La timidité des cimes

En balade, on lève beaucoup les yeux. Dans la forêt, on marche et puis sans raison, on s’assoit pour regarder les arbres et le ciel à travers les feuillages. Et là, on distingue quelque chose qui intrigue.

Tronc d'arbre dans une forêt avec phénomène de timidité des cimes.
Ciel bleu qui se détache derrière les feuillages des arbres avec phénomène de timidité des cimes.

Certaines espèces d’arbres, par exemple les chênes verts et les pins parasols en Europe, restent en retrait de quelques dizaines de centimètres pour se séparer de leurs voisins et ne pas laisser leurs branches se mélanger. Un no man’s land, une zone franche.

L’arbre pousse et stoppe sa croissance à proximité des branches d’un autre arbre. On appelle cela des « fentes de timidité ». Le phénomène a été étudié pour la première fois en Australie dans les années 1960 et on lui a donné le nom de « crown shyness » – la timidité des cimes.

Alors bien sûr que les spécialistes ont avancé des explications, mais sans être réellement démonstratifs. Premier argument, le balancement des branches, sous l’effet du vent, casserait les bourgeons extérieurs en les frottant sur les branches voisines, ce qui freinerait la croissance. Mais alors pourquoi ne retrouve-t-on pas le même phénomène chez tous les arbres poussant dans les régions ventées ? Et puis, quand on y regarde de près, on ne voit pas de phénomène d’abrasion.

Autre explication, les feuilles de certains arbres produiraient un gaz qui empêcherait le feuillage voisin de se développer. Certains pensent que ce phénomène limiterait la propagation de maladies contagieuses et autres parasites nuisibles non volants qui ne peuvent passer d’un arbre à l’autre.

Troisième explication, la timidité permettrait d’optimiser l’exposition des cimes au soleil et ainsi de maximiser le processus de photosynthèse.

Ces fentes de 10 à 50 cm laissent passer la lumière et créent des îlots, comme un craquèlement de terre désertique. Des continents ou des pays qui n’auraient pas besoin, pour vivre, de conquérir le voisin.

Pas de réponses définitives, au final. Le même phénomène a été observé au niveau des racines de certaines espèces d’arbres qui refusent de se mêler à d’autres espèces que les leurs. Là encore, les raisons restent incomprises par les scientifiques.

On ne s’explique pas encore cette « réserve bienveillante ». L’arbre n’empiète pas sur l’espace du voisin, sa timidité le protège.