Rêver ensemble

Parler de tout, tout le temps. Entendre parler de tout. Sans plus savoir de quoi parlent les mots. Depuis l’arrivée du numérique, l’exhaustivité est devenue la règle.

Chacun est sommé d’avoir un avis sur tout et de le dire, de tweeter la bonne formule, celle que l’on diffuse en cascade sur les réseaux sociaux. Celle qui attire l’attention, mais ne cristallise rien.

On n’a pas perçu le changement, mais le regard a glissé. La vérité d’un fait a changé de nature, la vérité est aujourd’hui perçue comme une opinion. Et donc, n’importe quel élément d’information peut être contesté comme s’il s’agissait d’une prise de position. Bienvenue dans l’ère de la post-vérité, dominée par les croyances, l’émotion et les fake news.

Cette confusion fait objectif/opinion personnelle est devenue mortelle pour la presse. Dans cette faille, les journalistes indignés qui maîtrisent les codes d’argumentation à fort potentiel de buzz, ont pris le dessus. Définitivement. L’écume se révèle abondante et envahissante, les mots se font blessants. Frapper, choquer, humilier. Mais les lecteurs qui veulent simplement comprendre notre monde complexe et changeant, n’y trouvent pas leur compte. Une crise de visibilité.

En marge de ces torrents de commentaires, un hebdo tel “Le 1” est apparu comme une tentative de visibilité. Ce n’est pas un journal d’information, mais un journal d’inspiration. Un journal qui réconcilie littérature et actualité. Quand un écrivain s’empare de l’actualité, ce n’est pas pour commenter le réel, mais souvent pour le bousculer. Se l’approprier avec un autre regard.

La forme même du “1” permet de prendre du recul. C’est avant tout un objet graphique qui se déplie comme un origami. Qui ne ressemble pas aux standards de la presse. Pas de photos, là aussi pour ne pas alimenter la confusion avec la réalité, mais des illustrations… et des poèmes. Un seul sujet, une seule feuille de papier… une heure de lecture.

Un journal d’inspiration pour lire des mots qui entrent en résonance avec chacun. Des mots qui créent du lien et non du clivage ou de la polémique. Dans le premier numéro du “1”, en avril 2014, J.M.G. Le Clézio parlait du rêve et de la France. “J’ai grandi dans un pays imaginaire. Je ne savais pas qu’il l’était à ce point. […] Pourquoi mes rêves ne seraient-ils pas vos rêves ?”

Beaucoup aujourd’hui ont besoin de partager et de vivre une chose commune. Beaucoup ont besoins d’histoires pour se sentir debout dans un monde difficile… pour rêver ensemble.