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Pauses by Noise

Pendant le confinement, retrouvez-nous le lundi, le mercredi et le vendredi, pour de nouvelles Pauses by Noise.

I ♥ New York plus que jamais !

I ♥ New York plus que jamais !

Trois lettres et un cœur. C’est un logo devenu mythique qui a redonné vie à New York. Son créateur, Milton Glaser, vient de mourir, à l’âge de 91 ans.

1977, année charnière. La ville ne ressemblait pas du tout au New York d’aujourd’hui. C’est une ville insalubre, qui n’attire pas les touristes et ne fait pas rêver. Une ville proche de la faillite économique.

C’est le New York de Jean-Michel Basquiat, de Keith Haring, du graffiti dans le métro et sur les murs, du rap qui envahit la rue et les radios. C’est le black-out de juillet qui va plonger cette ville lumière dans le noir le plus total, pendant plus de 24 heures. Manhattan et Times Square privés d’électricité. Dans le Bronx, les magasins seront massivement pillés, entraînant la plus grande vague d’arrestations de toute l’histoire de New York.

Cet incident est la goutte d’eau… La ville contacte une agence de communication pour redorer l’image de la Grosse Pomme. Un slogan est validé, « I love New York ». Il lui faut maintenant une identité visuelle pour communiquer. Et c’est là qu’intervient Milton Glaser, graphiste déjà reconnu du grand public avec son poster psychédélique pour Bob Dylan en 1966.

Une semaine après les premières réunions, Milton Glaser traverse New York en taxi. Il griffonne sur une enveloppe ce qui deviendra l’un des logos les plus connus au monde. 3 lettres et un cœur… I  NY « Je soupçonne que cela vient de mes souvenirs de gravures sur des troncs d’arbres, dira-t-il. Là où les initiales des amants étaient combinées à un cœur, souvent percé d’une flèche pour indiquer la plus profonde affection. J’ai décidé d’éliminer la flèche. »

La campagne de promotion de la ville ne devait durer que quelques semaines. C’est une des raisons pour lesquelles Milton Glaser céda tous ses droits à la ville de New York. Alors que son logo va se retrouver dupliqué à des millions d’exemplaires, Milton Glaser ne touchera pas un seul dollar.

En quelques années, toutes les villes du monde se réapproprieront le travail du graphiste. Copié, décliné, plagié. I  PARIS, I  BERLIN, I  TOKYO, I  LISBON… De son côté, la publicité ne se privera pas de détourner le logo sans état d’âme.

Après les attentats du 11 septembre 2001, Milton Glaser retravaillera son logo en griffonnant une petite tache noire, en bas du cœur, une cicatrice sombre là où les Twin Towers étaient tombées à Manhattan. Au I  NY, il rajouta “MORE THAN EVER” (plus que jamais). Le cri du cœur et l’implication d’un graphiste qui aimait tant sa ville.

À cheval en plein Montreuil

À cheval en plein Montreuil

C’est une belle image, effectivement. On l’avait vu passer sur les réseaux sociaux. Et l’histoire commence comme une BD. Un dimanche matin, un jeune homme de 25 ans se promène à cheval dans les rues de Montreuil. Une balade vue plus de deux millions de fois.

Gamart – Gamart Camara, c’est son vrai nom – est rappeur et cavalier, il adore les chevaux. Il ne porte pas de bombe, mais un casque de scooter, il n’a pas de bottes d’équitation pour monter à cheval mais porte des baskets. Gamart est noir.

Montreuil, quartier de la Boissière pour être précis, c’est là qu’il a grandi. Ça bascule, quand Gamart a 13 ans. Les petits business, les braquages, le trafic de drogue. Il passe quatre fois par la case prison.

Maison d’arrêt de Villepinte, une peine de semi-liberté. La journée, le rap, le resto familial avec sa mère et la mode, des photos. Le soir, retour pour dormir derrière les barreaux. Et déjà, une passion pour le cheval… Il se renseigne et regarde des tutos. Savoir seller et desseller un cheval, le nourrir, s’en occuper. « Gérer » un cheval en banlieue, ça se passe comment ?

