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Pauses by Noise

Retrouvez-nous, chaque jeudi, pour une nouvelle Pause by Noise.

Blablabla le colibri

Blablabla le colibri

On en était resté à la légende amérindienne du colibri racontée par l’essayiste et romancier Pierre Rabhi. Du tout petit oiseau qui, au milieu d’un feu de forêt, apportait une goutte d’eau dans son bec. Et le tatou de lui dire : « Mais ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre les flammes ! » Et le colibri de lui répondre : « Oui, je sais, mais je fais ma part ! » On doit bien l’avouer, on trouvait tout cela plein de bon sens.

L’autre jour, on tombe par hasard sur une interview du chanteur Julien Doré qui répondait à une journaliste de France Bleu Gard Lozère. « Alors Julien, c’est quoi votre petit geste du quotidien, pour sauver notre planète ? »

Et l’on se dit que le chanteur au tatouage d’épaule “Jean d’Ormesson” va sans doute évoquer notre histoire de colibri, la fable, tant de bienveillance, « ma goutte d’eau à moi »… sauf que non, pas du tout !

« Je pense que le cynisme, il se situe exactement là. C’est-à-dire que mon petit geste quotidien, on s’en fout ! L’idée, c’est simplement de se dire que pour la plupart des systèmes politiques de notre époque et dans de nombreux pays qui auraient la possibilité de changer les choses, eh bien, les choix qui sont faits par ces gens qu’on a choisis sont axés sur le fait de nous culpabiliser, nous, au quotidien, et de nous dire d’une certaine façon que c’est précisément la faute de chacun des individus, si nous en sommes là et si nous ne pouvons rien faire. »

Alors, on se dit que la belle histoire du petit oiseau a du plomb dans l’aile. Qu’effectivement, dès que l’on réfléchit un tout petit peu, on constate que les États inactifs se dédouanent largement de leurs responsabilités, pour mettre la pression sur les citoyens. « Non, mais là, faut vraiment penser à la gourde. Les bouteilles en plastique, c’est juste plus possible ! »

Plutôt que de légiférer pour changer le système et le réguler, les États culpabilisent les individus, tout en laissant le champ libre aux véritables pollueurs de l’environnement. « Hé, dis donc, toi, tu ne débranches pas ta box quand tu pars en week-end ? Tu sais que ton comportement détruit la planète ! »

Greta Thunberg ne dit pas autre chose, elle ne demande rien aux citoyens, mais accuse avec force et arguments les gouvernements de ne rien faire. « Rien, vous ne faites rien, que du blabla… des mots qui sonnent bien, blablabla. » Le capitalisme ultralibéral épuisera la planète jusqu’au bout, c’est sa nature.

On avait commencé, ce week-end, à construire un bac à compost pour les épluchures, on va peut-être penser à descendre dans la rue.

Baskets suspendues

Baskets suspendues

Dans la rue, tu lèves la tête et à chaque fois, tu te poses la même question : « Mais c’est quoi, ces paires de baskets accrochées aux fils électriques ou téléphoniques ? »

Le phénomène est apparu aux États-Unis vers l’an 2000, avant qu’il n’arrive dix ans plus tard en Europe, d’abord en Allemagne puis en Espagne. Depuis, on parle de “shoe tossing” ou “shoefiti”.

« T’as pas compris ? C’est pour délimiter une zone de deal ou encore une “crack house” dans un quartier ! » Il y aurait même des codes couleurs en fonction des coloris des chaussures qui pendent. Des chaussures qui signaleraient une boutique de crack ? Tout ça paraît hasardeux. En fin de compte, il y a autant d’explications que de chaussures suspendues. Certaines… très saugrenues.

« C’est comme un rite de passage, la fin d’un cycle d’études. Ou, par exemple, quand une fille a perdu sa virginité, elle lance ses chaussures en l’air. »

« T’as un mec qui vient de se faire agresser en pleine nuit et on lui enlève ses chaussures pour qu’il ne puisse pas courir. »

À Los Angeles, d’après la légende, les chaussures sont tachées de sang et appartiennent à des membres de gangs décédés dont on a voulu honorer la mémoire.

Encore une autre piste : des skaters viennent d’acheter une nouvelle paire de sneakers. Alors, comme un trophée, ils lancent en l’air leurs vieilles pompes bien usées, après avoir attaché les lacets entre eux.

