Ne pas oublier le pack de bière

Ça tient à presque rien, mais ce matin-là, on a tout de suite senti que ça n’allait pas fort pour Régis, quand il a posé son sac. Le regard tombant, la voix à peine audible et la main qui glisse mollement.

Jeune homme rouquin en pleine insomnie, le regard inquiet.
Nuit de pleine lune avec nuages.

– C’est la bière qui n’était pas fraîche, hier soir ?

– Arrête de déconner ! Je suis complètement angoissé, le truc qui te tient le bide dés le réveil…

– C’est de l’angoisse ou de la peur, Régis ?

–  T’es lourd avec tes considérations philo à deux balles, tu vois pas que ça va vraiment pas, non ? Ça t’arrive jamais, le flip existentiel à plus savoir pourquoi tu te lèves ?

–  Si, bien sûr, mais ce n’est pas un détail, ma question. L’angoisse, c’est impalpable, on ne sait pas ce qui ne va pas, on ne sait pas pourquoi on n’est pas bien. Y’a pas d’objet dans l’angoisse, et ça c’est flippant. Alors que la peur, je la tiens presque dans la main, on a peur de quelque chose. Ce qui est important, c’est de prendre l’angoisse et de la faire glisser sur une peur que tu localises. La peur du noir, par exemple, la peur du sommeil.

– Là, en gros, ce qui m’angoisse, c’est ce putain d’anniversaire bientôt, ou plutôt, c’est le flip de la mort… Oui, c’est ça, je me réveille avec ça en tête…

– OK, c’est ce que je te dis. Si tu arrive à faire glisser ton angoisse vers une peur, ça devient jouable. L’angoisse de la mort, tu la transformes en la peur de vieillir. La mort, tu n’y peux rien, t’as pas de prise. Par contre, la peur du vieillissement, tu peux lutter, tu prends soin de toi, tu fais gaffe à pas trop picoler. Tu vois, tu soignes ta peau, tu vas courir le dimanche matin. Il n’y a pas de miracle, la peur, tu ne la fais pas disparaître… tu l’apprivoises, tu la tiens à distance. Comme un clébard que tu tiens en laisse, tranquille. Encore un conseil, simple… tu évites la radio le matin, les journaux d’information. Tu as remarqué, sur France Inter, sur BFM, les journaux nous donnent l’ordre d’avoir peur, d’avoir peur tout le temps. Et qu’est-ce que tu fais, quand tu as peur ? Tu passes au magasin et tu achètes, tu consommes. Tu ne fais pas disparaître ta peur, tu la noies en mangeant.

– Waouh, je comprends, enfin… donc là, ce que tu me conseilles, c’est d’aller chercher un pack de Budweiser et de le mettre au frais ? C’est bien ça ? Ah oui, j’oubliais la crème de soin du visage !