Ô rage, Ô désespoir !

« Sandrine, j’ai une putain de rage, aujourd’hui. Passe-moi la batte ! » On a rencontré cette conseillère en assurance venue avec une copine, en testant la première salle de rage qui s’ouvre à Paris. Certains parlent de « salle de fragmentation », un concept importé des États-Unis et du Japon.

En gros, un cube en béton, où à l’intérieur, tu peux tout détruire. D’après l’établissement parisien, la fréquentation est féminine à 80 %. C’est un secret pour personne, mais la vie professionnelle te met de plus en plus la pression. C’est un Français sur quatre qui subit un stress intense au boulot, d’après « l’Observatoire du Stress au travail » portant sur plus de 32 000 salariés dans 39 entreprises. Et ça touche beaucoup, beaucoup de secteurs. Que tu bosses dans la santé, l’action sociale, le spectacle, les services, la finance ou l’assurance, l’hyper stress te bouffe. En gros, si t’es pas flippé, c’est que t’es mort ou tout comme.

Et là, à voir les filles en action, elles ont du stress à évacuer. Beaucoup ont renoncé au cours de zumba, rangé le tapis de Pilates et refermé les flacons d’huiles essentielles. Finalement, on n’a rien trouvé de mieux que de passer une demi-heure à tout défoncer. En gros, après avoir enfilé une salopette blanche, un plastron, un casque et des gants de protection, le massacre peut commencer. Pas de tronçonneuse, mais une batte de baseball ou un pied de biche, qui va te servir à exploser de la vaisselle, des bouteilles, des briques, des ordinateurs, des claviers, des imprimantes. Paraît que ça détend bien les neurones, de s’acharner sur une imprimante en hurlant : « Tiens, prends ça dans ta gueule, c’est pour m’avoir planté avec un bourrage papier, un quart d’heure avant la réunion de mardi dernier ! »

Le bien que ça fait ! Autrement plus efficace que des anxiolytiques, neuroleptiques ou autres antipsychotiques. Tu rentres dans la salle de rage et tu peux choisir différentes formules. De 9 objets à pulvériser en 10 min pour 10 euros, jusqu’à 55 articles à réduire en miettes en 30 min pour 60 euros. Tu peux aussi apporter tes propres objets sur lesquels tu veux te défouler, moyennant un petit complément. Mais le plus efficace pour retrouver l’apaisement, c’est le pack Madness qui te coûte quand même 100 euros la demi-heure. La grosse destruction massive.

Et pourquoi ce sont majoritairement les femmes que l’on retrouve dans ces lieux ? Faut croire que ce sont elles qui encaissent le plus dans notre société. Stress pro + stress perso = burn out. « Euh, comment te dire, tu sais quoi, Sandrine ? Tu vas me préparer une autre imprimante, oui, la grosse en double bac A3. Je ne vais pas rentrer tout de suite, le dîner attendra. »