Et pourquoi pas des performances artistiques, une forme de street art ? En 2010, le documentaire australien « The Mystery of Flying Kicks » s’est intéressé à cette énigme, sans vraiment la résoudre.

À ce stade d’interrogation, on pencherait pour l’idée de marquage. Comme un tag, un graffiti. Plutôt que de bomber ta signature sur un mur, tu récupères des baskets pour marquer ton territoire. Genre “j’étais ici”. Certains laissent un mot sur la semelle. On a tous fait ça, enfant, quand tu lances un chewing-gum au plafond en espérant qu’il se colle. Eh bien, c’est pareil.

C’est peut-être Tim Burton et son film « Big Fish », en 2003,  qui nous a donné une explication poétique. C’est l’histoire d’un village où tout le monde était pieds nus, car les habitants avaient lancé leurs souliers sur les fameux fils électriques. Plus besoin de chaussures, puisqu’ils avaient trouvé le lieu où ils souhaitaient vivre. Ils désiraient ainsi abandonner leur vie passée pour en construire une nouvelle… sans avoir besoin d’être chaussés.

Le fantôme de Christo

Le fantôme de Christo

« Vous savez quoi ? Ce week-end, je suis allé voir l’Arc de Triomphe empaqueté. » Et Régis, d’aller se chercher un café, avant de nous raconter sa découverte du dernier projet posthume du couple d’artistes. Le monument parisien a été entièrement recouvert de 25 000 mètres carrés de bâche argent légèrement bleutée. Le tout ficelé par 3 000 mètres de cordage rouge. Coût de l’opération, 14 millions d’euros, autofinancée. L’installation ne dure que deux semaines, pas plus.

Et Régis de continuer. « — Ce qui est étonnant, c’est que je l’avais complètement oublié ce monument, je ne l’ai même jamais visité. Et là, le fait qu’il soit enveloppé, c’est très intrigant… je me suis retrouvé devant à me dire : “Mais qu’est-ce qu’il y a dessous ?”

Christo préférait “empaquetage” à “emballage”. Car, pour lui, dans ce mot, il y a l’idée du voyage, du déplacement, quelque chose de fugitif et de nomade…

« L’été dernier, continue Régis, j’ai découvert au Centre Pompidou, l’expo consacrée au projet du Pont-Neuf, en 1985. Des salles et des salles de croquis préparatoires, une grande maquette. Mais ce qui m’a fasciné, c’est le film documentaire retraçant l’histoire du projet, la détermination et l’énergie qu’il faut pour faire exister son rêve. »

Cela faisait soixante ans que Christo souhaitait empaqueter l’Arc de Triomphe. Cela faisait soixante ans qu’il remuait ciel et terre pour aller au bout. On a dû lui dire mille fois que son projet ne tenait pas. Pourtant, il a réussi à convaincre tout le monde, il y a deux ans, les politiques, les officiels. Le président Macron avait dit oui. Mais Christo est mort, le 31 mai 2020. Et le Covid-19 a repoussé l’installation d’un an.

« Maintenant, si ça me parle ? C’est autre chose reprend Régis. Il ne faut pas se poser trop de questions, d’ailleurs Christo et Jeanne-Claude, ils ne parlaient pas trop concept ou théorie, rien de très politique. D’ailleurs, autour de l’Arc de Triomphe empaqueté, il y a plein de médiateurs culturels avec des blousons bleus siglés “L’Arc de Triomphe, Wrapped”. Oui, ça sent bon le marketing. Ils n’expliquent pas vraiment, ils te disent en gros qu’ils trouvent ça beau ! »

Christo déclarait que l’Arc de Triomphe « serait comme un objet vivant qui va s’animer dans le vent et refléter la lumière. Les plis vont bouger, la surface du monument va devenir sensuelle ». Il semble qu’il ait raison. Les promeneurs ont les yeux en l’air, ils prennent plein de photos. Beaucoup parlent entre eux. Il y a même un côté apaisant pour un dimanche en fin de matinée, sans masque, tranquille.

