“C’est mon talent !”

Ce week-end, on a suivi ça de loin. Cette histoire de Corée du Nord avec son dictateur Kim Jong-un qui ressemble à un héros de bande dessinée, et Trump et son gros bouton nucléaire dans la poche. Leur rencontre au sommet de Singapour…

Poignée de main entre Kim Jung-un et Donald Trump au sommet de Singapour, le 12 juin 2018.
Donald Trump et Kim Jung-un de dos, au sommet de Singapour, le 12 juin 2018.

Faut être honnête, on ne sait plus trop pourquoi il y a deux Corées, du Nord et du Sud. La Corée, comme l’Allemagne après la guerre, s’est retrouvée coupée en deux. Sauf que l’Allemagne s’est réunifiée, mais pas la Corée. En gros, on est comme des millions d’Américains qui ne sont absolument pas au courant du pourquoi et du comment du monde actuel.

Alors bien sûr, le même week-end, on a Robert De Niro, “Did you fuck my wife ?”, qui a galvanisé la salle des Tony Awards en s’exclamant : “Fuck Trump !” Mais ça parle à qui ce “Fuck Trump” ? Ça parle à un électorat cultivé de la côte est, ça parle à l’électorat d’Hillary Clinton qui n’a toujours pas compris pourquoi l’Amérique se retrouvait avec un personnage de télé réalité à la Maison-Blanche.

Trump parle pour le Blanc raciste, le suprématiste amateur d’armes à feu pour qui le slogan “America first” sonne juste. Il ne parle pas pour l’intellectuel qui va au Moma ou qui lit Philip Roth. Il parle pour les mecs qui ont défilé l’été dernier à Charlottesville, avec des flambeaux, en braillant “Whites only” (réservé aux blancs), “White lives matter !” (Les vies des blancs comptent !). Ou encore “Blood and soil” (le sang et la terre), qui fait référence au slogan nazi “Blut und Boden”.

Le reste, l’Américain blanc, il s’en fout. La Corée du Nord, du Sud, il ne sait pas si c’est une station balnéaire ou une marque de pizza. Et Trump ne cherche pas à se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Durant un point presse, il a été très clair. “Hey man, je ne suis pas un putain de politicien. Je construis des immeubles et je gagne de l’argent […] Les Nord-Coréens veulent un deal. Moi j’ai fait des deals toute ma vie, c’est ma spécialité. C’est mon talent. Là je le sens vraiment fort. C’est mon instinct.”

Le mec du Midwest, lui ce qu’il voit, c’est que son président milliardaire, avec son gros bouton nucléaire, a serré la main du grincheux rondouillard, aux oreilles bien dégagées, pour lui dire d’arrêter son programme nucléaire. En gros, Trump a sauvé la planète en venant voir ce putain de malade coréen, qui défiait la grande Amérique. Et le mec dans le Wisconsin, il a vu la photo, alors que ça fait plus de soixante-dix ans que personne n’a rien fait pour faire avancer la réunification. Obama, il a pas été sur la photo. Trump lui, il est sur la photo, là bas à Singapour.

En marge du sommet, on nous dit qu’Ivanka Trump, la fille du Grand blond, a tweeté un proverbe chinois qui n’existe pas ! “Oui, et alors ? Parce que maintenant tu connais des auteurs chinois ? Tu veux pas aller me chercher une Budweiser plutôt que de me parler de poésie ?”