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Pauses by Noise

Retrouvez-nous, chaque jeudi, pour une nouvelle Pause by Noise.

Brad et Jean

Brad et Jean

Paris, au mois d’août. Un été sans trop de circulation, un été sans touristes. Depuis mai, Paris s’est transformé en immense terrasse. Là où les voitures se garaient, il y a six mois, les bars et les restos ont aménagé des plateformes en palettes de récup pour y installer chaises et tables. Ces extensions ne désemplissent pas. Il suffit de flâner en vélo pour s’en convaincre.

S’assoir, prendre un café, et regarder. Attraper les conversations voisines. Le soir, on retrouve les habitués que l’on avait croisés, la veille. Là, un jeune mec et sa copine, tout juste trente ans. Elle porte une jupette bordeaux et lui un tee-shirt orange. On avait surpris leur conversation en début de semaine sur le cinéma et la politique. On s’était laissé aller à simplement écouter.

« — Jean Castex est plus jeune que Brad Pitt.

— Qu’est-ce que tu racontes…

— J’ai lu ça sur Twitter et j’ai vérifié, Jean Castex est plus jeune de deux ans que Brad Pitt qui a 57 ans.

— Non, mais c’est quoi ce délire ! L’autre, il est quasi chauve, ce pourrait être mon grand-père, alors que Brad est un canon planétaire à faire tomber toutes les meufs.

— Non, ce qui est intéressant, c’est leurs parcours parallèles. Ils ont commencé au même moment. En 1991, Brad, sort de l’ombre dans « Thelma et Louise » de Ridley Scott. Il joue un auto-stoppeur sexy, un petit rôle qui va le propulser en quelques années. Et Jean Castex, lui, rentre à l’ENA en 1989, promotion Victor Hugo. Et en sort en 1991. Il rejoint la Cour des comptes comme auditeur. Il est promu conseiller référendaire en 1994. 1995, c’est le thriller « Se7en » pour Brad. Bingo, un succès mondial ! Brad Pitt est le premier acteur élu deux fois « Homme le plus sexy du monde » par le magazine « People » en 1995, donc, et en 2000. La vie, des portes qui s’entrouvent, des rencontres imprévues. Ces derniers mois, Brad revoit Jennifer Aniston, sa première femme… Non, mais tu te rends compte, Jennifer Aniston dans « Friends », les années 90 ! Je l’adorais en Rachel Green, sublime tombeuse de mecs. Moi, j’ai regardé cette sitcom, ado. Mon frère avait acheté les coffrets.

— Tu crois que c’est les idées de droite qui font vieillir les mecs ?

— C’est pas les idées de droite, regarde Dominique de Villepin sur la plage quand il était Premier ministre de Chirac. Beau mec, non ? Quel âge, Villepin ? Ah, dix ans de plus que Brad.  C’est pas les idées, c’est autre chose…

— Tom Cruise est plus vieux d’un an que Brad !  Bon, on arrête là, ça devient fatigant, l’âge de ces mecs ! »

Moins qu’hier…

Moins qu’hier…

En général c’est tous les six mois que l’on relit quelques pages. Des « capsules de vitalité ». Après l’épisode du printemps, c’est devenu plus aléatoire. C’est avec la BD « Zaï Zaï Zaï Zaï » en 2017, que l’on a plongé, sans retenue, dans le monde absurde et déjanté du dessinateur Fabcaro.

Ses obsessions nous réconcilient avec le genre humain, mettant la réalité à distance. La banalité des sentiments, la monotonie du couple, l’envie de décalage, un humour à mi-chemin entre les « Rubrique-à-Brac » du grand Gotlib (sa référence absolue) et l’esprit Canal+ des grandes années. Fabcaro écrit des histoires. Il se sent plus scénariste que dessinateur.

Dans « Moins qu’hier (plus que demain) » (Glénat BD), ce sont des histoires de couples. 14 h 27. Delphine et Pierre, la trentaine passée, esquissent une discussion. Six cases quasi identiques.

— Mon tendre amour, tu te souviens de notre première rencontre ?

Pierre se tourne vers Delphine et lui répond.

— Comme si c’était hier… C’était dans une discothèque, je voulais sortir avec ta copine Vanessa, elle était super bien… Mais comme elle a pas voulu et que j’étais complètement torché, je me suis rabattu sur toi… Et comme tu es tombée enceinte après notre premier rapport, on est resté ensemble, je me suis dit “Bof, celle-là ou une autre”.