Les rangements de la rentrée

Les rangements de la rentrée

C’est quand on a remis les Birkenstock dans le placard, que la question du rangement est revenue. Un peu comme la migration des oiseaux. Comme un boomerang. À chaque rentrée de septembre, on se retrouve à faire le même constat : « Mais pourquoi mon appartement ressemble à un entrepôt ou à une boutique de brocanteur ? »

Le sentiment d’être envahi par tout ce que l’on accumule. « Alors comment m’y prendre pour remettre de l’ordre ? » Et là, on s’est tourné vers la grande prêtresse, la star internationale du rangement, Marie Kondo et son best-seller “La magie du rangement”. Un livre pratique paru en 2011 et vendu à plus de six millions d’exemplaires dans le monde. Tout a été très vite pour l’experte japonaise, ensuite. En 2015, elle est entrée dans le classement du Time magazine des 100 personnalités les plus influentes. Gros, très gros besoin de rangement partout sur la planète !

L’entassement, l’accumulation… on finit tous par s’interroger. « Comment trier ? Qu’est-ce que je vais jeter ? Par où commencer ? » Pourquoi, par exemple,  ce besoin de garder des piles de livres qu’on ne lira sans doute jamais ? « Mon rapport aux objets, aux souvenirs, à mon enfance. Et mon père qui gardait tout, “Ça peut toujours servir” ! Qu’est-ce que ça dit de moi ? » Logiquement, soit tu commences une longue analyse qui va te coûter cher, soit tu te plonges dans l’ouvrage de Marie Kondo à 17,95 € et tu te dis que tu es peut-être sur la bonne voie.

Pour faire simple, la spécialiste nippone recommande de ranger par catégories et non pièce par pièce. De faire des piles : à donner, à vendre, à conserver. « Mettez vos affaires au centre du salon comme pour provoquer un choc, là, sous vos yeux ! » Marie Kondo invite à ne garder que les objets qui “parlent au cœur” et de jeter ceux qui ne suscitent plus la joie.

« C’est là que ça commence à devenir compliqué, car bien évidemment que cette pile d’anciens numéros d’Actuel des années 1970, elle me parle au cœur. C’est quasi un monument historique. Mais pour le coup, je peux les donner, ils continueront à vivre ailleurs que dans mon appart ! »

Souvent le bazar, on l’organise, on le met en scène pour que rien ne puisse bouger. On déplace le problème en rachetant une étagère, on trouve de la place à la cave ou ailleurs. Marie Kondo préconise que pour ranger efficacement, il n’y a que deux actions qui sont essentielles : 1, JETER et 2, DÉCIDER où mettre les choses à conserver. C’est aussi simple que cela. Et de ces deux actions, il y en a une qui va vraiment changer le quotidien et qui vient en premier : c’est jeter.

L’effet magique de tout cela, c’est qu’après un rangement bien organisé, on devient attentif à ce que l’on achète. Un petit regret pourtant, cette couverture d’Actuel “La révolution pour le plaisir”, qu’est-ce que c’était bien !

Des coups de coude qui influencent beaucoup…

Des coups de coude qui influencent beaucoup…

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, les gouvernements européens ont fait appel à des nudge units, des cellules spécialisées dans la mise en place de nudges. Mais c’est quoi un nudge ?

Aux premiers jours du confinement, on a vu apparaître des lignes blanches au sol indiquant les distances à respecter dans les files d’attente, ou bien de grands ronds blancs sur les quais de métro ou dans les gares. Ces signes d’incitation agissent sur nos comportements. Le plus connu est la fausse mouche collée au centre des urinoirs pour inviter à viser dessus, ce qui évite les éclaboussures.

Le nudge, c’est une méthode d’influence de l’économie comportementale, qui a été théorisée aux États-Unis, en 2008. Elle s’appuie sur un constat simple : nos choix ne sont jamais complètement rationnels. On prend rarement les meilleures décisions pour nous-mêmes. Ça peut paraître bizarre, mais on est influencé par des biais cognitifs qui nous font souvent préférer le statu quo. On n’aime pas trop changer nos habitudes.

Et souvent, on aime bien faire comme tout le monde. Quand dans ma chambre d’hôtel, il y a un sticker qui précise que « 75 % des clients réutilisent leurs serviettes », eh bien je vais faire comme eux.

