Des pare-brise propres

C’est en s’arrêtant l’été dernier sur une aire d’autoroute, que l’on avait remarqué ce détail. On avait roulé durant plus de quatre heures et on allait faire une pause pour le carburant.
– Et tu veux que je te passe un coup sur le pare-brise ?
– Non, non, c’est bon, il n’est pas sale… Par contre, je boirais bien un soda, il fait une de ces chaleurs !

Et de regarder le pare-brise en attendant le rafraîchissement. Les moustiques décédant par tombereaux entiers, les sauterelles bien nourries qui laissaient un jus verdâtre sur la carrosserie, les gros hannetons qui nous faisaient sursauter à chaque fois qu’il y en avait un qui frappait la vitre. Même que l’on croyait que c’était des impacts de pierre… Toutes ces bestioles qui salopaient gentiment la bagnole, c’en est fini.

Il n’y a plus d’insectes écrasés sur la vitre des voitures comme c’était le cas, il y a encore vingt ans. Alors, on s’était dit que peut-être que les insectes étaient plus rapides aujourd’hui qu’avant, pour éviter les voitures. Ou encore que les voitures sont aujourd’hui mieux profilées, plus aérodynamiques, qu’elles se glissent dans l’air sans qu’un insecte arrive à toucher la tôle.

En fait, non… c’est que des insectes, il n’y en a pratiquement plus. Les voitures sortent du péage après six heures d’autoroute comme du Car Wash. Plus une trace de diptères, de lépidoptères ou autres coléoptères sur les carrosseries. Études scientifiques à l’appui, en Europe, 75 à 80 % des insectes ont disparu depuis trente ans. Aux États-Unis, pour la seule année 2016, c’est 30 % des abeilles qui sont mortes. Des chiffres qui surpassent de loin celui du déclin des vertébrés, estimé à seulement 58 % depuis les années 1970.

Mais qu’est-ce qui se passe et quelle est la cause de ce massacre en règle ? Les entomologistes restent prudents. On n’est pas sûr mais… comment dire, on pense vraiment que c’est dû à l’intensification des pratiques agricoles et au recours aux pesticides. Pour une fois qu’on n’explique pas une hécatombe par le réchauffement climatique qui devrait plutôt encourager la prolifération des insectes, et non leur diminution.

Par contre, ce qu’on redoute, c’est l’effet en cascade, l’effet domino. Les insectes jouent un rôle majeur dans la pollinisation de 80 % des plantes sauvages, sans parler des oiseaux qui se retrouvent avec moins à manger. Le gros problème, c’est que l’on se sent tous concernés par les abeilles et le miel sur les tartines. Et beaucoup moins par toutes les petites bestioles à six pattes qui ne salissent plus nos voitures.