N OISE
Nos contacts : 
[javascript protected email address] 01 82 73 14 81
Pauses by Noise

Retrouvez-nous, chaque jeudi, pour une nouvelle Pause by Noise.

Le triangle des Bermudes des vélos
Le triangle des Bermudes du vélo

Le triangle des Bermudes du vélo

Regard sombre du lundi matin pour Régis. Tout le monde a bien remarqué qu’il n’avait pas sa pince à pantalon rouge fluo. « M’en parlez-pas, samedi après-midi, j’avais rendez-vous au cinéma MK2 quai de Loire. Et en sortant de la séance, plus de vélo. Disparu, envolé. »

Et de poursuivre : « C’est après, qu’on m’en a parlé. Je savais pas. Y’a un triangle des Bermudes à Paris, en gros c’est le secteur Riquet/Stalingrad/Jaurès. Tu poses ton vélo près du canal de l’Ourcq, et là, c’est un phénomène de dingue, genre cosmo-tellurique, ton vélo il passe pas la journée. Il disparaît ! »

Gros, gros problème parisien où la pratique du vélo a “explosé” depuis la sortie du confinement, en mai dernier. On parle de 70 % de bicyclettes en plus dans la ville. Beaucoup d’habitants la préfèrent désormais au métro. Moins de risque d’attraper la Covid-19. Tout le monde achète un vélo. En boutique, ils n’ont plus de stock. Et logiquement, moins de vélos à vendre, c’est plus de vélos à voler.

La Préfecture de police de Paris a annoncé que depuis 2019, 17 vélos sont volés chaque jour dans la capitale. Et sans doute beaucoup plus, car peu de cyclistes se déplacent pour porter plainte. Cet engouement pour la bicyclette dans les grandes agglomérations, ça va mettre du temps à se réguler. Certains prédisent cinq ans, peut-être dix.

Et Régis de parler de son tracker :

« — J’ai vu ça à Berlin. Tu poses un trackers GPS sur ton vélo, comme ça la police peut potentiellement remonter les filières de voleurs. Moi, j’en avais mis un qui ressemble à une lampe. Alors, en sortant du cinéma, j’ai suivi mon vélo sur mon portable. Il était à Saint-Ouen avant de se retrouver sur l’autoroute A1. Qu’est-ce que tu veux faire ! Je vais racheter un vélo.

— Eh bien moi, l’an dernier, je me suis fait voler trois vélos. Alors, j’essaie d’être au plus juste sur le modèle… Ni trop neuf pour pas trop faire envie. Ni trop pourri pour qu’il roule bien. Je dépense entre 50 et 75 euros sur le Bon Coin. Mais maintenant que j’y pense, c’est vrai que pour le dernier, je me suis demandé si le mec ne venait pas de le voler, le matin même ! »

Ça ruisselle !

Ça ruisselle !

« On est les champions, on est les champions, on est, on est, on est les champions ! » Trompettes, tambours, et mains en l’air ! C’est réconfortant, en ces temps incertains, d’apprendre que la France est le pays où la fortune des milliardaires a le plus progressé depuis un an.

Et là, logiquement, on repense à la théorie du ruissellement et on se dit que ça va ruisseler à gros bouillon, que c’est une inondation diluvienne à laquelle il faut s’attendre…

Tout ça a commencé au début des années 1980, avec le tournant triomphant du néolibéralisme porté par Margaret Thatcher, Premier ministre de Grande-Bretagne, et Ronald Reagan, 40e président des États-Unis.

La doctrine d’alors, très ancien monde ! « Accorder des réductions d’impôts aux tranches supérieures, aux individus les plus riches et aux plus grandes entreprises, et laisser les bons effets économiques de la consommation et des investissements “ruisseler”. Tout le monde en profitera. » C’était simple, non ? Puisque qu’on vous le dit, « laissez les riches gagner de l’argent et faites-leur confiance ».

Arrive le nouveau monde, dans les bagages d’Emmanuel Macron, élu président en 2017. Et vous savez quoi ? Histoire de réveiller cette France endormie, on réinvente le ruissellement avec, entre autres, la suppression de l’ISF, l’impôt de solidarité sur la fortune. Re-trompettes !