Les nudges s’appuient sur ce mécanisme. C’est un peu comme un GPS qui nous indiquerait quel est le meilleur itinéraire à prendre, même si je peux choisir une autre route. D’où le nom de nudge, qui veut dire « coup de coude » en anglais. Le coup de coude que l’on donne à un proche pour qu’il fasse attention à ce qu’il dit ou ce qu’il fait.

Plutôt que de mettre un grand panneau sens interdit au bout du quai du métro, on le remplace par un panneau Sans issue qui est beaucoup plus dissuasif que l’interdiction. On explique aux usagers que la sortie, ce n’est pas par là et ça fonctionne.

« Ça ressemble à de la pub ou du marketing, tout ça. C’est le 9,99 € plutôt que l’étiquette à 10 €. Mais alors, est-ce de la manipulation ? » On la frôle, mais en douceur. C’est une forme de paternalisme. « Puisque les individus ne font pas toujours les bons choix, nous allons les orienter vers ce que l’on considère être la bonne option pour l’intérêt général. »

La nouveauté, aujourd’hui, c’est que ce sont les gouvernements qui s’emparent des nudges pour leurs politiques publiques. Les annonces du type « Vous êtes déjà plus de 20 millions à avoir téléchargé l’application TousAntiCovid » sont des nudges. Si 20 millions de Français l’ont téléchargée, c’est qu’il faut le faire.

Pour beaucoup, le nudge deviendrait la solution idéale à la gouvernance de crise. Et comme la société enchaîne les crises sanitaires, politiques, économiques ou sociales, la question se pose : ces techniques d’influence sont-elles appelées à remplacer la démocratie ?

Le retour du rouge à lèvres

Le retour du rouge à lèvres

Depuis la fin du port obligatoire du masque en extérieur, on a vite senti comme un air de liberté dans la rue.  On a alors redécouvert quelque chose de quasi oublié depuis un an et qui est l’une des victimes collatérales du Covid-19… le rouge à lèvres.

Ce sont les boutiques de cosmétique qui avaient tiré le signal d’alarme assez rapidement, au printemps 2020. En quelques semaines, elles avaient vu les ventes de rouges à lèvres s’effondrer de près de 50 %. Tout ce qui était maquillage des yeux, fard à paupières, eyeliner et mascara résistait bien, mais le rouge à lèvres, lui, n’était plus un incontournable.

A la fin du XIXe siècle apparaît le premier bâton de rouge à lèvres à base de cire à bougie. La grande tragédienne Sarah Bernhardt se peignait les lèvres en permanence. Porter du rouge s’apparentait alors à une déclaration d’indépendance et d’audace.

Le rouge à lèvres moderne, tel qu’on le connaît aujourd’hui, est créé dans les années 1920. Les femmes l’adoptent vite et durant la grande dépression des années 1930, aux quatre coins du globe, elles ont continué à en mettre. C’était même une priorité parmi les gens modestes, pour lutter contre la morosité générale.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le rouge à lèvres devint un symbole de résistance et de patriotisme ! «Très tôt, on a su qu’Hitler détestait le rouge à lèvres de couleur rouge. En porter était comme un bras d’honneur au nazisme !»

Les années 1970 prennent de la distance avec le rouge à lèvres. Le féminisme et le mouvement Peace and love préfèrent le naturel. Il faudra attendre la fin de cette décennie et la déferlante disco avec notamment Donna Summer et son tube « I Feel Love » pour que le rouge devienne éclatant, brillant, festif. Sur les pochettes de disque, dans les vidéo-clips, en boîte de nuit…

Arrive la pandémie de Covid-19 du printemps 2020. Derrière les masques, les lèvres sont invisibles. Rapidement, les femmes se rendent compte que rouge à lèvres et masque sont incompatibles. « Avec les frottements du tissu, tu salis l’intérieur du masque et tu te tartines de rouge toute le bas du visage ! » Les femmes délaissent ce produit de maquillage.

Un an après, le rouge à lèvres revient et, surprise, sur les réseaux sociaux, on découvre une tendance pour la couleur orange avec le hashtag #orangelipstick. Comme s’il fallait marquer cette accalmie estivale de la pandémie, même brève, par une couleur lumineuse qui invite à l’optimisme et à la liberté.