Il y a deux ans, pour le prix d’une voiture, Gamart a acheté un cheval de 18 ans, sur le Bon Coin. Il l’a appelé Castro. Un dimanche matin d’octobre, quand la ville est encore endormie, les habitants ont entendu un bruit de sabots. Ils ont halluciné. Clop, clop, clop. Ils se sont mis à filmer pour partager les images. Et Gamart est devenu le cavalier du 9-3. Un Noir chevauchant un animal superbe, au milieu de la ville.

Gamart est devenu un symbole. « J’étais… un esclave libre. Tout le monde pense que j’ai fait quelque chose de dingue. On m’explique que Castro n’avait rien à faire à Montreuil. Mais au fond, qu’est-ce qui est dingue ? Je n’étais pas à dos d’éléphant, non ? C’est peut-être surprenant, mais il n’y a rien d’illégal. »

L’histoire n’a duré qu’un temps. Un midi, Gamart mangeait un bout dans un resto de la ville. Il avait laissé son cheval dans un square voisin. La police est arrivée : « Bonjour, c’est à vous le cheval attaché au toboggan ? » Sa monture lui a été confisquée, afin d’être placée « en sécurité ». Une association avait prévenu les autorités, persuadée que le cheval était maltraité.

Car au bout du compte, c’est quoi le problème ? Associer Noir et banlieue, c’est OK. Associer Noir et cheval ? Ah là, ça brusque les habitudes, les images que chacun a en tête. « Vous savez quoi… ça va pas être possible ! » Le cheval ne serait pas banlieue compatible !

Gamart a racheté un cheval, Chavez, deux ans de moins que Castro. « Mais rien ne peut remplacer le premier… Tu as vu dans les films ? Le héros ne change pas de cheval à chaque fois. Il en a un, à qui il reste fidèle. »

La fin du “Magic Bus”

La fin du “Magic Bus”

Le film Into the Wild date de 2008 et l’on avait adoré le périple de Christopher McCandless, un jeune Américain fuyant jusqu’en Alaska la civilisation et la société de consommation, pour se rapprocher de la nature.

Survivre dans un milieu sauvage en lisant Tolstoï et le récit autobiographique de Henri David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois… Tout ça filmé avec beauté, enivrement et fascination par Sean Penn. Into the Wild est tiré du livre de Jon Krakauer, Voyage au bout de la solitude.

Après avoir obtenu son diplôme universitaire, Christopher McCandless avait choisi de tout plaquer, du jour au lendemain, sans en informer ses amis ni sa famille. Partir, tout simplement partir. En stop, avec un sac à dos et peu d’argent en poche. On est en 1992.

Avec au bout de la piste Stampede, la carcasse d’un ancien bus des années 1940, où Christopher vécut pendant plus de cent jours, avant de trouver une fin tragique. Le “Magic Bus”, surnommé ainsi d’après la chanson des Who, deviendra mythique. C’est lui que l’on voit sur l’affiche du film.

L’épave du “Magic Bus” a donné envie à des centaines de randonneurs de venir se recueillir. Une forme de pèlerinage. Sauf que la nature n’est en rien accueillante dans cette région du grand Nord américain, et que depuis la sortie du film, accéder au graal du “Magic Bus” s’est souvent transformé en cauchemar.

Pas de réseau téléphonique. Des conditions météo imprévisibles et extrêmes. C’est plus de quinze expéditions que les autorités locales ont dû organiser pour secourir des aventuriers imprudents. Avec le passage délicat de la rivière Teklanika, particulièrement dangereuse en hiver. En 2009 et 2019, deux voyageurs peu préparés y trouvèrent la mort.

Alors le 18 juin dernier, Corri Feige, la commissaire chargée des ressources naturelles pour l’État d’Alaska, a décidé de déplacer le bus. Un hélicoptère de l’armée américaine est venu l’arracher à la nature sauvage, pour le transporter sur un site sécurisé, qui sera ouvert plus tard au public. La fin d’un mythe.

Christopher McCandless a écrit dans son journal : « Je sais que dans la vie, le plus important, ce n’est pas nécessairement d’être fort mais de se sentir fort. Et de se mettre à l’épreuve au moins une fois, de se retrouver au moins une fois dans la condition humaine la plus archaïque, d’affronter seul la nature aveugle et sourde, sans rien pour vous aider, si ce n’est vos mains et votre tête. »

Se mettre à l’épreuve… oui, sans aucun doute, il va falloir trouver d’autres “Magic Bus” !