— Hein ??!! Mais… tu m’avais jamais dit tout ça !!!
— Je suis pudique, tu sais…

Enfant, le Montpelliérain Fabrice Caro, de son vrai nom, dessinait tout le temps. On lui disait : « Oui c’est bien, mais dessiner des petits bonshommes, c’est pas un métier ! » L’histoire du « vrai métier » qui pourrit ta jeunesse. Jusqu’au jour où il va laisser son boulot de prof pour se consacrer à la bande dessinée.

Petits éditeurs, petits tirages. Un rythme de travail acharné pour mettre à distance le stress d’être encore vivant. Hypocondriaque et angoissé, enchaînant album sur album… Et puis arrive « Zaï Zaï Zaï Zaï », paru en 2015 chez l’éditeur 6 Pieds sous terre. Et là, du jour au lendemain c’est plus de 200 000 lecteurs qui le portent en triomphe. Alors, il faut garder la tête froide. « Mon cap a toujours été “Ne pense pas aux lecteurs sinon tu vas faire un truc tiédasse”. »

Ce que l’on a perçu en découvrant l’univers de Fabcaro, c’est une forme de liberté et de timidité. Celle d’un enfant venant d’un milieu modeste. Annie Erneaux en parle très bien dans ses romans, ce côté transfuge de classe. Un milieu où la culture ne devait pas être très présente. À travers le dessin, Fabcaro a entraperçu une porte qui allait lui permettre de trouver un monde tout personnel. Et l’on adore s’échapper avec lui.

Dans le train de nuit...
Dans le train de nuit…

Dans le train de nuit…

On avait cru que c’en était terminé, bouclé, dépassé… « Non, mais Monsieur ! Vous imaginez voyager en train de nuit ! Et pourquoi pas en calèche ? Il faut vivre avec son temps, à grande vitesse. » Et c’est à l’occasion de l’interview du président de la République pour le 14 juillet, que le sujet est revenu sur le devant de la scène. « Je souhaite redynamiser la circulation des trains de nuit en France. »

Retour en arrière. Un autre siècle, une autre temporalité et d’autres budgets. Une époque d’avant le TGV. En 1981, on avait 20 ans, on avait voté pour la première fois à la présidentielle et l’on s’apprêtait à partir en vacances. À cette époque, plus de 550 villes françaises étaient desservies par un train de nuit. Un réseau national comme une toile d’araignée. En voyageant de nuit, on économisait des chambres d’hôtel… tout en traversant la France. Quarante ans plus tard, il ne reste que deux lignes. Un Paris Rodez Latour-de-Carol et un Paris Briançon. Terrible constat…

On était parti rejoindre des copains à Pau. 22 heures en gare d’Austerlitz, et la première surprise, c’était la population. Très différente de celle de la journée. La nuit, ce sont plutôt des familles, généralement modestes. On embarque et l’on se retrouve dans un compartiment à six couchettes (quatre en première classe). À occuper la couchette du bas, plus confortable parce qu’on n’est pas dérangé par les mouvements de gens qui se lèvent. Moins de vibration que la couchette du haut. Par précaution, on avait emmené un pyjama et un sac à viande, car d’expérience, on dort mal dans le train. Les habitués ont leur coussin.

Le train part vers 23 heures et avance lentement. Minuit passé, sur la banquette au-dessus, la lumière d’une liseuse brille à peine sur le visage d’une fille de notre âge, on n’arrivera pas à lui parler. Le bruit des rails, les freins quand on arrive dans une gare sans savoir si c’est un arrêt. Les heures défilent, on n’est pas sûr de dormir. Pourtant, Pau n’est qu’à une heure de Paris : « Une demi-heure pour s’endormir et une demi-heure pour se réveiller. »

La chaleur souvent étouffante, des odeurs par vagues. Un mélange de poussière, de rance, adouci par le parfum des passagers. Vers 5 heures, on constate que l’on ne roule plus, arrêté en pleine voie, le jour se lève à peine. On ouvre la porte du compartiment pour aller se laver les dents. Dans le couloir, un homme est accoudé à la barre de la fenêtre. Il n’est pas habillé, en slip, torse nu. Les relations avec les gens sont plus posées, car ils sont moins stressés que dans la journée.

