La lumière des mobiles et des ordinateurs bloque la sécrétion de la mélatonine, l’hormone qui favorise le sommeil. Cela chamboule le cycle du sommeil. » Là-dessus, tu rajoutes une bonne couche de stress et t’as toujours l’œil ouvert à 2 heures du matin.

Pendant longtemps, la solution a été de gaver les Français de somnifères, d’antidépresseurs, d’anxiolytiques et autres pilules miracles. Sauf que les Français commencent à avoir la glotte qui baigne dans cette surmédication de gélules.

La solution pour retrouver un sommeil de qualité serait beaucoup plus simple. Ce qu’il faut, c’est remettre en place notre horloge biologique qui se dérègle facilement. Sortir une heure par jour au soleil, voir la lumière. Que nos journées soient réellement ponctuées de vraies coupures. Sortir marcher quand la lumière de midi est la plus forte. C’est peut-être cela que l’on a perdu… des repères temporels.

Un éboueur dans le Thalys

Un éboueur dans le Thalys

Le 18 janvier 1999 à Cologne, l’artiste camerounais Barthélémy Toguo monte dans le Thalys à destination de Paris. Il est habillé dans la tenue des éboueurs de la ville de Paris, une tenue en parfait état qu’un ami éboueur lui a prêté.

Barthélémy Toguo a réservé la place 84 en voiture 27. Une place située dans le carré central, là où quatre personnes peuvent s’assoir face à face. Les fauteuils 82, 83 et 85 sont déjà occupés quand le plasticien performeur arrive dans lewagon. Il s’assoit.

Dans les minutes qui suivent, les voyageurs des places 82, 83 et 85 quittent leurs places pour aller s’installer plus loin… Une heure après, à la hauteur d’Aix-la-Chapelle, un contrôleur arrive : “Bonjour Monsieur, vous n’avez pas le droit de voyager dans cette tenue.” Etonné, Barthélémy Toguo lui demande pourquoi, et s’il y a une tenue appropriée pour prendre le Thalys.

Son billet est en règle, il voyage tranquillement, il n’a importuné personne, mais visiblement la tenue des éboueurs de la ville de Paris est incompatible avec celles des hommes d’affaires du Thalys… Après quelques minutes de discussion, le contrôleur lui indique qu’il met les gens mal à l’aise et lui demande de descendre à Aix-la-Chapelle.

Réponse de Barthélémy Toguo : “Les voyageurs des places 82, 83 et 85 se sont-ils plaints ? Ont-ils changé de place à cause de ma tenue ? À cause de ma condition d’éboueur ?”

Les questions restent sans réponse. Le contrôleur commence alors à perdre patience. Barthélémy Toguo refuse d’obtempérer. Excédé, le contrôleur lui précise qu’à Bruxelles, les services de sécurité et la police ferroviaire vont s’occuper de lui. Poursuivant sa logique d’intimidation, il prend son téléphone, s’éloigne pour que l’on ne puisse pas entendre la conversation…

À Bruxelles, personne ne monte dans la voiture pour signifier à Barthélémy Toguo qu’il doit descendre et le contrôleur ne reviendra pas de tout le voyage. Barthélémy Toguo finira son voyage seul, sans être importuné, dans une voiture 27 quasiment vide. Arrivé à Paris, gare du Nord, personne ne viendra contrôler son identité sur le quai.

Cette performance fait partie d’une série de huit intitulées “Transits”, réalisées de 1996 à 1999 dans des aéroports et des gares, des lieux de passage d’un continent à l’autre, d’une géographie à l’autre. Barthélémy Toguo continue à questionner l’altérité, l’hospitalité et la migration. Une partie de ses œuvres est présentée dans l’exposition collective “Persona grata” jusqu'au 20 janvier 2019 au musée de l’Histoire de l’immigration.

Notre maison brûle encore

Notre maison brûle encore

Quand la flèche de Notre-Dame s’est embrasée entraînant toute la charpente du toit de la cathédrale, on a bien senti qu’une émotion forte remontait spontanément au plus profond de chacun…

Et l’on s’est dit qu’il fallait garder de l’espoir, qu’en de pareilles circonstances, l’homme était encore capable de ressentir un instinct de vie… C’est comme si un être aimé s’était retrouvé blessé, mutilé. Et d’assister à un véritable deuil physique.