La première fois que l’on a entendu parler du ruissellement, c’est l’image des pyramides de coupes de champagne qui nous est apparue. Quand on verse le vin pétillant dans la coupe la plus haute, et qu’il ruisselle jusqu’aux autres coupes tout en bas.

Sauf que près de quarante ans plus tard, les économistes n’ont toujours pas réussi à trouver le début d’un commencement d’effet. Le ruissellement n’a jamais provoqué la réaction en chaîne vertueuse escomptée. Ce que l’on constate est plutôt confondant de simplicité : plus vous donnez aux riches, plus ils s’enrichissent. Un point, c’est tout.

Le seul impact quantifiable scientifiquement, c’est l’augmentation des dividendes versés à 1% de la population, et surtout aux plus riches, le fameux 0,1 %.

« Vous savez, cher monsieur, ruisseler, ça prend du temps. En attendant, allez, champagne pour tout le monde ! »

Pas sans mon livre !
Pas sans mon livre !

Pas sans mon livre !

Au printemps dernier, nombre d’observateurs économiques avaient tiré un trait sur les milliers de petits libraires qui, disaient-ils ne s’étaient pas vraiment battus pour le maintien de leur activité.

« C’est clair, le confinement n’a fait qu’accélérer une tendance numérique qui se dessinait depuis longtemps, croyaient savoir ces Cassandre. C’en est terminé des petites librairies de l’ancien monde. Le nouveau monde, c’est Amazon et le commerce en ligne… La page est bien tournée. » En effet, en deux mois de confinement, les libraires ont perdu 95 % de leur chiffre d’affaires.

Et puis arrive le 11 mai et le déconfinement. Et là surprise, énorme surprise, les gens se sont précipités dans les librairies. Les salles de cinéma sont restées vides, les salles de concert n’ont pas eu le droit de rouvrir, les musées n’ont pas eu de touristes… mais les librairies, elles, se sont remplies.

Par rapport à 2019, le mois de mai a enregistré + 100 % de ventes de livres. Du jamais vu, en cette période de l’année !

Alors on se dit que c’est forcément passager, que les lecteurs voulaient rattraper leur sevrage forcé. Eh bien, non ! L’augmentation des ventes se poursuit depuis.

D’après les chiffres du Syndicat de la librairie française, les libraires ont même quasiment rattrapé leur manque à gagner dû au confinement.

Phénomène notable : plus la librairie est petite, plus ses affaires sont florissantes. « Et vous expliquez ça comment ? » Certainement un risque sanitaire limité. Moins de gens, moins de risque de contamination. Certainement aussi, une histoire de vase communiquant, le budget consacré aux sorties cinéma ou théâtre s’est reporté sur les livres.

Ensuite, les lecteurs ont donné de l’importance à l’achat engagé et citoyen. « Je préfère acheter dans la librairie près de chez moi, je participe ainsi à la vie de mon quartier. » Et puis le côté humain. « Les conseils de mon libraire m’ont manqué, nos discussions aussi, pendant le confinement. » Enfin, il y a quelque chose de rassurant dans le livre. Comme une valeur sûre qui fait du bien.

Sept mois après le début de cette crise sanitaire, personne n’est en mesure de dire comment les choses peuvent évoluer, mais une chose se confirme : le livre réserve de belles surprises.

En somme, le « monde d’après »… peut-être. Mais pas sans mon livre !

Betteraves ou abeilles, qui survivra ?

Betteraves ou abeilles, qui survivra ?

On ne s’est jamais trop posé de questions. On était dans le train, les cheveux dans le vent, et le train avançait vite. Et puis au tournant du 21e siècle, les sirènes ont commencé à siffler fort, très fort. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». C’était il y a vingt ans.

Le train n’a pas ralenti ! Les prévisions alarmistes des scientifiques se vérifient. De tous côtés, tout s’embrase. Depuis vingt-cinq ans, c’est 75 % des insectes qui ont disparu, sans parler des oiseaux et autres vertébrés.

« On ne va pas pleurer pour des moustiques, quand même ! » Mais lorsque des apiculteurs retrouvent leurs ruches remplies d’abeilles mortes, il s’agit bien d’une extinction massive aux conséquences dramatiques, annoncées et documentées.

