Millions/milliards

On se dit que c’est le matin et que l’on est sans doute encore endormi de la nuit qui a été courte. 7 h 30, les infos à la radio…

Main d'homme saisissant des liasses de billets de 100 euros dans un chariot.
Yacht naviguant à grande vitesse et laissant un sillage d'écume derrière lui.

On ouvre le frigo pour prendre de la confiture, ou… non, plutôt du beurre ce matin sur les tartines. Et déjà une cascade de chiffres qui tombent comme les corn-flakes dans le bol de lait. Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, est très clair (c’est fou, tous ces responsables politiques qui expliquent à longueur d’interview, qu’ils vont parler clairement, en toute transparence) : il faut lutter contre tous ces gens qui profitent du système, les chômeurs !

Oui, Monsieur, il faut le dire clairement, il faut un contrôle journalier. Oui, Monsieur, journalier. On ne peut plus se contenter d’un approximatif contrôle mensuel. Fini, le laxisme. Car les chiffres parlent d’eux-mêmes… la fraude aux allocations chômage, c’est 58 millions d’euros, l’an passé.

C’est énorme, insupportable, inacceptable. Et là, ce matin, alors que l’on a pris du beurre et pas de la confiture, on se dit que oui, sans doute, c’est beaucoup d’argent tout ça. Oui, trop !

Et puis, encore des chiffres. Cette fois ci, ce sont les paradis fiscaux, le blanchiment illégal des bénéfices d’entreprise. La fraude fiscale. Sur une année en France, c’est 80 milliards d'euros.

Oui bien sûr, là aussi, c’est beaucoup. Ça paraît même plus… Sauf que ce matin, on n’est pas sûr, on a du mal à juger de combien un milliard est plus grand qu’un million. Millions d’euros Milliards d’euros/, des chiffres avec des zéros, des sommes que très peu de personnes sur cette planète arrivent à évaluer avec justesse.

Alors plutôt que de parler d’argent et de très grosses sommes, on va convertir tout ça, en secondes et en temps. C’est plus simple, le temps à l’échelle humaine.

1 million de secondes, c’est un peu plus de 11 jours.
1 milliard de secondes, c’est quasi 32 années.

Et là, immédiatement, on se dit que ce n’est pas qu’une histoire de zéro, que la fraude aux allocations chômage, cela n’a rien à voir avec le gouffre de la fraude fiscale. Et que s’il y a un effort à faire pour récupérer de l’argent, c’est du côté des paradis fiscaux qu’il faut aller voir, plutôt qu’à la sortie de Pôle Emploi.

On a bien fait de prendre du beurre ce matin, la confiture de mirabelles paraissait trop sucrée.