Grosse illusion, grosse perte, grosse dépression

Grosse illusion, grosse perte, grosse dépression

La première fois que l’on a vu la publicité, on n’a pas bien compris. Sans doute, on ne faisait pas partie du public ciblé par « Tout pour la daronne ». Et pourtant, on ne peut pas dire que l’on a été pris par surprise.

À chaque match de l’Euro 2020, c’est une cascade de spots de pub pour les paris sportifs qui s’enchaînent, jusqu’à l’indigestion. Sans compter, dans les couloirs du métro, les nombreuses affiches pour les mêmes Winamax, Unibet, ou autre Betclic. La signature Winamax claque comme une punch line, « Grosse cote, gros gain, gros respect ».

Avec toujours les mêmes codes repérables à la première seconde : ambiance rap, couloirs d’immeubles tagués et mal éclairés, intérieurs avec un canapé défoncé à force de mater les écrans à longueur de journée. Mais également pizza quatre fromages, kebab et Coca, et la compagnie d’un pote, faire-valoir du parieur.

Il faudrait être aveugle pour ne pas identifier clairement la cible : le jeune de banlieue issu des minorités, qui sur un pari, accède à la richesse et au respect de tout son quartier.

La campagne « Tout pour la daronne », de Winamax, est un modèle du genre. Fin de soirée foot chez un jeune qui raccompagne sa mère dans le couloir. Et là, banco, il comprend qu’il vient de décrocher le jackpot. « Paris gagné » s’affiche sur l’écran de son smartphone.

La porte de l’ascenseur s’ouvre et sa mère se retrouve propulsée, telle une fusée qui traverse tout l’immeuble, jusqu’à s’encastrer dans la cabine Première classe d’un avion, vers une destination paradisiaque. Gros gain, gros ascenseur social, grosse reconnaissance du fils à l’égard de sa mère à laquelle il doit tout. « Tout pour la Daronne » !

Sauf que dans la vraie vie, ça se passe rarement comme ça. Selon l’Observatoire des Jeux en France, 70 % des parieurs sont des hommes de moins de 34 ans. Et deux tiers des mises seraient pariés par des joueurs appartenant à des milieux sociaux modestes, ayant un niveau d’éducation et des revenus inférieurs aux addicts des autres jeux.

Les ravages sont considérables. Car tout le monde l’a bien compris, derrière tout ça le but n’est pas de donner de l’argent, mais d’en prendre. Avec des dégâts collatéraux pour des jeunes convaincus que le jeu les sortira d’un milieu où ils cumulent les obstacles.

Contrairement à d’autres pays européens où les paris sportifs étrangers sont interdits, tout est autorisé en France depuis 2010. Grosse illusion, grosse perte, grosse dépression.

Citation de mon daron : « Les jeux d’argent ? La meilleure façon de gagner, c’est de ne pas y jouer ! » Gros Respect.

La loi de la jungle

La loi de la jungle

La loi de la jungle, vous connaissez ? Un pays en guerre ? Un concours de beauté ? Une compétition de natation ? Non, une piste cyclable dans le centre de Paris.  Je vais tenter de vous décrire l'ambiance.

Je roule tranquillement, sur une piste cyclable donc, en tenant bien ma droite. Tout à coup déboule comme un guerrier au plus fort de la bataille, plus rapide que l’éclair sur son fier destrier, un individu hurlant, sans doute pour intimider l’ennemi.

L’ennemi étant le piéton qui est engagé sur le passage du même nom, mais qui ne s’est pas rangé à temps. « On dégage, on dégage », hurle le guerrier ! Sitôt dit, sitôt fait, le malheureux piéton s’incline devant cette force sauvage et… dégage.

Cet incident me fait légèrement dévier de ma ligne droite et me décaler sur ma gauche. Au moment où je rentre dans le rang, une trottinette électrique lancée elle aussi à vive allure me double sur ma droite, tandis qu’une autre, montée par deux jeunes hilares, arrive dans mon couloir et fonce sur moi. Prise entre ces deux bolides, j’échappe de peu à la catastrophe.

Quelque peu sonnée, je reprends mes esprits, habituée que je suis à l’agressivité et au manque d’égards pour les autres que semble générer notre belle capitale. À peine remise, j’entends une sirène de police.

