Chuck, people walker

Cela faisait plusieurs semaines déjà que Chuck, un grand barbu costaud, en parlait avec son amie. “On va arrêter de se faire livrer des poulets tikka masala ou des pizzas 4 fromages à domicile, on peut quand même prendre le temps d’aller les chercher à pied, non ?”

Chuck, le créateur de l'application People Walker qui met en relation des promeneurs.

C’est donc ce qu’ils firent à partir de septembre dernier dans le quartier bobo de Los Feliz à Los Angeles. Et puis un jour, en marchant, Chuck se retourna sur une annonce de coaching personnalisé et de promeneurs de chiens. Et là, l’idée prit forme. C’est vrai ça, pourquoi promener uniquement les chiens ? “Et si je promenais aussi des gens seuls… et ce n’est pas ce qui manque à L.A. !”

Quatre millions d’habitants dans la Cité des Anges mais presque un tiers de personnes seules. Des jeunes, des vieux, des indépendants, beaucoup de gens travaillant à domicile.

En rentrant avec son poulet au curry, Chuck rédigea son premier flyer qu’il colla le soir même sur les poteaux du quartier. “Vous avez peur de marcher le soir seul dans la rue ? La journée aussi ? Vous n’aimez pas être vu tout seul et que l’on croie que vous n’avez pas d’amis ? Contactez-moi, je suis People Walker.”

Chuck prit un tee-shirt blanc et traça au feutre le nom de son nouveau job en lettres capitales : People Walker. Quelques jours plus tard, un homme l’appelait et ils partirent marcher une demi-heure. Les journaux en parlèrent et très vite on lui demanda de travailler pour lui. Il monta donc un business à lui avec un petit bureau en coworking et développa une application pour smartphone qui met en relation les promeneurs.

“Oui, ça marche très bien, tu indiques quand et où tu souhaites marcher, et si plusieurs walkers sont dans le quartier, tu peux même choisir avec qui tu vas te balader… et discuter. Car les nouvelles technologies ne font pas juste disparaître des emplois… Ce que cherchent beaucoup de nos clients, je crois, c’est avant tout quelqu’un qui les écoute et leur donne le sentiment de compter. Vous pouvez avoir 7 000 amis sur Facebook, mais le jour où vous vous dites ‘Là, j’ai un gros blues et personne ne réagit’. On est très seul dans cette foule à L.A.”

Au départ, Chuck a attiré des gens curieux. “C’est quoi ce mec qui promène les gens comme on promène les chiens ?” Et puis rapidement, beaucoup se sont pris au jeu de la marche et de la discussion. Chuck facture sept dollars la demi-heure.

Ce n’est pas comme un coach sportif, ce n’est pas non plus de l’amitié. C’est juste trente minutes dans une journée à marcher et à parler. Trente minutes d’humanité. Sans avoir à tenir un chien au bout d’une laisse…