On se tient à quelques mètres de lui, regardant le paysage. « Bonjour… je n’arrive pas à dormir. » « Moi, je ne dors jamais trop dans le train, je passe presque tout le voyage debout… mais vous voyez, j’aime ça… On part le soir de Paris, on arrive dans les Pyrénées au petit matin. Il y a un côté un peu enfantin du voyage. Dans deux heures, je vais descendre du train. En sortant de la gare de Tarbes, je m’arrête à la boulangerie pour acheter des croissants. J’arrive vers huit heures pour prendre un petit-déjeuner avec mon garçon de huit ans. J’adore ce moment-là. »

ll était une fois Ennio Morricone

ll était une fois Ennio Morricone

Un bruit de train qui repart au milieu du désert. Trois cow-boys s’apprêtent à chevaucher leurs montures, quand résonnent les premières notes d’harmonica…

Il y a des scènes d’ouverture qu’on n’oublie jamais. Les hommes se retournent et découvrent un homme portant des valises. « L’homme à harmonica », Charles Bronson, joue encore et encore ce thème lancinant qui hante, depuis, l’histoire du cinéma. « Où est Frank ? Vous avez un cheval pour moi ? » Un son langoureux, culte, qui deviendra la marque de fabrique d’Ennio Morricone. « Il était une fois dans l’Ouest » : 15 millions de spectateurs en France, un des plus gros succès des années 1970.

Il maestro Ennio Morricone vient de mourir à 91 ans. Il a composé au cours d’une carrière de presque soixante années, la musique de plus de 500 longs métrages. C’est peut-être le compositeur de musiques de film le plus célèbre du XXe siècle.

Ennio Morricone, c’est inévitablement d’abord évoquer le cinéma de Sergio Leone avec lequel il formait un duo légendaire, une sorte de couple qui se connaissait par cœur. Enfants, ils étaient dans la même école primaire, à Rome, dans le quartier du Trastevere. Ennio avait 10 ans et Sergio 9 ans.

Morricone et Leone ont fait six films ensemble. « Il me donnait une trame. Je me mettais au travail. Le plus souvent, il a tourné ses films d’après les mélodies que je lui ai soumises. » Des westerns spaghettis. « Pour une poignée de dollars », « Le bon, la brute et le truand », « Il était une fois dans l’Ouest », ou encore « Il était une fois en Amérique ».

La liste des grands réalisateurs pour lesquels Morricone a travaillé est impressionnante. Pedro Almodóvar (« Attache-moi ! »), Brian De Palma (« Les incorruptibles », « Mission to Mars »…), Roman Polanski (« Frantic »), Henri Verneuil (« Le clan des Siciliens », « Peur sur la ville »…), Terrence Malick (« Les moissons du ciel »), John Carpenter (« The Thing »), Oliver Stone (« U-Turn : ici commence l’enfer »), William Friedkin (« Le sang du châtiment »), John Boorman (« L’exorciste 2 : l’hérétique »), sans parler des italiens Pier Paolo Pasolini (« Théorème »…), Giuseppe Tornatore (« Cinema Paradiso »…), les frères Taviani (« Le pré »…). Plus récemment, Quentin Tarantino (« Les huit salopards »). Morricone regrettera longtemps de n’avoir pu travailler avec Stanley Kubrick pour « Orange mécanique», car il était déjà engagé sur « Il était une fois la révolution ».

La musique de « Il était une fois dans l’Ouest » fait 72 minutes tandis que les dialogues ne font pas plus de 30 minutes ! Sergio Leone se plaisait à dire, qu’Ennio Morricone remplaçait les mauvais dialogues par la musique : « Il plus qu’un compositeur pour moi. Je n’aime pas du tout les mots dans les films. J’espère toujours faire un film muet, et la musique se substitue aux mots. Alors on peut dire qu’Ennio était l’un de mes meilleurs scénaristes ! »

I ♥ New York plus que jamais !

I ♥ New York plus que jamais !

Trois lettres et un cœur. C’est un logo devenu mythique qui a redonné vie à New York. Son créateur, Milton Glaser, vient de mourir, à l’âge de 91 ans.

1977, année charnière. La ville ne ressemblait pas du tout au New York d’aujourd’hui. C’est une ville insalubre, qui n’attire pas les touristes et ne fait pas rêver. Une ville proche de la faillite économique.