La voiture se rapproche de plus en plus, si j’en crois la densité sonore de la sirène. Je continue mon petit bonhomme de chemin. La sirène est maintenant tout près de moi, le son semble stagner. Je me retourne, la voiture de police est en fait derrière moi, sur la piste cyclable. Elle me frôle puis continue son parcours tonitruant.

La sidération me cloue sur place. Je lis dans le regard des cyclistes qui ont assisté à la scène, la même sidération. Manifestement personne ne savait que les véhicules de police étaient autorisés à emprunter les pistes cyclables à double sens.

En tout cas, ma désillusion est grande, moi qui croyais en l’éthique du cycliste, un être civilisé, à l’écoute des autres, toujours prêt à s’arrêter pour laisser passer son prochain, porteur d’une infinie mansuétude et que je voyais aussi comme le sauveur de l’humanité polluante.

Je dois pourtant regarder la réalité en face même si cela me fait mal : à cheval, en voiture, en trottinette ou à vélo, l’être humain reste l’être humain. Ce n’est pas sa monture qui le définit.

La longue route de Petit nez cassé

La longue route de Petit nez cassé

Tout ça a commencé au printemps 2020, quand 17 éléphants d’Asie ont quitté, sans raison particulière, leur réserve de Mengyangzi, une région chinoise frontalière du Laos et de la Birmanie. Ils ont pris la direction du Nord.

À ce jour, ils ont parcouru plus de 600 km, mais depuis début juin, ils semblent avoir fait une pause près de Kunming, une mégalopole de 8 millions d’habitants dans la province du Yunnan. Sur les réseaux sociaux, ce sont des millions de Chinois qui se passionnent pour le périple de ces éléphants rebelles.

On pense au film Le Livre de la Jungle de Disney et à la chanson La Patrouille des éléphants qui réveille le jeune Mowgli, quand les pachydermes défilent au son de leurs trompes !

« — Une, deux, une...

La patrouille des éléphants

S’achemine pesamment

La trompe en avant, les oreilles au vent

Et circule militairement ! »

Les villes chinoises, de la taille de Kunming sont très bien équipées en caméra de vidéo surveillance. Depuis quelques semaines, les éléphants sont suivis 24 heures/24 par des drones qui scrutent les moindres détails de leurs comportements.

Des images vidéo du week-end dernier montraient les pachydermes se promenant dans les rues d’un quartier, laissant derrière eux des arbres arrachés et des portes de garage endommagées. Des poules écrasées aussi.

Tout ça fonctionne comme un feuilleton de télé-réalité avec rebondissements, drames et moments de calme avant une nouvelle péripétie. Ce qui fascine les Chinois, c’est que ces animaux qui avancent lentement, sont loin d’être paisibles. On les a vu traverser des villes, la nuit… séquence animaux fantômes. Mais le lendemain, ils saccageaient des champs de maïs. Et puis, ce fut l’épisode du réservoir d’eau vidé en quelques minutes. Depuis le début de leur “balade”, ils auraient occasionné pour plus de 800 000 euros de dégâts et détruit 56 hectares de cultures.

Le casting est parfait. Il y a le chef, le paresseux, celui qui ne fait rien comme les autres, le distrait, le chouchou. Les Chinois ont donné un surnom à la troupe, Petit nez cassé, car l’un des jeunes éléphants a perdu une section de sa trompe.

Les scientifiques ne savent pas vraiment pourquoi ces grands mammifères se sont mis en tête de marcher vers le Nord. Certains évoquent un problème de nourriture, les plantes qu’ils mangent au quotidien étant remplacées par des cultures non comestibles pour eux.

Pour les autorités chinoises, le gros souci, c’est que l’éléphant d’Asie est protégé, inscrit sur la liste rouge des espèces menacées. Il n’y a pas grand chose à faire, sinon installer des barrages de camions, pour peu à peu rediriger la bande de Petit nez cassé, vers le Sud. Quelque 600 policiers ont déjà été mobilisés, sauf que rien n’y fait. Le troupeau poursuit sa longue marche vers le Nord et les images sont toujours aussi incroyables.

La saison 1 ne fait que commencer !