J’ai Zoom

J’ai Zoom

On n’a pas compris comment on s’est retrouvé sur Zoom, dés les premiers jours du confinement dû à l’épidémie de Covid-19. Auparavant, on avait fait des Skype sans grand enthousiasme, avec toujours ce malaise à devoir parler devant un écran où bougent des visages.

Et puis les invitations se sont bousculées. « Tu verras, Zoom, c’est simple d’utilisation, c’est gratuit et il n’y a pas besoin de créer un compte avec mot de passe qui te rend fou quand tu l’as oublié… »

En quelques semaines, ce fut l’explosion. Quotidiennement, ce sont 300 millions de personnes qui ont participé à des réunions Zoom. Tout ça a grossi trop vite, alors que cette application américaine de visioconférence n’a jamais été faite pour autant de monde. Et ça s’est fissuré, laissant des failles de sécurité…

On appelle ça du zoombombing. Des mecs qui tapent l’incruste dans ta réunion. Ce qui ne pose pas de problème, quand tu es en Zoombar avec des potes, en buvant ton quatrième mojito et que tu rencontres des gens que tu ne connais pas, mais qui devient délicat en pleine réunion d’entreprise.

En gros, t’as un mec qui a poussé la porte sans faire de bruit et qui écoute avec attention les prospectives de développement commercial de ta boîte. « Ce qui se passe sur Zoom ne reste pas sur Zoom ! Ce n’est pas comme dans la comédie Very Bad Trip à Las Vegas ! Beaucoup de boîtes ont carrément interdit les réunions Zoom, avec obligation d’utiliser des applications sécurisées, Team, par exemple, de Microsoft.

Ce qui est encore moins cool, c’est le côté “Zoom is watching you” ! L’application permet à l’administrateur d’une réunion Zoom de visualiser des informations sur le comportement des autres participants, genre Big Brother.

Autre joyeuseté que l’on découvre après coup, Zoom est gratuit, donc c’est toi le produit…  et Zoom siphonne gentiment tes données personnelles et les transmet à Facebook, que tu sois inscrit ou pas. Sans que rien ne soit dit. Alors bien sûr que depuis un mois, tout s’est relâché avec le déconfinement, mais on a tous ressenti un malaise.

De l’invitation tuto pour fabriquer du pain à la maison, ou suivre un cours de yoga, salutation au soleil, respiration Pranayama, en passant par la réunion de boulot pour définir la nouvelle stratégie à suivre à la rentrée de septembre, et finir la journée avec les grands parents en Bretagne… On passe beaucoup de temps sur Zoom, on travaille et on se détend sans vraiment se déconnecter. Zoom devenant le symbole d’un nouveau monde où tout passe par la visioconférence.

Quand le corps réapparaît…

Quand le corps réapparaît…

On attendait ce moment avec impatience ! Au printemps, on avait laissé une maison dans le Berry, alors qu’on s’apprêtait à commencer la rénovation de la salle d’eau. Il y a quelques jours, on a passé un long week-end à redémarrer le chantier.

Sauf qu’entre-temps, pandémie de Covid-19 et confinement. Comme des millions de Français, on est resté devant notre ordinateur à travailler sur Zoom. Le peu d’exercice que l’on faisait, du yoga et un peu de vélo pour se déplacer dans Paris, tout ça a vite été oublié. Le corps est devenu quasi superflu. Qui ne sert pas à grand chose. Et c’est comme ça un peu partout dans le monde, nous sommes entrés dans l’ère de l’humanité assise !

Sans le remarquer, n’est resté de notre corps que le buste et le visage, visibles occasionnellement à l’écran. Cette crise n’aurait été, au fond, qu’un accélérateur de notre disparition charnelle.

En quelques jours, nous sommes devenus des hikikomoris occidentaux, ces adolescents japonais qui s’enferment dans leur chambre et qui n’en sortent plus, pendant des semaines, voire des mois… mais qui sont, en revanche, en lien avec le monde entier via les réseaux sociaux.

Disparition du corps d’un côté, et de l’autre extrême attention par peur d’attraper le Covid. Le corps comme lieu de tous les dangers, de toutes les menaces… alors qu’il avait déjà plus ou moins disparu.