En septembre 2018, le gouvernement a prohibé l’usage des néonicotinoïdes. Ce sont des insecticides, tueurs d’abeilles avérés, car ils perturbent leur système nerveux central. Sauf qu’aujourd’hui certains agriculteurs, privés de leurs habitudes, ne voient plus cette décision d’un bon œil. Par exemple, les betteraviers picards réclament la réintroduction, même provisoire, de ces pesticides pour pouvoir endiguer les invasions de pucerons, propagateurs de la jaunisse de la betterave.

Alors on fait quoi ? C’est soit la betterave, soit l’abeille ! Autrement dit, le travail ou la planète ! Le gouvernement a tranché et un projet de loi prévoit de satisfaire la demande des betteraviers… “provisoirement”.

« Mais Monsieur, il y a 46 000 emplois qui sont en jeu. Vous croyez que l’on a besoin de ça en ce moment ? ». « Vous pensez que l’on peut se priver de la filière sucre ? » C’est toute la question. Derrière cette histoire de petits insectes face à l’homme, c’est un dilemme qui réapparait régulièrement. Repousser éternellement nos responsabilités vis-à-vis de la nature.

« S’il y a un peu moins de miel l’été prochain, c’est pas grave, on mettra de la confiture sur nos tartines… » Sauf que ! Plus d’insectes pollinisateurs, et c’est toute la chaîne de reproduction qui s’écroule. Hé oui ! 85 % des plantes comestibles dépendent de la pollinisation par les abeilles. Plus de fruits, plus de légumes. Les producteurs disparaîtront. Et ce n’est qu’une étape.

Alors, on a comme un pressentiment : c’est aussi la confiture qu’il va falloir remplacer !

Avoir 20 ans en 2020
Avoir 20 ans en 2020

Avoir 20 ans en 2020

Quand on a 15 ans, on s’impatiente d’en avoir 20. Passé la cinquantaine, c’est parfois la  nostalgie qui domine. Mais avoir 20 ans, à l’ère de la Covid-19, c’est autre chose.

Les années 1970 prônaient la liberté de parole, la liberté de disposer de son corps, la liberté d’exister et de s’épanouir dans une société bourgeoise sclérosée qui avait connu la guerre et les privations. Cette société ne laissait que peu de place à une jeunesse qui étouffait et qui voulait « jouir sans entrave », qui voulait « interdire d’interdire ».

Aujourd’hui, cette génération a 70 ans. L’esprit jeune, elle profite de sa retraite.

Mais, cet hiver, un virus a traversé la planète comme une traînée de poudre. Touchant principalement les plus âgés et les plus fragiles. Alors, pour les protéger, la France a été “confinée” au printemps. Concrètement, on a interdit aux jeunes gens de vivre pour que les vieux ne meurent pas.

C’était le prix à payer. Plus de fêtes nocturnes, plus de festivals, plus de discothèques, plus de bars, plus de contacts. En mai, lors du déconfinement, les étudiants n’ont pas retrouvé leurs établissements, alors que la société reprenait vie. Les cours à distance ont été instaurés. Toute une génération a dû se comporter comme si elle était malade.

Et cela est allé plus loin encore. Cursus suspendus. Erasmus à la trappe. Plus de stages de fin d’année, plus de petits boulots pour payer les études, plus de jobs d’été. La précarité dans le monde étudiant s’est installée. Mais tout ça n’était qu’une première étape.

Aujourd’hui, les banques sont de plus en plus frileuses pour octroyer des prêts étudiants. Les entreprises ont la tentation de ne proposer que des salaires à la baisse. Plus d’emplois durables.

Même la tenue vestimentaire pose problème. « Pas de crop top à l’école ! » D’aucuns affirment, en effet, que ce n’est pas une “tenue républicaine” !

En quelques mois, et sans le dire ouvertement, la société française semble avoir fait le choix de sacrifier une génération entière au profit d’une autre en fin de course.

Tout le monde perçoit bien qu’en ce début d’automne, l’horizon reste incertain. Les masques tombent, certains craignent un conflit de génération qui serait catastrophique.