C’est le New York de Jean-Michel Basquiat, de Keith Haring, du graffiti dans le métro et sur les murs, du rap qui envahit la rue et les radios. C’est le black-out de juillet qui va plonger cette ville lumière dans le noir le plus total, pendant plus de 24 heures. Manhattan et Times Square privés d’électricité. Dans le Bronx, les magasins seront massivement pillés, entraînant la plus grande vague d’arrestations de toute l’histoire de New York.

Cet incident est la goutte d’eau… La ville contacte une agence de communication pour redorer l’image de la Grosse Pomme. Un slogan est validé, « I love New York ». Il lui faut maintenant une identité visuelle pour communiquer. Et c’est là qu’intervient Milton Glaser, graphiste déjà reconnu du grand public avec son poster psychédélique pour Bob Dylan en 1966.

Une semaine après les premières réunions, Milton Glaser traverse New York en taxi. Il griffonne sur une enveloppe ce qui deviendra l’un des logos les plus connus au monde. 3 lettres et un cœur… I  NY « Je soupçonne que cela vient de mes souvenirs de gravures sur des troncs d’arbres, dira-t-il. Là où les initiales des amants étaient combinées à un cœur, souvent percé d’une flèche pour indiquer la plus profonde affection. J’ai décidé d’éliminer la flèche. »

La campagne de promotion de la ville ne devait durer que quelques semaines. C’est une des raisons pour lesquelles Milton Glaser céda tous ses droits à la ville de New York. Alors que son logo va se retrouver dupliqué à des millions d’exemplaires, Milton Glaser ne touchera pas un seul dollar.

En quelques années, toutes les villes du monde se réapproprieront le travail du graphiste. Copié, décliné, plagié. I  PARIS, I  BERLIN, I  TOKYO, I  LISBON… De son côté, la publicité ne se privera pas de détourner le logo sans état d’âme.

Après les attentats du 11 septembre 2001, Milton Glaser retravaillera son logo en griffonnant une petite tache noire, en bas du cœur, une cicatrice sombre là où les Twin Towers étaient tombées à Manhattan. Au I  NY, il rajouta “MORE THAN EVER” (plus que jamais). Le cri du cœur et l’implication d’un graphiste qui aimait tant sa ville.

À cheval en plein Montreuil

À cheval en plein Montreuil

C’est une belle image, effectivement. On l’avait vu passer sur les réseaux sociaux. Et l’histoire commence comme une BD. Un dimanche matin, un jeune homme de 25 ans se promène à cheval dans les rues de Montreuil. Une balade vue plus de deux millions de fois.

Gamart – Gamart Camara, c’est son vrai nom – est rappeur et cavalier, il adore les chevaux. Il ne porte pas de bombe, mais un casque de scooter, il n’a pas de bottes d’équitation pour monter à cheval mais porte des baskets. Gamart est noir.

Montreuil, quartier de la Boissière pour être précis, c’est là qu’il a grandi. Ça bascule, quand Gamart a 13 ans. Les petits business, les braquages, le trafic de drogue. Il passe quatre fois par la case prison.

Maison d’arrêt de Villepinte, une peine de semi-liberté. La journée, le rap, le resto familial avec sa mère et la mode, des photos. Le soir, retour pour dormir derrière les barreaux. Et déjà, une passion pour le cheval… Il se renseigne et regarde des tutos. Savoir seller et desseller un cheval, le nourrir, s’en occuper. « Gérer » un cheval en banlieue, ça se passe comment ?

Il y a deux ans, pour le prix d’une voiture, Gamart a acheté un cheval de 18 ans, sur le Bon Coin. Il l’a appelé Castro. Un dimanche matin d’octobre, quand la ville est encore endormie, les habitants ont entendu un bruit de sabots. Ils ont halluciné. Clop, clop, clop. Ils se sont mis à filmer pour partager les images. Et Gamart est devenu le cavalier du 9-3. Un Noir chevauchant un animal superbe, au milieu de la ville.