Alors la semaine dernière, on s’est dit qu’il fallait commencé tôt pour avoir le temps de finir le sol de la salle d’eau, avant le déjeuner. On s’est dit que l’on allait être sur le chantier à 7 h 30. Une grande matinée pour découvrir et peaufiner la pose du carrelage. On avait tout prévu. Le matériel, la gourde d’eau, la radio.

Tout prévu, sauf qu’au bout de trente minutes, on a ressenti une douleur qui s’est manifestée avec insistance, qui s’est généralisée à tout le corps. On ne passe pas de l’écran de l’ordinateur à la maçonnerie, par un clic de souris. Poser du carrelage est particulièrement éprouvant pour les genoux, pour le dos et pour les bras qui tiennent à distance les carreaux à placer.

Au bout d’une heure de pose, on s’est relevé. On a soufflé, prenant conscience de quelque chose de simple, de très simple. Que l’on n’est pas seulement une tête pensante, un doigt à clic et un regard attentionné. On est aussi un corps, et ce corps, il faut l’entretenir, le soigner, le protéger, si l’on veut qu’il nous porte encore un moment. Ce corps, il nous appartient et il faut tout simplement l’aimer.

Anniversaire déconfiné

Anniversaire déconfiné

« Ça me fait vraiment plaisir que vous soyez tous là, pour mes 50 ans ! » On redoutait un peu les dîners entre amis, trois semaines après le déconfinement. À se demander comment on allait gérer les masques, les distances de protection, les gestes barrières. On allait être combien ? Dix, vingt, peut-être plus ?

Dans cette grande maison de Bagnolet, on était habitué à se retrouver à plus de cinquante, mais ce soir, beaucoup ont décliné l’invitation de Joëlle, par peur du nombre, par peur d’attraper quelque chose !

Dès notre arrivée, le bonjour est à distance, signe de la main pour certains, sourire complice, salut du coude pour d’autres. Tout se passera sur la terrasse, barbecue dans un coin. « Allez, c’est l’apéro ! » Et les premières remarques. « Non mais là, si tout le monde pioche dans le bol d’olives avec les doigts ou utilise le même couteau pour tartiner la tapenade, on est bon pour le Covid ! »

Julien qui s’est occupé de la viande de porc frottée au piment d’Espelette surveille la braise, et tout le monde s’installe à table. Rapidement, les discussions s’électrisent au rythme des déplacements des bouteilles de vin, qui passent de main en main. On trinque encore et encore, les verres s’entrechoquent. « Ça va, non ? On peut trinquer !» « C’est pas très gestes barrières, tout ça ! »

« Non, je ne suis pas macroniste, tu retires ce que tu viens de dire ! ». Les chaises se rapprochent, les confidences à l’oreille, tenir la main de l’autre, lui taper l’épaule. Troisième tournée de travers de porc agrémentés de merguez que l’on mange comme des biscuits à la cuillère. Et là, réaction d’Adeline : « Je ne m’étais pas rendu compte avec le confinement que j’étais devenue presque végétarienne. Qu’est-ce que c’est bon, la viande, avec un grand verre de rouge ! »

On change de place pour parler avec Joëlle. « Non mais François, ça ne va pas du tout. Tu es en train de manger dans l’assiette de Christophe, et avec ses couverts en plus ! »

Et le gâteau arrive, que tout le monde applaudit, en chantant « happy birthday ». Champagne ! On embrasse Joëlle, on se prend dans les bras, quel plaisir, mais quel plaisir de se retrouver. Et les discussion repartent jusque tard dans la nuit.

Il faut rentrer et l’on remet le masque que l’on avait déposé près de la porte. Sauf qu’en arrivant à 20 heures, on avait un masque avec une gazelle bleue et qu’il n’en reste plus qu’un avec des fruits rouges. Sans doute celui de Régis… qui est parti avec le nôtre sur le nez !

La longueur des cheveux

La longueur des cheveux

Depuis le 11 mai, les héros du confinement ont passé le relais aux véritables sauveurs du déconfinement, les coiffeurs !

En première ligne et bravant le danger de l’épidémie de Covid-19, il y a eu les héros du confinement. Sans eux, rien n’aurait été possible durant ces 55 jours. Médecins, infirmières, commerçants, caissières, éboueurs, taxis, livreurs de repas… Depuis le 11 mai, ils ont passé le relais aux véritables sauveurs du déconfinement, les coiffeurs !

