Liberté !

Près de deux mois de grève et l’envie d’ailleurs, l’envie de mer et de liberté. On est en 1968, et neuf marins chevronnés prennent le large depuis l’Angleterre pour relever le défi lancé par le quotidien le Sunday Times. Un tour du monde à la voile en solitaire, sans escale. Le Golden Globe Challenge.

Le navigateur Bernard Moitessier - © cote nord. Son bateau Joshua - © Ancre de Marine

À cette époque, aucun marin n’avait réussi cet exploit. C’est le 22 août 1968, que Bernard Moitessier, un Breton né à Hanoï, alors âgé de 43 ans, s’élance de Plymouth. Il navigue sur Joshua, son bateau fétiche dont il a conçu les plans.

« Bientôt quatre mois que nous avons quitté l’Angleterre, je savais que mon voyage irait loin, mais je ne pouvais pas savoir qu’il irait peut-être plus loin encore. Parmi les jalons impalpables de la mer et du temps. »

Le 26 février 1969, après 300 jours, alors qu’il fait la course en tête, le navigateur passe le cap Horn et commence sa remontée vers le nord. Le 18 mars, il croise un cargo et remet tout en cause. « Je suis presque arrivé au tournant de ma route. Je sais, depuis l’océan Indien, que je ne veux plus rentrer là bas ! Je ne veux pas retourner à la “civilisation”. »

Bernard Moitessier s’approche du bateau de commerce et à l’aide d’un lance-pierre, envoie un message : « Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme. »

Alors que tout le monde l’attend en vainqueur, Bernard Moitessier détourne son chemin et fait route vers le cap de Bonne-Espérance pour entamer un second tour du monde vers le Pacifique et la Polynésie.

Sur les neuf skippers, seul l’Anglais Robin Knox-Johnston terminera son tour du monde et arrivera en vainqueur, le 12 avril 1969, à Falmouth, après 313 jours de mer. Mais le véritable héros de ce premier Golden Globe Challenge reste Bernard Moitessier.

La longue route s’achèvera, pour lui, le 21 juin 1969. Après dix mois de navigation et 70 000 km, seul, sans toucher terre, il arrive à Papeete. Son bateau s’immobilise enfin.

« L’ancre est mouillée. Je reconnais des silhouettes familières. Puis les visages des copains. Ils forment un groupe immobile, un peu à l’écart des curieux.
— Ça va, vieux frère ?...
— Vous êtes chics, d’être là…
— Tu es chic, d’être arrivé. »

Il faudra plus de deux ans à Bernard Moitessier pour écrire « La Longue route », un “livre Graal” qui inspirera des générations de marins et de militants associatifs.

« Il ne s’agit pas de dompter ou d’affronter les dragons qui nous entourent, il s’agit d’apprendre à naviguer à leurs côtés. »