« La deuxième vague de Covid-19 qui se profile, c’est à cause des jeunes, ils font n’importe quoi ! » entend-on. Mais jusqu’où les jeunes seront-ils prêts à se sacrifier ?

Cinquante ans après, les filles et les garçons de 20 ans ne demandent pas l’impossible, loin de là : ils souhaitent juste pouvoir vivre leur âge. Raisonnables en somme !

Melon et Melèche

Melon et Melèche

Réunis dans la salle des fêtes de l’Élysée, ils étaient tous là pour l’écouter. Au milieu d’une centaine de start-uppeurs de la « French Tech », on pouvait reconnaître quelques dirigeants de Licornes françaises. Et pour l’occasion, Emmanuel Macron n’avait pas de cravate. Rare un président dans ses fonctions sans cravate. Sans doute faut-il s’adapter à son auditoire…

Alors bien sûr que tout cela était préparé, travaillé et testé par un petit groupe de conseillers, coachés par un humoriste ami du président. Le monsieur bonne blague de l’Élysée qui n’a pas son pareil pour trouver la punch line qui sera reprise et reprise encore.

Pas de cravate, donc, et arrive la question de la 5G. Pour répondre aux maires de 11 grandes villes françaises qui demandaient le week-end dernier, un moratoire sur la question (une tribune publiée dans « Le Journal du Dimanche »), la blague a été peaufinée.

C’est le moment humour d’Emmanuel Macron dont raffole les médias et les chaînes d’infos. « J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile ! Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine. »

Clap, clap, clap enthousiastes de la « French Tech ». Quel esprit fin, ce président, le coup du modèle Amish – cette communauté chrétienne d’Amérique du Nord, qui vit comme au XVIIe siècle –, c’est fort !

Et peu importe qu’il ne tienne pas les engagements pris en juin à la Convention citoyenne pour le climat. Devant 150 personnes de la société civile ayant travaillé de longues semaines, le Président promettait de retenir les propositions, sauf trois d’entre elles, « joker » disait-il.

Leur demande d’un moratoire sur la 5G ne figurait pas parmi elles.

Allez, les rabat-joie qui s’éclairent à la bougie, ceux qui sont Amish sans même s’en douter, circulez ! Balayer d’un revers de main les promesses faites quelques mois plus tôt, c’est ça, être moderne. S’adapter, toujours et encore.

Comprenez-le bien, interroger le progrès technique, c’est par essence, être anti-moderne et nous avons la chance, nous autres en France, d’avoir un Président au regard visionnaire.

Dans les salons attenants à la salle des fêtes, les conseillers jubilaient. Le plus jeune d’entre eux se lança : « Et les blagues de Melon et Melèche, ça vous dit quelque chose ? On pourrait travailler ça ! »

Melon et Melèche font du pain. Melon pétrit la pâte et Melèche l’Amish !

Sauver les apparences

Sauver les apparences

Au Japon, c’est aujourd’hui devenu commun de s’offrir les services d’acteurs pour pallier l’absence d’un membre de sa famille, d’une relation amoureuse, d’un ami ou simplement pour rompre la solitude.

Tu contactes une agence et tu peux choisir dans un catalogue de plus de 800 acteurs et actrices, aussi bien des enfants en bas âge que des personnes âgées. Un acteur de l’agence Family Romance présente son job. « Une de mes clientes, dont le mari avait quitté le foyer, me loue depuis plus de neuf ans ! Au début, sa fille était en primaire et refusait d’aller à l’école. J’ai donc été engagé comme son père et elle a fini par y retourner. Elle a maintenant 19 ans, elle est à l’université et elle pense toujours que je suis son père. J’ai plusieurs familles dans cette situation… environ vingt-cinq ! »

Certaines agences permettent d’organiser une séance photo, afin d’alimenter ses réseaux sociaux. Figurants, décors, maquillages, tout est mis en œuvre pour générer des likes et booster sa confiance en soi.

Question prix, tout ça est abordable et banalise même cette prestation. Il faut compter 10 000 yens, soit 80 euros, pour un invité supplémentaire à une cérémonie de mariage, avec un supplément de 8 000 yens pour qu’il prononce un discours.