Fin avril, quand le président de la République a annoncé la date de sortie, nombre de Français ont décroché leur téléphone pour prendre rendez-vous.

« — Oui, bonjour Sophie, comme je suis contente de pouvoir vous parler. Je souhaiterais prendre rendez-vous pour le lundi 11 mai, au matin. Comment ? Ça ne va pas être possible avant le samedi 16 à 18 heures ? Mais Sophie, vous ne vous rendez pas compte, ma couleur est catastrophique, je ne peux pas sortir comme ça ! »

En quelques semaines, tout le monde a mesuré l’importance d’une profession souvent ignorée, pour ne pas dire, moquée. Ce n’est pas complètement « Startup nation » et économies numériques que de se pencher sur les mèches, les franges et le brushing de madame Parmentier.

En temps normal, le cheveu, c’est un million de Français qui se rendent, chaque jour, chez leur coiffeur. C’est le deuxième secteur de l’artisanat, après le BTP.

Durant 55 jours, certains ont été tentés de braver les interdits, en se lançant dans la pratique intuitive des ciseaux avec quelques catastrophes en vue. Rien n’y a fait, la coloration pour les nuls, le tuto frange, ou le tuto tondeuse à pratiquer avec parcimonie…

Le cheveu, c’est deux centimètres par mois, donc logiquement après deux mois, c’est comme une pelouse qui n’a pas été tondue. L’oreille qui était toujours bien dégagée s’est retrouvée engloutie sous le poil.

Chez les hommes, c’est souvent une question de dignité, voire d’identité. Pour tout ceux qui travaillaient en vidéoconférence, cela tournait à l’humiliation, à chaque connexion Zoom. Côté femmes, avec quatre centimètres de repousse, la moitié des blondes sont quasi devenues brunes, faute d’entretien de la couleur.

Le 11 mai au matin, c’est toute une vie sociale qui a repris.

« Oui, bien sûr, le confinement, la privation de liberté… mais moi je vais vous dire, ce qui m’a le plus manqué, c’est de parler avec ma coiffeuse. Ça fait plus de quinze ans que tous les vendredis, je parle avec Sophie, elle connaît tout de ma vie… c’est un peu ma psychanalyste à moi ! »

Le monde d’après…

Le monde d’après…

Ça y est nous y sommes, les 55 jours de confinement n’étaient finalement qu’un sas de transition, une sorte de palier de décompression pour enfin pouvoir découvrir… le monde d’après, the world after.

Dimanche 10 mai, pour les applaudissements de 20 heures, ce fut plus long que d’habitude. Les voisins du 32, qui ont mis en musique tous les 20 heures du confinement, ont passé le tube “Born to be alive” de Patrick Hernandez. Comme un signe, un mantra, “naître pour être vivant, pour vivre !”… 1978, c’était les années Palace, les années festives, l’insouciance et l’euphorie où tout était possible. C’était avant les années sida qui engloutiraient cette joie de vivre. Lundi 11 mai, au premier soir du déconfinement, pas d’applaudissements aux fenêtres, pas de disco pour soutenir le personnel soignant. Il faisait même un peu frisquet à 20 heures.

On nous a vendu l’espoir, la solidarité, l’attention à l’environnement, la décroissance à portée de main et l’on découvre l’inconnu et l’incertitude, comme dans “Le Prisonnier” (The Prisoner), cette série télé anglaise culte de la fin des années 1960 que l’on regardait enfant. Un ancien agent des services secrets britannique se retrouvait dans un village aseptisé, ressemblant au monde extérieur mais dont il ne pouvait pas sortir. Chacun se saluait poliment d’un “Bonjour chez vous”.

Dans notre monde d’après, masqué de près, une expression flotte en permanence au-dessus de nos têtes, comme un étendard : distanciation sociale. « Vous pouvez faire ce que vous voulez, dés lors que vous vous tenez à distance des autres. On va bien évidemment vous y aider, en mettant au sol des marquages matérialisant ce mètre indépassable. » Oui, bien sûr, et pourtant, ce mot nous met mal à l’aise. Car il ne s’agit pas vraiment de distanciation (comme au théâtre) et elle n’est pas sociale. Distanciation sociale qu’on le veuille ou non, c’est très différent d’“éloignement physique” qui aurait été sans doute plus juste. C’est le mot social qu’on ne comprend pas ou plutôt si, on a peur de comprendre ce que l’on voit, depuis le début de cette pandémie : une accentuation des inégalités. Car s’il y a une chose qui a vite émergé de ces 55 jours, c’est le besoin des autres, le besoin d’être ensemble et l’attention portée à tous.