Las ! Lundi dernier, l’enthousiasme est retombé, quand on a découvert à la une du « Monde », un rhinocéros noir retrouvé mort dans une réserve en Afrique du Sud. Tué pour sa corne par des braconniers. Le gros titre disait : « Alerte rouge sur la vie sauvage ». La disparition du vivant est actée, on ne reviendra pas en arrière, on peut simplement freiner le phénomène, « la sixième extinction de masse des espèces est bel et bien en cours ».

Comment ne pas ressentir de l’incompréhension ? Régulièrement dans les lieux publics, les écoles, sur les lieux de travail, on organise des exercices alerte incendie et tout le monde s’y prête considérant l’enjeu sécuritaire des plus importants.

Aujourd’hui pourtant, pour la planète, l’alerte résonne avec force, mais quelque chose nous dit que cette alerte ne nous est pas adressée… « Oui ? Comment ? Non, mais vous savez, c’est un problème de rhinocéros, d’ours polaire, ou d’iceberg… On est France, monsieur ! » On n’arrive pas à résoudre l’équation. La course à la croissance, la pollution, le réchauffement de la planète, les dérèglements des climats et des écosystèmes, la disparition des espèces…

Notre-Dame flambe : émotion mondiale généralisée… La planète entière est au bord de la rupture : rien ou très peu. L’été dernier sur la banquise, c’est un iceberg de 10 milliards de tonnes qui s’était détaché. Les glaciers fondent et disparaissent encore plus vite que les pôles.

Les inondations sont massives au Canada. En Iran, on vient de déplacer plus de 500 000 personnes en moins d’un mois. Sans parler des incendies de forêt gigantesques, des ouragans qui gagnent en puissance… Partout, du jamais vu ! Mais personne n’entend l’alerte.

Notre-Dame flambe : les dons affluent, les larmes coulent, l’État prend les choses en main pour reconstruire au pas de course. Au point que tous les spécialistes du patrimoine demandent à ce que l’on prenne le temps d’évaluer le chantier, de ne surtout pas se précipiter. Il y a urgence à attendre.

Et de l’autre, l’indifférence est quasi généralisée. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Encore une fois reviennent les mots de Jacques Chirac au sommet mondial de la Terre de Johannesburg en 2002. Près de vingt ans plus tard, on pourrait réactualiser la formule : « Notre maison brûle, la vie sauvage s’effondre et nous fermons les yeux. Les ouvrir nous obligerait à réagir ! »

Le printemps est déjà chaud !

Le printemps est déjà chaud !

Gros, gros succès que ces manifestations pour faire pression sur les gouvernements qui ne luttent par suffisamment contre le réchauffement climatique. L’urgence de dire stop, car il faut agir et vite.

C'est une nouvelle génération qui se met en marche dans les pas de cette jeune Suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, qui a décidé, il y a plus de six mois, de ne plus venir en cours le vendredi. De s’asseoir sur le trottoir avec une pancarte, à l’extérieur du parlement suédois. « Skolstrejk för klimatet », grève pour le climat.

En décembre, elle se retrouve invitée à la COP24 par l’ONG Climate Justice Now. Elle monte à la tribune : « Vous dites que vous aimez vos enfants par-dessus tout… et pourtant vous leur volez leur avenir ! Devant leurs propres yeux. Si les solutions au sein du système sont impossibles à trouver, alors peut-être devrions-nous changer le système lui-même. » Et là dans la salle, ça bronche pas. Qu’une ado prononce les mots que les politiques n’arrivent pas à dire !

L’élément déclencheur pour Greta Thunberg, c’est à 11 ans, une dépression. Et là, elle se dit : « C’est une perte de temps d’être déprimée. Je pourrais plutôt faire quelque chose de bien de ma vie… J’ai donc décidé d’essayer de faire bouger les choses. »

Et les choses bougent. Quelques semaines après, c’est L’Affaire du Siècle, une pétition pour que la France respecte enfin ses engagements pour le climat. Du jamais vu : en quelques jours, c’est plus de deux millions de signatures. Les 15 et 16 mars, dans toute la France, ce sont des milliers de gens, dont beaucoup de jeunes, qui sont descendus dans la rue à l’appel de Greta Thunberg, pour marcher : la « Grève mondiale pour le futur ».