Dans la culture japonaise, cette prestation répond au souci de sauver les apparences. Car souvent, au pays du soleil levant, la forme est plus importante que le fond. Il faut être comme les autres, pour supporter le regard des autres. Que l’on n’ait pas d’amis est une chose, mais il ne faut pas que cela se sache.

« Si vous vous mariez et que votre belle-famille a 200 invités et vous n’en avez qu’une cinquantaine, vous pouvez engager des acteurs et ne pas perdre la face. » Il est tentant de ne voir dans cette « location de proches » qu’une énième bizarrerie japonaise et de sourire de cette différence d’approche culturelle.

Et pourtant quand nous diffusons sur les réseaux sociaux, une image quelque peu déformée, une mise en scène esthétique de notre quotidien, nous ne faisons pas autre chose… que de sauver les apparences.

Dans une interview à « Sofilm », Werner Herzog revenait sur « Family Romance, LLC » : « Quoi qu’on dise, la majeure partie de notre vie est une performance, en famille ou dans notre rôle de parent. Très souvent, nous jouons et cela me paraît sain. C’est inhérent à notre nature sociale. Mais ce qui se passe au Japon, actuellement, est un phénomène de masse, et c’est en train de foncer vers nous ! »

Ô sneakers !

Ô sneakers !

« Tu te rends compte ? Il y a encore un morceau de verre planté dans la semelle. Incroyable, non ? » Cette paire de baskets Nike, modèle Air Jordan 1, a battu le record de vente aux enchères, pour des chaussures de sport. Un symbole des temps modernes.

Rouges et blanches, arborant le « swoosh » noir de Nike, ces baskets avaient été confectionnées spécialement pour Michael Jodran, la légende des Chicago Bulls, à l’occasion d’une rencontre amicale disputée le 25 août 1985 à Trieste, en Italie. Une tournée promotionnelle où la star américaine tout juste « Rookie de l’année » (meilleur jeune de NBA) avait revêtu le maillot de la Stefanel Trieste pour jouer contre la Juve Caserta.

À l’occasion d’une contre-attaque, l’arrière américain s’envole dans les airs et porte un dunk monumental (un smatch en s’accrochant à l’arceau), qui fera exploser le plexiglass du panneau. La chaussure gauche conservera un éclat dans la semelle, comme une trace inaltérable de ce moment légendaire.

Et c’est cette paire qui vient d’atteindre des sommets, chez Christie’s, en devenant la paire de chaussures de sport la plus chère au monde : 615 000 dollars. Un record qui confirme l’accès des sneakers au rang d’objet de collection de grand luxe.

S’il l’on devait actualiser les « Mythologies » de Roland Barthes, à n’en pas douter, la sneaker ferait partie de la liste des objets les plus emblématiques du début du XXIe siècle.

On est loin des succès encourageants des premières paires blanches et vertes de Stan Smith d’Adidas, dans les années 1970 qui avaient fait sortir la chaussure de sport des cours de tennis pour se répandre dans la ville et devenir universelle. Et tout alla très vite, la contestation politique aux JO, les danseurs de Maurice Béjart pour la « Messe pour le temps présent » qui portent des tennis blanches, les rappeurs Run-DMC qui signent un contrat en or avec Adidas, les skaters et leurs Vans, Issey Miyake qui fait défiler ses mannequins en baskets.

En quelques décennies, la sneaker est devenue l’objet le plus démocratique qui soit, tout le monde en porte : il n’y a que le monde politique qui y résiste encore ! Un objet pourtant controversé, à la fois symbole du “bien-être dans ses baskets” et de la liberté, mais aussi un enjeu économique considérable. Du cool mondialisé à la sauce néolibérale : renforcement de la communication, délocalisation de la production à moindres coûts. Depuis des années, on dénonce les conditions de travail et les salaires très bas des ouvriers dans les usines Nike ou Adidas en Asie… Un chiffre, en 2016 : pour une paire de Nike Air Jordan vendue environ 130 euros, un ouvrier asiatique touchait 2,40 euros, tandis que Nike empochait 23,80 euros de bénéfice.