Gamart est devenu un symbole. « J’étais… un esclave libre. Tout le monde pense que j’ai fait quelque chose de dingue. On m’explique que Castro n’avait rien à faire à Montreuil. Mais au fond, qu’est-ce qui est dingue ? Je n’étais pas à dos d’éléphant, non ? C’est peut-être surprenant, mais il n’y a rien d’illégal. »

L’histoire n’a duré qu’un temps. Un midi, Gamart mangeait un bout dans un resto de la ville. Il avait laissé son cheval dans un square voisin. La police est arrivée : « Bonjour, c’est à vous le cheval attaché au toboggan ? » Sa monture lui a été confisquée, afin d’être placée « en sécurité ». Une association avait prévenu les autorités, persuadée que le cheval était maltraité.

Car au bout du compte, c’est quoi le problème ? Associer Noir et banlieue, c’est OK. Associer Noir et cheval ? Ah là, ça brusque les habitudes, les images que chacun a en tête. « Vous savez quoi… ça va pas être possible ! » Le cheval ne serait pas banlieue compatible !

Gamart a racheté un cheval, Chavez, deux ans de moins que Castro. « Mais rien ne peut remplacer le premier… Tu as vu dans les films ? Le héros ne change pas de cheval à chaque fois. Il en a un, à qui il reste fidèle. »

La fin du “Magic Bus”

La fin du “Magic Bus”

Le film Into the Wild date de 2008 et l’on avait adoré le périple de Christopher McCandless, un jeune Américain fuyant jusqu’en Alaska la civilisation et la société de consommation, pour se rapprocher de la nature.

Survivre dans un milieu sauvage en lisant Tolstoï et le récit autobiographique de Henri David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois… Tout ça filmé avec beauté, enivrement et fascination par Sean Penn. Into the Wild est tiré du livre de Jon Krakauer, Voyage au bout de la solitude.

Après avoir obtenu son diplôme universitaire, Christopher McCandless avait choisi de tout plaquer, du jour au lendemain, sans en informer ses amis ni sa famille. Partir, tout simplement partir. En stop, avec un sac à dos et peu d’argent en poche. On est en 1992.

Avec au bout de la piste Stampede, la carcasse d’un ancien bus des années 1940, où Christopher vécut pendant plus de cent jours, avant de trouver une fin tragique. Le “Magic Bus”, surnommé ainsi d’après la chanson des Who, deviendra mythique. C’est lui que l’on voit sur l’affiche du film.

L’épave du “Magic Bus” a donné envie à des centaines de randonneurs de venir se recueillir. Une forme de pèlerinage. Sauf que la nature n’est en rien accueillante dans cette région du grand Nord américain, et que depuis la sortie du film, accéder au graal du “Magic Bus” s’est souvent transformé en cauchemar.

Pas de réseau téléphonique. Des conditions météo imprévisibles et extrêmes. C’est plus de quinze expéditions que les autorités locales ont dû organiser pour secourir des aventuriers imprudents. Avec le passage délicat de la rivière Teklanika, particulièrement dangereuse en hiver. En 2009 et 2019, deux voyageurs peu préparés y trouvèrent la mort.

Alors le 18 juin dernier, Corri Feige, la commissaire chargée des ressources naturelles pour l’État d’Alaska, a décidé de déplacer le bus. Un hélicoptère de l’armée américaine est venu l’arracher à la nature sauvage, pour le transporter sur un site sécurisé, qui sera ouvert plus tard au public. La fin d’un mythe.

Christopher McCandless a écrit dans son journal : « Je sais que dans la vie, le plus important, ce n’est pas nécessairement d’être fort mais de se sentir fort. Et de se mettre à l’épreuve au moins une fois, de se retrouver au moins une fois dans la condition humaine la plus archaïque, d’affronter seul la nature aveugle et sourde, sans rien pour vous aider, si ce n’est vos mains et votre tête. »

Se mettre à l’épreuve… oui, sans aucun doute, il va falloir trouver d’autres “Magic Bus” !

J’ai Zoom

J’ai Zoom

On n’a pas compris comment on s’est retrouvé sur Zoom, dés les premiers jours du confinement dû à l’épidémie de Covid-19. Auparavant, on avait fait des Skype sans grand enthousiasme, avec toujours ce malaise à devoir parler devant un écran où bougent des visages.

