Sans autorisation

La question revient toujours de la même façon. “Qu’est-ce que ça veut dire, d’acheter de la bière sans alcool, alors que l’on ne connaît plus l’ivresse depuis plus de trois ans et demi ?”

Une bande copains trinquant avec une pinte de bière dans un bar.
Publicité de la bière sans alcool Heineken.

C’est souvent au moment de l’apéro, que la question se pose. Car, bien évidemment que l’apéro, c’est le moment où l’on sent monter un début d’ivresse encourageante. Comme un rituel. C’est ce que l’on recherche. Le goût du Pastis, du vin blanc frais ou du Spritz, c’est finalement secondaire.

Quand on boit de la bière sans alcool, bien sûr que le goût rappelle la bière sauf qu’après la première pinte, question ivresse, on ne sent rien, alors on se dit qu’en en buvant une deuxième ? Sauf que tout pareil et l’on est tenté par une troisième. Et rien ne vient, sinon de se sentir franchement ballonné par plus d’un litre de liquide avec bulles.

C’est finalement ça, le plus difficile. Non pas d’arrêter de boire, mais plutôt de ne pas (plus) attendre l’ivresse. Car pendant des années, on a recherché l’ivresse comme signal libérateur.

Combien de fois l’on s’est dit : “Non mais moi, tant que je n’ai pas bu deux ou trois verres, je ne peux pas vraiment parler, je ne peux pas vraiment danser, je ne peux pas vraiment aborder quelqu’un… même simplement m’approcher.”

L’alcool devient vite l’élément permettant de s’autoriser tout un tas de choses. Sauf que bien souvent, ça déborde, une fois l’autorisation acquise, on se dit que l’on peut en remettre une couche… et là, le dérapage est à portée de main. Un peu comme sur l’autoroute où tu te déportes de la file de droite à celle de gauche, et tu y restes en roulant de plus en plus vite.

C’est finalement ça, le plus difficile. De se dire qu’il n’y a plus besoin d’autorisation fournie par l’alcool. Qu’il faut se réapproprier une forme de liberté. Et que cette liberté acquise est particulièrement forte, puisqu’à chaque moment, on ne peut que le constater : cette discussion, cette conversation engagée, que tout ça est simplement lié à notre envie, qu’il n’y a pas eu de béquille ou de masque alcoolisée qui nous aurait aidés. Qu’il faut donc inventer une autre façon de vivre, puisque tout était balisé par des autorisations alcoolisées.

Virginie Despentes en parle très bien, elle qui a arrêté de boire à 28 ans. “Mais c’est très compliqué ! C’est pas ‘boire ou ne pas boire’. C’est un mode de vie qui est en jeu. Et un personnage, jusqu’alors défini par l’alcool, qu’il faut complètement réinventer.” Faire confiance à l’envie intérieure, et ne plus attendre d’autorisation. Au point que l’alcool disparaisse.