Lundi soir, avant la fermeture du Monoprix, on est passé chercher quelques bières pour retrouver des potes. Et là, grosse surprise, le rayon chips et cacahuètes était entièrement vide. Beaucoup, beaucoup plus rassurant sur la nature humaine que les rayons vides de PQ, au mois de mars !

Gros plan sur une poignée de main.
Tout ça a commencé par une poignée de main

Tout ça a commencé par une poignée de main

La pandémie de Covid-19 remet en cause la poignée de main. Mais quelle est l’origine de ce geste de salutation ?

Et dire que tout ça a commencé par une poignée de main. Une chauve-souris, un pangolin, un mec qui se cuisine un ragoût. Qui rencontre quelqu’un, le lendemain, pour du business et qui lui serre la main. Le début de la pandémie de Covid-19.

Mais ça vient d’où, la poignée de main ? Car ce n’est pas commun à toutes les cultures et beaucoup sur la planète préfèrent garder une distance : se saluer sans se toucher. Et ça remonte aux temps anciens. À la légende !

À l’origine, on pratiquait la poignée de main pour prouver à l’autre que l’on venait sans arme dans la main, une façon de montrer sa bonne foi. Cela permettait également de vérifier que l’autre ne cachait pas un poignard dans sa manche. Et pendant des siècles, ce geste de salutation ne sera réservé qu’à la diplomatie et à la politique.

Et c’est très tard, au XIXe siècle, dans le monde paysan, que ce geste s’est démocratisé, en devenant un geste de négociation, au quotidien. « Tope là pour ce bœuf. D’accord pour cette remorque de blé d’hiver ! ». Un signe qui permettait de se mettre à l’égal de l’autre, en confiance, une façon de congratuler l’autre. Ce n’était plus une révérence hiérarchique comme avant. Avec ce geste, l’égalité républicaine prenait le dessus.

Pourtant, dans de nombreuses cultures, ce rapport à l’autre n’est pas si évident. Il y a des civilisations de contact entre les individus et des civilisations de la distance. Dans beaucoup de cultures asiatiques, les salutations se font sans aucun contact, les personnes placent leurs mains près de leur visage. En Inde, le namasté (« Je m’incline devant toi » en sanskrit) se fait les mains jointes au niveau de la poitrine. En Thaïllande, le wai sert de salutation autant que de remerciement. Plus les mains sont hautes, plus le respect témoigné est important. Au Japon, c’est une courbette dont la hauteur varie selon le statut de l’interlocuteur.

La poignée de main est une formule intermédiaire, on garde une certaine distance avec l’autre, 80 cm, 1 mètre, tout en établissant un contact physique limité à une partie du corps.

Avec le commerce et la mondialisation au XXe siècle, la poignée de main s’est imposée dans les échanges. L’Asie est devenue un continent puissant économiquement. Un partenaire avec lequel la négociation est rude. Les Chinois, les Coréens ont, petit à petit, tendu la main vers l’autre. Tout ça a commencé par une poignée de main.

Tous les soirs à 20 heures

Tous les soirs à 20 heures

A 20 heures, à sa fenêtre, on applaudit pour soutenir le corps médical, face à la pandémie de Covid-19. Tiens, on n ‘a pas toujours pensé au personnel soignant…

Il a fallu quelques heures, le soir même du début du confinement, le 17 mars, pour que cela devienne un rituel…

Il a suffi d’un message sur Twitter, #OnApplaudit, pour que chacun ouvre sa fenêtre à 20 heures et acclame, durant plusieurs minutes, tout le personnel hospitalier qui est en première ligne dans le combat contre le Covid-19.

