Les étoiles et l’Inde

C’était par une nuit claire, alors que l’on était allongé dans l’herbe. A l’automne dernier, pas très loin d’une rivière. On regardait le ciel sans réussir à retrouver les constellations qui dessinent des figures.

Paysage par une nuit étoilée.
L'Inde vue du ciel avec réseau de lumières.

Non, on ne reconnaît pas le Verseau ou le Capricorne. Non, la seule chose dont on est sûr, c’est de localiser l’étoile du Berger que l’on repère à son intensité lumineuse, mais aussi, au fait que c’est la seule qui est dans l’axe de rotation de la terre, et donc, elle ne bouge pas dans le ciel. Vingt minutes plus tard, toutes les autres étoiles ont progressé. Celle du Berger est toujours là, au même endroit… mais on ne voit pas le Capricorne.

C’est à autre chose que l’on pense. On a lu ça, l’été dernier, et depuis ça nous obsède, parce que l’on n’arrive pas à le voir. Ce que l’on a sous les yeux est un schéma qui contracte l’espace et le temps. « C’est ce que l’on me dit, mais ce n’est pas ce que je vois ! Je ne vois pas d’espace et de temps différents ! » Car il s’agit bien d’un montage arbitraire, les étoiles n’étant pas sur le même plan.

Entre la plus proche étoile de la Grande Ourse et la plus éloignée, c’est une distance de 1 270 années-lumière. Et la question que l’on se pose, c’est qu’il pourrait en être de même de notre regard sur des pays lointains, des civilisations étrangères.

Comme l’Inde, par exemple. Sans jamais y avoir été. Sans peut-être jamais avoir l’occasion d’y aller. C’est au XVIIe siècle que la colonisation britannique a nommé les Indes, les comptoirs des Indes… et puis un jour, avec l’indépendance, on a regroupé tout ça. L’extrême diversité s’est retrouvée unique. L’Inde, « India ».

On se dit que c’est un sous-continent aussi varié que celui de toute l’Europe, allant des Himalaya jusqu’aux régions tropicales du Sud, avec plus de cinquante siècles d’histoire, de multiples invasions, plusieurs religions nées sur son sol, d’autres importées, plus de 1 600 langues, des origines ethniques mêlant toutes les couleurs. L’Inde, les Indiens, plus d’un milliard d’hommes et de femmes.

On devine un pays avec un esprit particulier, mais sans aucune cohérence. Important de conserver le pluriel, les pluriels. C’est toujours rassurant le regroupement visuel, cela facilite l’approche de la complexité.

Vingt minutes plus tard, l’étoile du Berger est toujours à sa place, par contre, on commence à voir le Capricorne… ou bien est-ce le Verseau.