« I’m the Dude, man ! »

Quand même, la claque qu’on a reçue en revoyant le Dude buvant des White Russian dans « The Big Lebowski » des frères Coen. Le dernier film culte du XXe siècle. Une ode à la non-performance.

En 1998, « The Big Lebowski », quasi contemporain de « Matrix », annonçait la révolution numérique dans laquelle nous nous sommes trouvés propulsés au XXIe siècle. Parce que, faut bien se l’avouer, qu’est-ce qu’on s’est pris dans la gueule, depuis vingt ans. La classe du Dude, en peignoir pourri et sandales de cuir, loser magnifique, branleur héroïque, c’est sûr qu’on est loin des winners en veste casual chic Gucci et baskets Balenciaga.

Fini, le temps de la glande, du rien faire, du lever à pas d’heure. Notre quotidien est devenu startupé, chaque déplacement s’est ubérisé. On n’arrête pas de faire des to do lists qui s’allongent sans que l’on comprenne ce qui se passe. On est devenu « manager » de notre quotidien. Et le week-end, c’est encore pire. Il faut faire le ménage, les courses, les lessives, ranger l’appart, descendre les poubelles. On enchaîne sur une expo « incontournable » qui va bientôt fermée ! Arrivé sur place, 45 minutes de queue, car bien évidement que tout le monde se dit la même chose. Pareil pour le film événement qui ne va plus être à l’affiche dans une semaine ! Le resto qui vient d’ouvrir, une page dithyrambique dans le Fooding ! Le rythme de la semaine a débordé sur le week-end.

Alors oui, échapper, le temps d’un café, au diktat de la performance individuelle. « Non désolé, là, je ne suis pas en train de réfléchir à un énième projet à venir. Non là tu vois, on est samedi, je bois un café allongé, et… comment te dire, je ne pense à rien, sinon à boire un café allongé un samedi à 11 heures, en regardant par la fenêtre. » « Fuck it, Dude. Let’s go bowling. »

Reprendre un café et se dire qu’on va se trouver un pull. Acheter un pull à l’approche de l’hiver. On va juste faire ça… trouver un pull. Le garder sur soi, en sortant de la boutique. Et marcher sans  but précis, en se disant qu’on a bien chaud, là, le long du canal Saint-Martin. Et ça sera tout pour la journée, « Go slow, man ». Et de repenser au Dude.
— Vous avez un emploi, Monsieur Lebowski ?
— Permettez-moi de remettre les pendules à l’heure. Je ne suis pas Monsieur Lebowski, c’est vous Monsieur Lebowski. Moi, je suis le Dude, c’est comme ça qu’il faut m’appeler. […]
— Avez-vous un emploi, monsieur ?
— Un emploi ?
— Ne me dites pas que vous cherchez un emploi dans cette tenue un jour de semaine ? »
— Un jour de… Quel jour on est ?