"Fire and Fury" Saison 5

« Le leader nord-coréen Kim Jong-un vient d’affirmer que le “bouton nucléaire est sur son bureau en permanence’’ […] Informez-le que, moi aussi, j’ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et il fonctionne ! »

Ça, c’est le 2 janvier dernier, et c’est le tweet que Donald Trump a envoyé en guise de bonne année, histoire de bien pourrir le fragile réchauffement amorcé par Pyongyang et Séoul pour les J.O. d’hiver en Corée du Sud. « Donald Tweet », on ne sait plus très bien comment appeler le président de la première puissance mondiale, a compris un truc simple, qui lui a permis de remporter l’élection présidentielle. La force de l’émotion balaye tout sur son passage. Trump a compris qu’avec 140 caractères, il pouvait entraîner la planète derrière lui. Et devenir l’axe central autour duquel le monde tourne. Il électrise, sidère, allume des incendies aux quatre coins du monde.

En ce début d’année, un livre retraçant sa première année de présidence vient de sortir aux Etats-Unis, « Fire and Fury ». Le feu et la fureur, c’est exactement ça. Le feu qui ravage tout. Un problème avec le Pakistan ? A quoi bon passer par l’ambassadeur américain ! En un tweet envoyé le matin du Nouvel An, Trump sabote tout le travail diplomatique engagé depuis de nombreuses années. Stupeur et incompréhension. Car au final, Trump ne tweete pas pour le Pakistan, il tweete comme s’il était toujours en campagne électorale et qu’il fallait en permanence retourner le projecteur sur lui.

On semble l’oublier, mais Donald Trump a eu plusieurs vies, comme les différentes saisons d’une série Netflix. Saison 1: les années 1980, l’ascension, les années fric. Saison 2 : l’empire immobilier, les mondanités, le businessman de dessin animé, vulgaire mais pas méchant… et les procès. Saison 3 : la renaissance et la télé réalité qui annonce la saison 4, la marche vers la Maison-Blanche. Aujourd’hui, on est au début de la saison 5 : la présidence « Fire and Fury ».

Pendant plus de dix ans, entre 2004 et 2015, Donald Trump est apparu toutes les semaines dans les salons de millions d’Américains avec les deux programmes de télé-réalité « The Apprentice » puis « The Celebrity Apprentice ». Trump s’est installé dans le quotidien de l’Amérique profonde. En apparaissant comme un patron intraitable, qui, depuis son fauteuil rouge, invectivait et mettait à l'épreuve des candidats à un poste de cadre au sein de son empire. Sans la télé-réalité, il n’y aurait jamais eu de Trump président. Sa réplique fétiche « You’re fired » (« vous êtes viré »), sorte de mantra télévisuel omniprésent, est devenu « Make America Great Again! », son slogan de campagne.

On en est là. Quarante-deux millions d’abonnés sur Twitter. « J’ai un plus gros bouton nucléaire que toi, connard ! » Les tweet compulsifs de Donald Trump ont logiquement pris le relais de la télé-réalité.