Les premiers de cordée, les vrais, ce sont tous ces acteurs du corps médical qui tiennent les digues, depuis trois semaines, pour que la vague de malades les plus graves n’emporte pas tout sur son passage. Sur Twitter, une infirmière : « J’ai vu vos vidéos, et ça m’a incroyablement touchée. Merci pour nous. Prenez soin de vous. »

L’initiative est née en Italie, un pays qui vit un véritable drame avec la pandémie de coronavirus. Dés les premiers jours de mars, les Italiens, debout sur leurs balcons, entonnaient l’hymne national. Cette initiative a ensuite été reprise partout dans le monde, de l’Espagne à la Turquie, en passant par l’Argentine et la Serbie.

« C’est tout ce que je peux faire, rester chez moi, et à 20 heures me mettre à la fenêtre avec mes enfants et applaudir, applaudir toutes ces personnes dévouées qui sont en première ligne. »

Applaudir à sa fenêtre, c’est aussi l’occasion, quand on est resté cloîtré chez soi, de découvrir ses voisins de l’immeuble d’en face, même de loin. Cela fait du bien. On s’entend, on se voit, et d’un soir à l’autre, on se reconnaît. C’est un bras tendu vers le voisin d’en face, sans danger et sans risque.

C’est peut-être aussi ça, le paradoxe. On ouvre sa fenêtre autant pour le corps médical que pour soi, pour se rassurer de ne pas être seul. On applaudit quand il y a un vis-à-vis. On applaudit dans les villes, très peu dans les campagnes françaises.

Sur Twitter, une autre infirmière : « Tant mieux s’il y a une prise de conscience sur ce que vivent les soignants depuis des semaines, mais, malheureusement, les applaudissements à eux seuls ne feront rien contre le virus. L’urgence, c’est juste de rester tous chez vous, en applaudissant si vous voulez. Si vous voulez sauver des vies, nos vies et les autres : restez chez vous ! »

Alors évidemment, on a vu passer un autre tweet, « pour toi qui vote Macron et qui nous applaudis à 20 heures », avec quatre aides-soignantes faisant un doigt d’honneur…Le détournement politique d’un cliché, où à l’origine les quatre jeunes femmes faisaient un doigt d’honneur au Covid-19.

On habite le 11e à Paris. Lors de l’élection présidentielle de 2017, Macron a remporté 92,69 % des suffrages au second tour, avec l’appui de LR et du PS. Un beau score pour ceux qui détruisent méthodiquement les services publics depuis des années. On va quand même ouvrir les fenêtres ce soir, on votera mieux la prochaine fois.

SOS pangolin

SOS pangolin

L’origine de la pandémie de covid-19 ? Le pangolin infecté par la chauve-souris ? La Chine a dû interdire la consommation de tous les animaux sauvages…

Alors c’est quoi cette histoire de pangolin, de chauve-souris et de bestiole qui pourraient être à l’origine de la pandémie de covid-19 ?

Une chauve-souris enragée, un manoir lugubre, une nuit de pleine lune, un pangolin mâle, le sang et puis le hululement des chouettes. En Chine, pas dans les Carpates. En Chine, où l’on mange tout et n’importe quoi, comme nous autres Français avec nos assiettes d’escargots, de grenouilles et d’andouillettes. Arrive Tchang qui descend de sa voiture (oui, Tchang, comme dans « Le lotus bleu » et « Tintin au Tibet »). Il vient d’appeler deux investisseurs avec lesquels il a monté un business d’export de jouets qui a franchement cartonné, Noël dernier.

Pour fêter ça, Tchang a une idée en tête, un ragoût de pangolin arrosé d’alcool blanc. Sauf que le pangolin, encore faut-il le trouver. Cet animal sauvage est protégé, car menacé d’extinction. C’est donc à un intermédiaire, en contact avec des braconniers hongkongais, que Tchang s’est adressé. Le pangolin, c’est l’animal le plus braconné au monde.

Entre 500 000 et 2,7 millions de pangolins sont capturés, chaque année, dans les forêts d’Asie et d’Afrique. Cette espèce de dinosaure couvert d’écailles, les Chinois, ça les rend complètement dingues, comme en Afrique la viande de brousse, le singe par exemple, ou bien chez nous, le gibier, lièvre, sanglier, chevreuil.