Et puis les invitations se sont bousculées. « Tu verras, Zoom, c’est simple d’utilisation, c’est gratuit et il n’y a pas besoin de créer un compte avec mot de passe qui te rend fou quand tu l’as oublié… »

En quelques semaines, ce fut l’explosion. Quotidiennement, ce sont 300 millions de personnes qui ont participé à des réunions Zoom. Tout ça a grossi trop vite, alors que cette application américaine de visioconférence n’a jamais été faite pour autant de monde. Et ça s’est fissuré, laissant des failles de sécurité…

On appelle ça du zoombombing. Des mecs qui tapent l’incruste dans ta réunion. Ce qui ne pose pas de problème, quand tu es en Zoombar avec des potes, en buvant ton quatrième mojito et que tu rencontres des gens que tu ne connais pas, mais qui devient délicat en pleine réunion d’entreprise.

En gros, t’as un mec qui a poussé la porte sans faire de bruit et qui écoute avec attention les prospectives de développement commercial de ta boîte. « Ce qui se passe sur Zoom ne reste pas sur Zoom ! Ce n’est pas comme dans la comédie Very Bad Trip à Las Vegas ! Beaucoup de boîtes ont carrément interdit les réunions Zoom, avec obligation d’utiliser des applications sécurisées, Team, par exemple, de Microsoft.

Ce qui est encore moins cool, c’est le côté “Zoom is watching you” ! L’application permet à l’administrateur d’une réunion Zoom de visualiser des informations sur le comportement des autres participants, genre Big Brother.

Autre joyeuseté que l’on découvre après coup, Zoom est gratuit, donc c’est toi le produit…  et Zoom siphonne gentiment tes données personnelles et les transmet à Facebook, que tu sois inscrit ou pas. Sans que rien ne soit dit. Alors bien sûr que depuis un mois, tout s’est relâché avec le déconfinement, mais on a tous ressenti un malaise.

De l’invitation tuto pour fabriquer du pain à la maison, ou suivre un cours de yoga, salutation au soleil, respiration Pranayama, en passant par la réunion de boulot pour définir la nouvelle stratégie à suivre à la rentrée de septembre, et finir la journée avec les grands parents en Bretagne… On passe beaucoup de temps sur Zoom, on travaille et on se détend sans vraiment se déconnecter. Zoom devenant le symbole d’un nouveau monde où tout passe par la visioconférence.

Quand le corps réapparaît…

Quand le corps réapparaît…

On attendait ce moment avec impatience ! Au printemps, on avait laissé une maison dans le Berry, alors qu’on s’apprêtait à commencer la rénovation de la salle d’eau. Il y a quelques jours, on a passé un long week-end à redémarrer le chantier.

Sauf qu’entre-temps, pandémie de Covid-19 et confinement. Comme des millions de Français, on est resté devant notre ordinateur à travailler sur Zoom. Le peu d’exercice que l’on faisait, du yoga et un peu de vélo pour se déplacer dans Paris, tout ça a vite été oublié. Le corps est devenu quasi superflu. Qui ne sert pas à grand chose. Et c’est comme ça un peu partout dans le monde, nous sommes entrés dans l’ère de l’humanité assise !

Sans le remarquer, n’est resté de notre corps que le buste et le visage, visibles occasionnellement à l’écran. Cette crise n’aurait été, au fond, qu’un accélérateur de notre disparition charnelle.

En quelques jours, nous sommes devenus des hikikomoris occidentaux, ces adolescents japonais qui s’enferment dans leur chambre et qui n’en sortent plus, pendant des semaines, voire des mois… mais qui sont, en revanche, en lien avec le monde entier via les réseaux sociaux.

Disparition du corps d’un côté, et de l’autre extrême attention par peur d’attraper le Covid. Le corps comme lieu de tous les dangers, de toutes les menaces… alors qu’il avait déjà plus ou moins disparu.

Alors la semaine dernière, on s’est dit qu’il fallait commencé tôt pour avoir le temps de finir le sol de la salle d’eau, avant le déjeuner. On s’est dit que l’on allait être sur le chantier à 7 h 30. Une grande matinée pour découvrir et peaufiner la pose du carrelage. On avait tout prévu. Le matériel, la gourde d’eau, la radio.

Tout prévu, sauf qu’au bout de trente minutes, on a ressenti une douleur qui s’est manifestée avec insistance, qui s’est généralisée à tout le corps. On ne passe pas de l’écran de l’ordinateur à la maçonnerie, par un clic de souris. Poser du carrelage est particulièrement éprouvant pour les genoux, pour le dos et pour les bras qui tiennent à distance les carreaux à placer.

