« – 80 % pour le Black Friday ! »

Tout commence dans les années 1960 aux États-Unis. À l’approche des fêtes de fin d’année, les commerçants veulent liquider leurs stocks…

Cohue dans un magasin entre des clients achetant des téléviseurs à écran plat, le jour du Black Friday.

Et quoi de plus approprié pour lancer une journée d’achats massifs, que le lendemain de Thanksgiving – le quatrième jeudi de novembre –, où tout le monde a fait cuire la dinde en famille ? Le Black Friday était né.

Les sixties, c’est aussi l’essor de la publicité et de la société de consommation, où les gens commencent à acheter tout et n’importe quoi. Donc OK pour le Black Friday, fin novembre.

Black Friday. Le vendredi noir. Le vendredi de folie qui marque le début du grand délire consumériste mondialisé. Des sommes astronomiques sont dépensées en quelques heures. Chaque année, des records de vente sont enregistrés et les émeutes qui les accompagnent sont devenues légendaires. Elles sont visionnées des milliers de fois sur YouTube.

Depuis quelques jours, les réseaux sociaux sont envahis de promotions à saisir… – 70 % pendant 24 heures sur un téléviseur écran plat, format géant. Ici, – 75 % sur un robot de cuisine, et là – 80 % sur un canapé en cuir.

Les gens ne savent plus où donner de la tête pour acheter, acheter, et encore acheter. A tel point que certains n’hésitent pas à prendre un crédit à la consommation spécialement pour le Black Friday. « Je consomme, donc je suis. »

Le phénomène est arrivé, en 2014, en France. Les attentats de novembre 2015, à Saint-Denis et à Paris, ont imposé une certaine retenue. C’est donc en 2016 que le Black Friday a vraiment décollé et que les cartes bleues ont commencé à chauffer sérieusement.

Cette année, le Black Friday, ça sonne bizarrement, en France. Hasard du calendrier, cela tombe le vendredi 29 novembre, quelques jours avant le jeudi 5 décembre, où l’on va vivre une journée de grèves et de mobilisation sociale comme on n’en a pas vu depuis 1995.

Au-delà du débat sur la réforme des retraites, beaucoup de gens vont exprimer leurs difficultés à boucler les fins de mois. Sans parler de l’urgence climatique. Notre hyper consommation, voire notre gaspillage, est certainement la principale cause de l’état d’épuisement de la planète. On consomme trop de tout, tout le temps.

Le Black Friday met le doigt sur un glissement très révélateur. Au siècle dernier, c’était les fêtes nationales, religieuses ou républicaines, qui justifiaient l’achat, le cadeau. Aujourd’hui, on achète et c’est pour cela, que c’est la fête.

La fête, le spectacle et l’excitation de vivre un moment incroyable pour attraper un écran plat en promotion à – 70 %. Attente, bousculades, bagarres et émeutes, et puis retour à la maison avec le précieux butin et le sentiment d’avoir vécu une aventure.

Mais l’aventure, la vraie, elle ne peut qu’être humaine et partagée. Et là, il n’y a pas de réduction !