C’est cet objet qui est aujourd’hui vénéré comme une véritable relique religieuse. Acquérir l’objet que l’idole a pu porter à un moment particulier de sa vie. Et ce moment est inscrit dans la semelle : un morceau de verre…

La liberté en Combi…

La liberté en Combi…

Cet été, partout dans le monde, le van est revenu sur le devant de la scène. Le vrai, le Combi Volkswagen avec l’autocollant allemand “Atomkraft ? Nein Danke” sur la vitre arrière. Sur Instagram, le hashtag #vanlife est, depuis le printemps, une tendance de fond.

Après des mois de confinement, ce véhicule lancé en 1950 et qui connaîtra son apogée dans les années 1970 est devenu un symbole de liberté, d’immersion dans la nature et de distance prise avec le Covid-19. « Moi, je vais vous dire, pendant le confinement, ça m’est arrivé de descendre dans le garage pour dormir une nuit ou deux dans mon van. Je me sentais revivre ! »

Au début des années 1990, on avait récupéré à Istanbul, le Combi VW d’un ami et l’on était parti en Roumanie pour deux semaines, en contournant la mer Noire par la Bulgarie. L’aventure, la vraie en Combi rouge.

Faire glisser la porte latérale et rouler au grand air, pas besoin de clim ! L’autoradio d’origine branché sur la nostalgie des années 1970. Alors bien sûr que tu roules à 80 km/h maxi, tranquille. Tu roules au rythme de la musique, l’album « L.A. Woman » et Jim Morrison fredonnant « Riders on the Storm, Into this house we’re born, Into world we’re thrown, Like a dog without a bone, An actor out on loan… ». Jim… un voyageur existentiel.

Moteur arrière un peu bruyant et conduite légèrement surélevée, genre t’es le roi de la route ! Pas de direction assistée, bien sûr, tu sens les roues en tenant le grand volant ! Et un compteur en miles… rien que ça, ça te replonge cinquante ans en arrière. T’es plus sur la même planète.

Quinze jours à voyager et à dormir dans son Combi, sac de couchage à l’arrière. À la tombée du jour, s’arrêter près d’une rivière. Se foutre à poil et aller se laver au petit matin dans l’eau froide. La formule qui collait aux seventies, quand les hippies partaient en Afghanistan ou en Inde, semble rencontrer de plus en plus d’émules, en 2020. Une forme d’autonomie, de simplicité. Cet été, c’est toute une génération qui ne veut plus prendre l’avion et qui cherche une alternative.

Alors, la liberté, oui, bien sûr, mais encore faut-il pouvoir se l’offrir ! Car le road trip estival a un coût de plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un van neuf. L’autre solution, c’est la location. Il faut compter 350 euros le week-end, et plus de 600 euros la semaine. « Hé mec, OK pour les chemises à fleur et l’esprit bab, mais il vaut mieux bosser dans la pub ou dans une star-up pour avoir l’esprit libre au volant du Combi ! »

Alors on prend le téléphone. « Allô, Pierre ? Tu fais quoi, la dernière semaine d’août ? Ça te dirait pas qu’on parte sur les routes d’Europe ? J’ai toujours rêvé de partir dans les Dolomites avec ton Combi rouge, on pourrait se poser devant un paysage incroyable et lire “Walden ou la Vie dans les bois” de Thoreau. »

Brad et Jean

Brad et Jean

Paris, au mois d’août. Un été sans trop de circulation, un été sans touristes. Depuis mai, Paris s’est transformé en immense terrasse. Là où les voitures se garaient, il y a six mois, les bars et les restos ont aménagé des plateformes en palettes de récup pour y installer chaises et tables. Ces extensions ne désemplissent pas. Il suffit de flâner en vélo pour s’en convaincre.

S’assoir, prendre un café, et regarder. Attraper les conversations voisines. Le soir, on retrouve les habitués que l’on avait croisés, la veille. Là, un jeune mec et sa copine, tout juste trente ans. Elle porte une jupette bordeaux et lui un tee-shirt orange. On avait surpris leur conversation en début de semaine sur le cinéma et la politique. On s’était laissé aller à simplement écouter.

« — Jean Castex est plus jeune que Brad Pitt.