Scandant des slogans, tenant des pancartes fabriquées le matin même. Quelques mots tracés au feutre, inattendus, décalés, provocants voire grossiers… Les mots d’une autre génération, collégiens, lycéens, étudiants qui ont bon espoir de faire bouger les choses.

« Climassacre à la tronçonneuse… Que le second degré ne reste qu’une mauvaise blague … La planète vous la voulez bleue ou bien cuite ? … Sauvons la planète, bordel … Bougez votre cul, la planète meurt … Quand c’est fondu, c’est foutu … Arrête de niker ta mer … Phoque le réchauffement climatique … Les saisons sont aussi irrégulières que mes règles … Bouffe des chattes, pas des vaches … La planète, ma chatte, protégeons les zones humides … Plus de clito, moins de glipho … La planète est plus chaude que ma chatte … Bouffe mon clito, pas mon climat … Chauffez-nous le clito, pas la planète »

Les filles sont dans la rue. C’est Georges Bernanos qui écrivait : « C’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale. » Le printemps est déjà chaud !

L’acier ou la vie !

L’acier ou la vie !

« Marche ou crève ! » C’est un dilemme typiquement néo-libéral de non retour, auquel les ouvriers de l’usine Ilva, en Italie, ont été confrontés, en prenant part au vote sur la reprise de l’activité très polluante de leur aciérie. C’était en septembre 2018.

Ça se passe dans la ville de Tarente, dans les Pouilles. Au fil des siècles, des habitants qui pêchent et construisent des bateaux. Arrivent les années 1960, et l’Etat italien décide d’y implanter une aciérie qui va permettre le décollage économique de ce Sud italien, réputé très pauvre.

Et Ilva devient vite un monstre qui peut sortir 10 millions de tonnes d’acier par an. La plus grande usine sidérurgique d’Europe. A une époque où personne ne se pose de questions de santé. C’est comme ça que l’on a construit la partie la plus polluante du site à quelque 200 mètres du centre-ville de Tarente.

Avec comme conséquence, d’être la ville la plus polluée d’Europe. Une pollution qui a provoqué, d’après les associations, une surmortalité de 15 % dans la population. On compterait au moins 10 000 victimes liées à l’activité d’Ilva. Avec ce constat implacable… Ce qui fait vivre la ville, ce qui nourrit la population, la fait mourir aussi.

En 2012, la justice ordonne la saisie et la mise sous tutelle de l’entreprise pour « crime environnemental ». Placée en faillite, elle est renationalisée en 2015, dans l’attente d’un repreneur.

En septembre dernier, le groupe ArcelorMittal a fait une proposition et l’on a demandé alors l’avis au 10 700 employés. « Vous êtes pour ou vous êtes contre ? » Leur verdict a été sans surprise. A plus de 94 %, ils se sont prononcés en faveur du plan de reprise par le numéro 1 mondial de l’acier.

« C’est comme ça : Ilva nous donne à manger, et en même temps, Ilva nous tue », constate avec fatalisme, un ancien ouvrier de l’usine. Dans le centre-ville de Tarente, quelqu’un a écrit à la peinture noire, sur les murs en brique de l’église San Francesco de Geronimo : « O l’acciaio o la vita, devi scegliere. » (« L’acier ou la vie, il faut choisir. »)

Tout le monde est conscient que la reprise va permettre à plus de 10 000 personnes de conserver un emploi pour les cinq années à venir. Ceux qui souhaitent partir vont toucher 100 000 euros d’indemnités. Mais personne n’a voulu chiffrer le nombre de morts à venir, même si ArcelorMittal s’est engagé à investir 1,15 milliard d’euros, pour une mise aux normes environnementales d’Ilva jusqu’en 2023.

Cela fait des années que les habitants de Tarente passent devant le mur de l’église San Francesco de Geronimo en baissant la tête. Le vendredi, certains s’arrêtent pour prier.

Vous avez tout vu !

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