Sommeil perdu

Cela fait plusieurs matins que l’on a un doute sur l’état de fatigue de Régis. Faut dire que Régis, il tire un peu fort sur la corde, mais il n’y a pas que ça…

Jeune fille blonde consultant son MacBook, la nuit, dans son lit.
Adolescent consultant son ordinateur portable, la nuit, dans son lit.

Régis, il est comme beaucoup de gens. Crevé, épuisé, exténué, accablé, affaibli, cassé, courbaturé, éreinté… En bref, il ne dort pas suffisamment. Depuis quelque temps, les chiffres tombent et confirment ce que l’on soupçonnait.

En cinquante ans, en gros depuis les années 1970, les Français ont perdu une heure trente de sommeil par nuit. On est passé sous le seuil des sept heures par nuit : en moyenne six heures et quarante-deux minutes. Une heure trente de perdue par nuit, c’est comme si l’on faisait une nuit blanche par semaine.

C’est considérable. Et très inquiétant pour les adolescents qui ne se couchent plus pour dormir, mais pour continuer une activité qui va les emmener tard dans la nuit. Rester en contact via les applications et les réseaux sociaux sur le smartphone.

Tout le monde prédit que dans les années à venir, la nuit de sommeil se réduira à six heures, ce qui est catastrophique. « Quand tu dors six heures par nuit, tu réagis comme si tu avais un gramme d’alcool dans le sang. Tu te réveilles avec quatre verres de vin sans avoir rien bu ! »

Dormir n’est plus tendance. Beaucoup trouve même que c’est une perte de temps, ça deviendrait facultatif, ringard. Le culte de la performance toujours et encore, la carotte qu’on nous agite sous le nez. Et bien sûr les exemples de Steve Jobs, le père d’Apple, d’autres entrepreneurs des nouvelles technologies ou d’hommes politiques qui dorment moins de six heures par nuit. « Les winners dorment peu, la start-up nation et les premiers de cordée, c’est pas des loirs, il va falloir s’y faire. »

Sauf que beaucoup de gens ne s’y font pas du tout et que l’on commence à confondre le jour et la nuit. Le jour, on travaille devant des écrans et l’on ne voit pas la lumière extérieure. La nuit, on passe une bonne partie sous la couette. Tous fascinés par la lueur bleutée de nos portables.

Et les spécialistes de tirer la sonnette d’alarme. « La lumière des mobiles et des ordinateurs bloque la sécrétion de la mélatonine, l’hormone qui favorise le sommeil. Cela chamboule le cycle du sommeil. » Là-dessus, tu rajoutes une bonne couche de stress et t’as toujours l’œil ouvert à 2 heures du matin.

Pendant longtemps, la solution a été de gaver les Français de somnifères, d’antidépresseurs, d’anxiolytiques et autres pilules miracles. Sauf que les Français commencent à avoir la glotte qui baigne dans cette surmédication de gélules.

La solution pour retrouver un sommeil de qualité serait beaucoup plus simple. Ce qu’il faut, c’est remettre en place notre horloge biologique qui se dérègle facilement. Sortir une heure par jour au soleil, voir la lumière. Que nos journées soient réellement ponctuées de vraies coupures. Sortir marcher quand la lumière de midi est la plus forte. C’est peut-être cela que l’on a perdu… des repères temporels.