Pass manga

Pass manga

En général, le samedi, ça ne désemplit pas de la journée. La Rubrique à Bulles est une librairie parisienne de bande dessinée où, depuis un an, il faut souvent patienter sur le trottoir avant de pouvoir entrer, consignes sanitaires obligent. Mais la semaine dernière, on a découvert une multitude de cartons, des dizaines, soigneusement empilés devant la devanture.

Alors, on a discuté avec le vendeur. « C’est de la folie ! Depuis fin mai, on n’a jamais vu ça ! Des jeunes arrivent à la boutique avec des sacs à dos pour venir chercher tous les livres qu’ils ont commandés. Tenez, le dernier en a acheté pour 168  €. »

Regard dubitatif qui trahit notre incompréhension. « Mais enfin, vous avez bien entendu parler du pass Culture mis en place par le gouvernement ? Le ministère leur a dit : “Hé les jeunes, vous pouvez acheter des livres à volonté !” Alors, ils achètent des mangas par cartons entiers. Sur les réseaux sociaux, c’est la grande éclate… pouvoir poster une photo dans sa chambre avec une pile de mangas. C’est à celui qui aura la plus haute. Le pass Culture, c’est devenu le pass Manga. »

Quand le gouvernement a testé la formule dans une dizaine de départements, tout le monde a bien remarqué l’engouement pour la BD japonaise, mais personne n’avait anticipé. La crainte, c’était le numérique et les jeux vidéo. Le pass limite donc à 100 € la possibilité d’acheter des jeux. « Oui, bien sûr, cela va les forcer à regarder la programmation des cinémas, des théâtres et pourquoi pas de l’opéra. Mais personne n’a vu arriver la déferlante manga. »

À croire que les politiques vivent sur une autre planète… « Le jeune qui n’a pas accès à la culture et qui va aller voir Pelléas et Mélisande à l’Opéra Bastille, vous y croyez, vous ? »

On savait depuis quarante ans que les mangas étaient particulièrement appréciés en France : l’effet Club Dorothée des années 1980 et l’animation japonaise, Goldorak, Albator, Ulysse 31… Il suffit de jeter un œil aux classements des meilleures ventes de livres pour constater que les BD nippones sont toujours très bien placées.

Les médias en parlent peu, mais posez la question à un ado, la liste des incontournables est longue : One Piece, de loin le plus vendu, Dragon Ball, My Hero Academia, Naruto & Boruto, SNK (L’Attaque des Titans), Stone Ocean, Death Note, Kingdom, Bleach, Demon Slayer… et le succès du moment, le phénomène The Promised Neverland.

Depuis quelques semaines, c’est une grande vague d’Hokusai qui s’abat sur les librairies de BD. Au point qu’elles n’ont plus de stock. « Aujourd’hui, je passe plus de temps à réceptionner et à vider des cartons qu’à faire mon métier de libraire. J’ai juste l’impression d’être devenu grossiste dans une plateforme numérique ! »

Tic, tac, toc, t’as plus le ticket !

Tic, tac, toc, t’as plus le ticket !

C’est un petit morceau de carton que l’on a tous eu dans notre poche. Il va disparaître, à partir du printemps 2022. La fin d’une époque, la fin d’un geste, la fin d’un vrai symbole parisien. Histoire de préparer la venue de milliers de touristes pour les Jeux olympiques de 2024, la RATP annonce la disparition progressive du ticket de métro, au profit d’un titre de transport dématérialisé. D’abord, l’arrêt de la vente du carnet de dix tickets et à terme celle du ticket à l’unité.

Le ticket était apparu en juillet 1900 pour l’Exposition universelle, avec l’inauguration de la première ligne du Métropolitain, la ligne 1 qui traversait Paris porte de Vincennes-porte Maillot. Il s’en vendra 30 000 unités le premier jour.

À l’époque, il y avait trois tarifs et c’était déjà une histoire de couleurs. Rose pour la première classe, crème pour la deuxième classe et vert pour les allers et retours. Quelques années plus tard, le ticket prendra d’autres couleurs, havane pour la deuxième classe et vert pour la première.

Tout ça avec un poinçonneur en tête de quai qui venait faire un trou dans le petit morceau de carton. « J’suis l’poinçonneur des Lilas, un gars qu’on croise et qu’on n’regarde pas. » La chanson de Serge Gainsbourg fait alors rimer ticket de métro et Paris pour les touristes.