Dans le pangolin, les Chinois mangent tout, absolument tout. La viande, en fricassée ou longuement cuisinée en sauce. Les écailles, certains en font des bouillons, pendant que d’autres les transforment en poudre pour leurs pouvoirs aphrodisiaques et leurs qualités médicinales supposés. Le sang également, aux vertus anti-inflammatoires et anticoagulantes, que l’on boit allongé d’alcool. Et même les fœtus, recherchés par les médecins. Enfin la langue, plus longue que le corps de l’animal, ça c’est le must.

Les prix sont délirants, le kilo de viande de pangolin se négocierait à plus de 1 000 dollars. Et Tchang en a trouvé presque un kilo, c’est quasi inespéré. Car début janvier, une rumeur a commencé à courir, ce petit animal aurait pu servir d’hôte intermédiaire dans la pandémie de coronavirus. Un schéma classique : une chauve-souris qui mord un pangolin qui transmet à l’homme. Et en quelques jours, c’est toute la région de Wuhan qui se retrouve infectée. C’est l’effet papillon doublé de l’effet pangolin.

Fin février, la Chine a annoncé l’interdiction de la vente et de la consommation de tous les animaux sauvages. Le comble, c’est peut-être le covid-19 qui va sauver le pangolin de l’extinction !

En attendant, Tchang vient de laisser un message codé très court à ses deux associés. Hors de question de laisser des traces :  GALOPINN_21h.

Rat des villes, rat des champs

Rat des villes, rat des champs

Suite au confinement dû au Covid-19, des milliers de citadins sont partis se réfugier à la campagne. La cohabitation avec les locaux n’est pas facile.

Il n’a pas fallu attendre longtemps, pour constater que la crise sanitaire, due à la pandémie de Covid-19, était un incroyable révélateur de notre société.

Sitôt la confirmation du confinement annoncée par le président de la République, on a vu une partie des Français ranger leurs affaires et partir se réfugier dans leurs résidences secondaires. Par la route ou par le train. Ces privilégiés ont fui les grandes agglomérations, Paris mais aussi Lyon, Bordeaux, Nantes, suivant les recommandations anciennes d’Hippocrate, le père de la médecine : “En cas d’épidémie, partir vite, loin, longtemps et revenir tard !”

En région parisienne, c’est environ un million de Franciliens qui ont déserté.

L’exemple de Belle-Île-en-Mer est confondant. Une île où aucun cas de Codiv-19 n’était signalé avant l’annonce officielle et qui voit débarquer le mardi 17 mars, environ 600 Parisiens. En quelques heures, ils vont vider les supermarchés et remplir leurs congélateurs. Le Carrefour Contact du Palais, la commune principale de l’île, a multiplié son chiffre d’affaires par quatre. Effrayés, beaucoup de locaux craignent qu’en cas de crise, le modeste hôpital soit complètement engorgé. Et le lendemain, de voir les parisiens préparer les vélos pour faire de belles balades à travers l’île. Des pique-niques sur les plages…

Malgré la douceur printanière, les invectives ont vite fleuri sur les comptes Facebook d’insulaires en colère : « Rentrez chez vous », « Vous nous apportez le virus », « Allez passer vos vacances ailleurs », « Vous allez saturer nos hôpitaux ». Sur l’île de Noirmoutier, ce sont les voitures immatriculées 75 qui en ont fait les frais… les quatre pneus crevés.

La semaine passée, à Belle-Île, le maire du Palais assurait que, après quelques jours de vives réactions « les tensions étaient un peu retombées ». Les contrôles policiers se sont renforcés et la prise d’arrêtés municipaux interdisant l’accès aux plages, promenades à vélo a permis à chacun de retrouver le calme et la raison.

Une mère de famille du 11e arrondissement parisien assure qu’« il n’est pas question pour nous de venir ici pour contaminer quiconque. Depuis notre installation, on se calfeutre, en profitant du jardin le matin, quand le soleil donne sur la terrasse. Mais regardez, les hortensias sont magnifiques ».

À Kergolay, à l’est de l’île, on a appris qu’un musicien professionnel venu de la capitale, un joueur de cor d’harmonie, s’était vu signifier par son voisin électricien que « le cor de chasse à 20 heures, ce n’était pas possible, que les gens sur l’île ont besoin de calme ! On n’est pas à la Philharmonie ici. »

L’autre voisin parisien de notre musicien est par contre, lui, aux anges, pour savourer le calme du confinement.

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