— Qu’est-ce que tu racontes…

— J’ai lu ça sur Twitter et j’ai vérifié, Jean Castex est plus jeune de deux ans que Brad Pitt qui a 57 ans.

— Non, mais c’est quoi ce délire ! L’autre, il est quasi chauve, ce pourrait être mon grand-père, alors que Brad est un canon planétaire à faire tomber toutes les meufs.

— Non, ce qui est intéressant, c’est leurs parcours parallèles. Ils ont commencé au même moment. En 1991, Brad, sort de l’ombre dans « Thelma et Louise » de Ridley Scott. Il joue un auto-stoppeur sexy, un petit rôle qui va le propulser en quelques années. Et Jean Castex, lui, rentre à l’ENA en 1989, promotion Victor Hugo. Et en sort en 1991. Il rejoint la Cour des comptes comme auditeur. Il est promu conseiller référendaire en 1994. 1995, c’est le thriller « Se7en » pour Brad. Bingo, un succès mondial ! Brad Pitt est le premier acteur élu deux fois « Homme le plus sexy du monde » par le magazine « People » en 1995, donc, et en 2000. La vie, des portes qui s’entrouvent, des rencontres imprévues. Ces derniers mois, Brad revoit Jennifer Aniston, sa première femme… Non, mais tu te rends compte, Jennifer Aniston dans « Friends », les années 90 ! Je l’adorais en Rachel Green, sublime tombeuse de mecs. Moi, j’ai regardé cette sitcom, ado. Mon frère avait acheté les coffrets.

— Tu crois que c’est les idées de droite qui font vieillir les mecs ?

— C’est pas les idées de droite, regarde Dominique de Villepin sur la plage quand il était Premier ministre de Chirac. Beau mec, non ? Quel âge, Villepin ? Ah, dix ans de plus que Brad.  C’est pas les idées, c’est autre chose…

— Tom Cruise est plus vieux d’un an que Brad !  Bon, on arrête là, ça devient fatigant, l’âge de ces mecs ! »

Moins qu’hier…

Moins qu’hier…

En général c’est tous les six mois que l’on relit quelques pages. Des « capsules de vitalité ». Après l’épisode du printemps, c’est devenu plus aléatoire. C’est avec la BD « Zaï Zaï Zaï Zaï » en 2017, que l’on a plongé, sans retenue, dans le monde absurde et déjanté du dessinateur Fabcaro.

Ses obsessions nous réconcilient avec le genre humain, mettant la réalité à distance. La banalité des sentiments, la monotonie du couple, l’envie de décalage, un humour à mi-chemin entre les « Rubrique-à-Brac » du grand Gotlib (sa référence absolue) et l’esprit Canal+ des grandes années. Fabcaro écrit des histoires. Il se sent plus scénariste que dessinateur.

Dans « Moins qu’hier (plus que demain) » (Glénat BD), ce sont des histoires de couples. 14 h 27. Delphine et Pierre, la trentaine passée, esquissent une discussion. Six cases quasi identiques.

— Mon tendre amour, tu te souviens de notre première rencontre ?

Pierre se tourne vers Delphine et lui répond.

— Comme si c’était hier… C’était dans une discothèque, je voulais sortir avec ta copine Vanessa, elle était super bien… Mais comme elle a pas voulu et que j’étais complètement torché, je me suis rabattu sur toi… Et comme tu es tombée enceinte après notre premier rapport, on est resté ensemble, je me suis dit “Bof, celle-là ou une autre”.

— Hein ??!! Mais… tu m’avais jamais dit tout ça !!!
— Je suis pudique, tu sais…

Enfant, le Montpelliérain Fabrice Caro, de son vrai nom, dessinait tout le temps. On lui disait : « Oui c’est bien, mais dessiner des petits bonshommes, c’est pas un métier ! » L’histoire du « vrai métier » qui pourrit ta jeunesse. Jusqu’au jour où il va laisser son boulot de prof pour se consacrer à la bande dessinée.