La fin des années 1960 est révolutionnaire : on colle une bande magnétique sur le carton. Le composteur automatique remplace l’homme qui faisait des trous, des petits trous, et bonjour les tourniquets.

En 1981, le ticket de la RATP relooké en jaune devient une star de la publicité avec la célèbre accroche « Tic tac toc, t’as le ticket chic, t’as le ticket choc ! » chantée par Richard Gotainer.

Dix années plus tard, la première classe disparaît. Trop peu de voyageurs. Et puis viendra le ticket vert jade, puis violet, bleu et enfin blanc tel qu’on le connaît, aujourd’hui.

« Quel est le prix d’un ticket de métro ? » Au moment des élections, les politiques auront toujours eu du mal à préciser le prix de ce marqueur de la vie quotidienne de millions de Franciliens.

Le métro parisien a battu tous les records de fréquentation en 2017 avec plus de 1,5 milliard de trajets effectués. Chaque année, c’est encore près de 550 millions de tickets qui sont vendus… et autant qui se retrouvent par terre à la sortie des stations.

Avec sa disparition, c’est nombre de petits gestes qu’il va falloir abandonner. Le ticket qui marquait la page d’un livre, qui faisait office de filtre à cigarette, qui servait à caler la table à la terrasse d’un café. Et le petit mot que l’on écrivait sur le ticket pour ne pas l’oublier !

Bullshit jobs

Bullshit jobs

« Qu’est-ce que tu fais comme job, depuis que tu es sorti de Sciences Po ? » On a senti comme un malaise, quand Régis a essayé de nous expliquer dans une langue devenue immédiatement complexe, un mélange d’anglicismes et de langage marketo-commercial, son quotidien professionnel.

« Et tu n’arrives pas définir ton boulot plus simplement, en une phrase ? » Un grand silence s’installe, comme un grand vide… « Oui, tu as raison, c’est un bullshit job, un job à la con et je ne parviens toujours pas à expliquer ce que je fais, six mois après avoir été embauché dans cette boîte de web marketing. »

Régis poursuit : « T’es boulanger, tu fais quoi ? Du pain. T’es déménageur, tu fais quoi ? J’arrive le matin dans un appartement plein, je repars le soir, crevé, quand il est vide, c’est simple et concret… Sauf qu’aujourd’hui, je suis incapable de répondre à ta question. »

Ils ont entre 25 ans et 30 ans, ils sortent tous d’écoles prestigieuses, ils sont des milliers à ne pas pouvoir donner du sens à leur travail. Des réunions qui s’enchaînent où tout le monde pratique une novlangue d’initiés qui ne trompe personne. Ils sont business developer, full stack engineer, digital project manager, strategic planner, et ne comprennent pas toujours ce que l’on attend d’eux.

L’anthropologue américain David Graeber, le créateur du terme bullshit Job, en donnait cette définition, en 2018 : « C’est une forme d’emploi rémunéré qui est si totalement inutile, superflue ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence, bien qu’il se sente obligé, pour honorer les termes de son contrat, de faire croire qu’il n’en est rien. »

Autrement dit : « J’arrive le matin, j’allume mon ordi, je réponds à une montagne de mails, je prépare des présentations PowerPoint, j’enchaîne les réunions. Le soir, j’éteins mon ordi avec l’impression de ne rien avoir fait de concret, sinon d’avoir compilé des données sur Excel. »

Logiquement, ça craque quand ces têtes bien faites comprennent que ça va durer toute leur vie. Et là, contrairement au burn-out de ceux qui sont débordés par un boulot bien réel, ces cadres flamboyants font ce que l’on appelle un bore-out, épuisés qu’ils sont par l’ennui et le sentiment d’absurdité qui les envahissent…

Alors pour ne pas sombrer, beaucoup vont faire le grand saut. Tout arrêter et tout remettre en question. Suivre une formation de caviste ou de pâtissier, partir autour du monde, ou encore travailler chez Emmaüs et se sentir enfin utile. Et toujours la quête de sens, le Graal !

Désormais, ils vont moins bien gagner leur vie, mais ils vont pouvoir répondre avec confiance à la question : « Et toi, tu fais quoi dans la vie ? » Ces quelques mots, ça n’a pas de prix !

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