Quelques gestes à Paris

Mi-janvier à Paris. De se dire que c’est pas évident de commencer l’année. Alors on regarde simplement la ville, les gens, le quotidien… là, un geste que l’on repère. Un mot que l’on entend.

Boulevard Voltaire. Une fille habillée tout en noir gare son scooter près d’un platane. Elle enlève son casque et cherche quelque chose dans la poche intérieure de son blouson. Délicatement, elle penche la tête d’un côté puis de l’autre, pour remettre ses boucles d’oreilles. On aime beaucoup ce geste. On boit un café aux Indécises, 13 h 30. Une femme à la table près du pilier parle fort. « Après ce qu’il m’a dit, j’avais envie de sortir du téléphone pour lui en coller une !!!!! »

Un autre café, le lendemain matin. Le geste de la fille qui vient de passer devant moi. Elle glisse sa main le long de sa cuisse, pour ne pas froisser sa jupe en s’asseyant sur une chaise en bois. La jupe est grise, les bas sont noirs, et le geste est très sensuel. Une petite vieille s’approche du banc de l’avenue pour faire une pause. Elle marche avec difficulté. On se relève et la prend par le bras pour l’aider à s’asseoir. Elle nous tient la cuisse pour rester en équilibre. On est touché par ce geste, simplement humain.

Notre enfant qui nous accompagne dans la rue. « Papa, je vais marcher dans ton ombre, devant toi. » Et nous marchons ainsi sur 20 mètres. « Papa, je te dépasse, je ne suis plus dans ton ombre, je suis devant ! » On aime beaucoup ce geste. Sur le trottoir, quelqu’un s’exclame : « Ah non, y a encore un mec bourré dans le square avec un bonnet de père Noël. C’est pénible d’expliquer aux enfants que non, c’est pas le vrai père Noël qui a trop picolé et qu’on est en janvier ! »

On rencontre la boulangère du quartier. Cela fait plus de cinq ans que l’on est installé et on réalise qu’on ne l’a jamais vue « en entier ». On ne l’a vue que derrière son comptoir de boutique, en buste. Cet après-midi, elle a des bas résilles, grosses résilles, et des chaussures basses, rouges. Très rouges.

Avenue de la République, 18 h 20. On marche en lisant « Le Monde ». On souffle sur la tranche des pages pour les décoller. On souffle de plus en plus délicatement, les feuilles s’entrouvent. On aime beaucoup ce geste.

Bon finalement, on ne s’en était pas aperçu. On est le 18 janvier… Il s’en est passé, des choses.