Au bout d’une heure de pose, on s’est relevé. On a soufflé, prenant conscience de quelque chose de simple, de très simple. Que l’on n’est pas seulement une tête pensante, un doigt à clic et un regard attentionné. On est aussi un corps, et ce corps, il faut l’entretenir, le soigner, le protéger, si l’on veut qu’il nous porte encore un moment. Ce corps, il nous appartient et il faut tout simplement l’aimer.

Anniversaire déconfiné

Anniversaire déconfiné

« Ça me fait vraiment plaisir que vous soyez tous là, pour mes 50 ans ! » On redoutait un peu les dîners entre amis, trois semaines après le déconfinement. À se demander comment on allait gérer les masques, les distances de protection, les gestes barrières. On allait être combien ? Dix, vingt, peut-être plus ?

Dans cette grande maison de Bagnolet, on était habitué à se retrouver à plus de cinquante, mais ce soir, beaucoup ont décliné l’invitation de Joëlle, par peur du nombre, par peur d’attraper quelque chose !

Dès notre arrivée, le bonjour est à distance, signe de la main pour certains, sourire complice, salut du coude pour d’autres. Tout se passera sur la terrasse, barbecue dans un coin. « Allez, c’est l’apéro ! » Et les premières remarques. « Non mais là, si tout le monde pioche dans le bol d’olives avec les doigts ou utilise le même couteau pour tartiner la tapenade, on est bon pour le Covid ! »

Julien qui s’est occupé de la viande de porc frottée au piment d’Espelette surveille la braise, et tout le monde s’installe à table. Rapidement, les discussions s’électrisent au rythme des déplacements des bouteilles de vin, qui passent de main en main. On trinque encore et encore, les verres s’entrechoquent. « Ça va, non ? On peut trinquer !» « C’est pas très gestes barrières, tout ça ! »

« Non, je ne suis pas macroniste, tu retires ce que tu viens de dire ! ». Les chaises se rapprochent, les confidences à l’oreille, tenir la main de l’autre, lui taper l’épaule. Troisième tournée de travers de porc agrémentés de merguez que l’on mange comme des biscuits à la cuillère. Et là, réaction d’Adeline : « Je ne m’étais pas rendu compte avec le confinement que j’étais devenue presque végétarienne. Qu’est-ce que c’est bon, la viande, avec un grand verre de rouge ! »

On change de place pour parler avec Joëlle. « Non mais François, ça ne va pas du tout. Tu es en train de manger dans l’assiette de Christophe, et avec ses couverts en plus ! »

Et le gâteau arrive, que tout le monde applaudit, en chantant « happy birthday ». Champagne ! On embrasse Joëlle, on se prend dans les bras, quel plaisir, mais quel plaisir de se retrouver. Et les discussion repartent jusque tard dans la nuit.

Il faut rentrer et l’on remet le masque que l’on avait déposé près de la porte. Sauf qu’en arrivant à 20 heures, on avait un masque avec une gazelle bleue et qu’il n’en reste plus qu’un avec des fruits rouges. Sans doute celui de Régis… qui est parti avec le nôtre sur le nez !

La longueur des cheveux

La longueur des cheveux

Depuis le 11 mai, les héros du confinement ont passé le relais aux véritables sauveurs du déconfinement, les coiffeurs !

En première ligne et bravant le danger de l’épidémie de Covid-19, il y a eu les héros du confinement. Sans eux, rien n’aurait été possible durant ces 55 jours. Médecins, infirmières, commerçants, caissières, éboueurs, taxis, livreurs de repas… Depuis le 11 mai, ils ont passé le relais aux véritables sauveurs du déconfinement, les coiffeurs !

Fin avril, quand le président de la République a annoncé la date de sortie, nombre de Français ont décroché leur téléphone pour prendre rendez-vous.

« — Oui, bonjour Sophie, comme je suis contente de pouvoir vous parler. Je souhaiterais prendre rendez-vous pour le lundi 11 mai, au matin. Comment ? Ça ne va pas être possible avant le samedi 16 à 18 heures ? Mais Sophie, vous ne vous rendez pas compte, ma couleur est catastrophique, je ne peux pas sortir comme ça ! »

En quelques semaines, tout le monde a mesuré l’importance d’une profession souvent ignorée, pour ne pas dire, moquée. Ce n’est pas complètement « Startup nation » et économies numériques que de se pencher sur les mèches, les franges et le brushing de madame Parmentier.

