Le métro, le matin…

Le métro, le matin. Suivant les lignes, suivant les heures, c’est peut-être là que l’on sent le mieux ce qui se passe dans la société. On est assis ou debout, très prêt des autres voyageurs. Trop prêt souvent.

Couverture de la BD “La vie des jeunes 2”, une saynète de la BD dans le métro, et une vraie photo d'un intérieur de rame bondée du métro parisien

On entend des conversations, on voit les écrans de portable… on laisse traîner ses yeux et ses oreilles. Ou plutôt, il faut bien l’avouer, on est terriblement attiré par l’intimité de l’autre. On est terriblement curieux de ces dialogues humains attrapés au hasard. Faut croire que c’est comme ça. Il y a tellement de monde, que l’on arrive à s’imaginer invisible. La fille blonde, là, juste là, qui sourit en lisant un texto…

Il y a onze ans, Riad Sattouf commençait à dessiner une chronique hebdomadaire dans “Charlie Hebdo”. “La Vie secrète des jeunes”, c’est aujourd’hui, trois albums. Des tranches de vie d’une époque que nous voyons passer, sans vraiment la regarder. Un regard précis, cynique, dérangeant. S’asseoir à la terrasse d’un café et observer. Écouter un couple dans le métro, en train de s’insulter. Ça passe sous nos yeux, Sattouf l’attrape.

Intéressant le métro, car tellement caractéristique des différentes catégories sociales. Il y a ceux que l’on voit, qui tous les matins partent à la même heure, que l’on repère rapidement, et ceux qui s’y sont installés car ils n’ont pas d’autres lieux où aller. Ceux qui interpellent pour demander une pièce, un Ticket Restau… un sourire. Et puis ceux que l’on ne voit jamais, parce que pour eux, le métro est trop populaire, trop dangereux, trop sale.

Les saynètes dessinées par Riad Sattouf, on les a toutes côtoyées un jour. Et c’est peut-être ce qui nous met mal à l’aise : on se rend compte de ce que l’on n’a pas vu. Des moments de banalité extrême, mais qui en racontent beaucoup sur les obsessions du quotidien.

Particularité du style Sattouf : il retranscrit le langage du métro, du bus de la terrasse de café, comme s’il s’agissait de textos. Et ça sonne juste, car c’est ce que l’on perçoit. Les gens, les jeunes parlent comme ils tapent sur leur smartphone. “Oui, T’Sé quoi, j’vé…, atend, T’Sé quoi, j’vé passer.”

Le métro, le matin, c’est souvent l’occasion de découvrir que la normalité du silence ambiant dévoile des petits grains de sable visuels. Là, le mec à côté ? C’est normal, cette patte d’ours en peluche orange qui sort de son blouson ?

Et l’on entend Jean-Claude Van Damme sur la ligne 9 du métro parisien : “Selon les statistiques, il y a une personne sur cinq qui est déséquilibrée. S’il y a quatre personnes autour de toi et qu’elles te semblent normales… c’est pas bon !”