Martin Grignan

Piscine de la Cour des Lions, Paris 11e, un dimanche de février. On a pris l’habitude, depuis le début de l’année, de venir nager chaque week-end…

Antoine Doinel dans le film "Baisers volés" de François Truffaut.
Le footballeur Antoine Griezmann faisant les pouces de la victoire.

Une demi-heure en essayant de glisser, au mieux. Limiter le nombre de mouvements sur une longueur. Glisser pour économiser son énergie. Midi trente. On sort du bassin moins fatigué que les dernières fois. Et toujours le même rituel, douche, gel douche, shampoing, vestiaire.

La voix vient de la cabine d’à côté. C’est en sortant dans le couloir que l’on aperçoit un petit garçon, assis près de sa mère. Elle lui sèche les pieds avant de lui enfiler ses chaussures de sport.
« — Antoine Griezmann, j’aurais voulu m’appeler Antoine Griezmann ! Mon prénom Antoine et mon nom Griezmann. ANTOINE GRIEZMANN. Annnnnntoineeee Griezzzzzzzmann !
— Arrête de bouger et de me crier dans les oreilles. Enfin, tu sais, t’as pas trop le choix, tu t’appelles comme tes parents !
— ANTOINE GRIEZMANN… ANTOINE GRIEZMANN… Pourquoi je m’appelle Martin Grignan ? C’est nul, ce nom ! An toi ne Griez mann, AN TOI NE GRIEZ MANN… ou… ou aussi Kylian Mbappé. C’est bien ça, Kyliaaaann  MMMMbaaapppé…
— Bon, écoute Martin, on va y aller. Tu me fatigues avec tes noms de footballeurs. »

Amusé, on regarde le garçon. Alors bien sûr que l’on pense à « Baisers volés », le film de François Truffaut en 1968 où le héros, le jeune Antoine Doinel, grandissime Jean-Pierre Léaud, déclame avec frénésie devant son miroir, les deux noms de celles qui le possèdent entièrement, la femme mariée et rêvée, Fabienne Tabard, Fabienne Tabard, Fabienne Tabard… et puis son flirt, Christine Darbon, Christine Darbon, Christine Darbon… jusqu’à ce qu’il se reconnaisse, là dans le miroir… et scande de plus en plus vite, de plus en plus fort, Antoine Doinel, Antoine Doinel, Antoine Doinel… Jusqu’à l’obsession, comme si le fait d’énoncer ces noms les rendaient plus présents, plus réels encore.

En partant, dans le hall d’entrée de la piscine, on a sorti un bloc de Post-It. On en a collé cinquante sur la grande baie vitrée. On a écrit au feutre noir : Martin Grignan.