En temps normal, le cheveu, c’est un million de Français qui se rendent, chaque jour, chez leur coiffeur. C’est le deuxième secteur de l’artisanat, après le BTP.

Durant 55 jours, certains ont été tentés de braver les interdits, en se lançant dans la pratique intuitive des ciseaux avec quelques catastrophes en vue. Rien n’y a fait, la coloration pour les nuls, le tuto frange, ou le tuto tondeuse à pratiquer avec parcimonie…

Le cheveu, c’est deux centimètres par mois, donc logiquement après deux mois, c’est comme une pelouse qui n’a pas été tondue. L’oreille qui était toujours bien dégagée s’est retrouvée engloutie sous le poil.

Chez les hommes, c’est souvent une question de dignité, voire d’identité. Pour tout ceux qui travaillaient en vidéoconférence, cela tournait à l’humiliation, à chaque connexion Zoom. Côté femmes, avec quatre centimètres de repousse, la moitié des blondes sont quasi devenues brunes, faute d’entretien de la couleur.

Le 11 mai au matin, c’est toute une vie sociale qui a repris.

« Oui, bien sûr, le confinement, la privation de liberté… mais moi je vais vous dire, ce qui m’a le plus manqué, c’est de parler avec ma coiffeuse. Ça fait plus de quinze ans que tous les vendredis, je parle avec Sophie, elle connaît tout de ma vie… c’est un peu ma psychanalyste à moi ! »

Le monde d’après…

Le monde d’après…

Ça y est nous y sommes, les 55 jours de confinement n’étaient finalement qu’un sas de transition, une sorte de palier de décompression pour enfin pouvoir découvrir… le monde d’après, the world after.

Dimanche 10 mai, pour les applaudissements de 20 heures, ce fut plus long que d’habitude. Les voisins du 32, qui ont mis en musique tous les 20 heures du confinement, ont passé le tube “Born to be alive” de Patrick Hernandez. Comme un signe, un mantra, “naître pour être vivant, pour vivre !”… 1978, c’était les années Palace, les années festives, l’insouciance et l’euphorie où tout était possible. C’était avant les années sida qui engloutiraient cette joie de vivre. Lundi 11 mai, au premier soir du déconfinement, pas d’applaudissements aux fenêtres, pas de disco pour soutenir le personnel soignant. Il faisait même un peu frisquet à 20 heures.

On nous a vendu l’espoir, la solidarité, l’attention à l’environnement, la décroissance à portée de main et l’on découvre l’inconnu et l’incertitude, comme dans “Le Prisonnier” (The Prisoner), cette série télé anglaise culte de la fin des années 1960 que l’on regardait enfant. Un ancien agent des services secrets britannique se retrouvait dans un village aseptisé, ressemblant au monde extérieur mais dont il ne pouvait pas sortir. Chacun se saluait poliment d’un “Bonjour chez vous”.

Dans notre monde d’après, masqué de près, une expression flotte en permanence au-dessus de nos têtes, comme un étendard : distanciation sociale. « Vous pouvez faire ce que vous voulez, dés lors que vous vous tenez à distance des autres. On va bien évidemment vous y aider, en mettant au sol des marquages matérialisant ce mètre indépassable. » Oui, bien sûr, et pourtant, ce mot nous met mal à l’aise. Car il ne s’agit pas vraiment de distanciation (comme au théâtre) et elle n’est pas sociale. Distanciation sociale qu’on le veuille ou non, c’est très différent d’“éloignement physique” qui aurait été sans doute plus juste. C’est le mot social qu’on ne comprend pas ou plutôt si, on a peur de comprendre ce que l’on voit, depuis le début de cette pandémie : une accentuation des inégalités. Car s’il y a une chose qui a vite émergé de ces 55 jours, c’est le besoin des autres, le besoin d’être ensemble et l’attention portée à tous.

Lundi soir, avant la fermeture du Monoprix, on est passé chercher quelques bières pour retrouver des potes. Et là, grosse surprise, le rayon chips et cacahuètes était entièrement vide. Beaucoup, beaucoup plus rassurant sur la nature humaine que les rayons vides de PQ, au mois de mars !

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