Petits éditeurs, petits tirages. Un rythme de travail acharné pour mettre à distance le stress d’être encore vivant. Hypocondriaque et angoissé, enchaînant album sur album… Et puis arrive « Zaï Zaï Zaï Zaï », paru en 2015 chez l’éditeur 6 Pieds sous terre. Et là, du jour au lendemain c’est plus de 200 000 lecteurs qui le portent en triomphe. Alors, il faut garder la tête froide. « Mon cap a toujours été “Ne pense pas aux lecteurs sinon tu vas faire un truc tiédasse”. »

Ce que l’on a perçu en découvrant l’univers de Fabcaro, c’est une forme de liberté et de timidité. Celle d’un enfant venant d’un milieu modeste. Annie Erneaux en parle très bien dans ses romans, ce côté transfuge de classe. Un milieu où la culture ne devait pas être très présente. À travers le dessin, Fabcaro a entraperçu une porte qui allait lui permettre de trouver un monde tout personnel. Et l’on adore s’échapper avec lui.

Dans le train de nuit...
Dans le train de nuit…

Dans le train de nuit…

On avait cru que c’en était terminé, bouclé, dépassé… « Non, mais Monsieur ! Vous imaginez voyager en train de nuit ! Et pourquoi pas en calèche ? Il faut vivre avec son temps, à grande vitesse. » Et c’est à l’occasion de l’interview du président de la République pour le 14 juillet, que le sujet est revenu sur le devant de la scène. « Je souhaite redynamiser la circulation des trains de nuit en France. »

Retour en arrière. Un autre siècle, une autre temporalité et d’autres budgets. Une époque d’avant le TGV. En 1981, on avait 20 ans, on avait voté pour la première fois à la présidentielle et l’on s’apprêtait à partir en vacances. À cette époque, plus de 550 villes françaises étaient desservies par un train de nuit. Un réseau national comme une toile d’araignée. En voyageant de nuit, on économisait des chambres d’hôtel… tout en traversant la France. Quarante ans plus tard, il ne reste que deux lignes. Un Paris Rodez Latour-de-Carol et un Paris Briançon. Terrible constat…

On était parti rejoindre des copains à Pau. 22 heures en gare d’Austerlitz, et la première surprise, c’était la population. Très différente de celle de la journée. La nuit, ce sont plutôt des familles, généralement modestes. On embarque et l’on se retrouve dans un compartiment à six couchettes (quatre en première classe). À occuper la couchette du bas, plus confortable parce qu’on n’est pas dérangé par les mouvements de gens qui se lèvent. Moins de vibration que la couchette du haut. Par précaution, on avait emmené un pyjama et un sac à viande, car d’expérience, on dort mal dans le train. Les habitués ont leur coussin.

Le train part vers 23 heures et avance lentement. Minuit passé, sur la banquette au-dessus, la lumière d’une liseuse brille à peine sur le visage d’une fille de notre âge, on n’arrivera pas à lui parler. Le bruit des rails, les freins quand on arrive dans une gare sans savoir si c’est un arrêt. Les heures défilent, on n’est pas sûr de dormir. Pourtant, Pau n’est qu’à une heure de Paris : « Une demi-heure pour s’endormir et une demi-heure pour se réveiller. »

La chaleur souvent étouffante, des odeurs par vagues. Un mélange de poussière, de rance, adouci par le parfum des passagers. Vers 5 heures, on constate que l’on ne roule plus, arrêté en pleine voie, le jour se lève à peine. On ouvre la porte du compartiment pour aller se laver les dents. Dans le couloir, un homme est accoudé à la barre de la fenêtre. Il n’est pas habillé, en slip, torse nu. Les relations avec les gens sont plus posées, car ils sont moins stressés que dans la journée.

On se tient à quelques mètres de lui, regardant le paysage. « Bonjour… je n’arrive pas à dormir. » « Moi, je ne dors jamais trop dans le train, je passe presque tout le voyage debout… mais vous voyez, j’aime ça… On part le soir de Paris, on arrive dans les Pyrénées au petit matin. Il y a un côté un peu enfantin du voyage. Dans deux heures, je vais descendre du train. En sortant de la gare de Tarbes, je m’arrête à la boulangerie pour acheter des croissants. J’arrive vers huit heures pour prendre un petit-déjeuner avec mon garçon de huit ans. J’adore ce moment-là. »

1 2 3 12

Vous avez tout vu !

Une petit erreur au chargement