« T’es un putain de champion, Frank »

C’est une photo que l’on a vu passer sur Twitter, en n’y croyant pas. En se disant : « Mais c’est pas possible, après avoir annoncé qu’il était prêt à détruire complètement la Corée du Nord, Trump joue dans un film de David Lynch ! Jusqu’où va-t’il-aller ? »

Une scène en extérieur, un adulte en costume et cravate rouge, qui braille contre un enfant, short polo rouge, en train de tondre le gazon. Une tondeuse rouge, des géraniums rouges. Une densité de la lumière et des couleurs. Et la violence du cri de Trump. Mais qu’est-ce qu’il peut hurler à cet enfant de 10 ans ? De la maltraitance, c’est ce que l’on ressent. Une forme de domination qui nous met mal à l’aise.

Et l’on apprend que cet enfant s’appelle Frank. Frank Giaccio. Que cet été, Frank a écrit au président américain pour lui dire qu’il souhait monter un business d’entretien de jardin, et que pour démarrer, ça serait bien qu’il ai un gros contrat. Et que la Maison-Blanche, ça serait un super beau contrat.

Frank avait terminé sa lettre en écrivant : « Bien que je n’aie que 10 ans, j’aimerais montrer à la nation ce à quoi les jeunes comme moi sont prêts. J’admire votre expérience dans les affaires, et j’ai lancé la mienne ».
Et là, les spin doctors ont souri, sentant le storytelling se construire sous leurs yeux. La semaine dernière, Frank a pu montrer ses talents et tondre la pelouse de la Roseraie de la Maison-Blanche. Il avait tout bien préparé, gants, lunettes de protection et bouchons pour les oreilles.

Il a mis en marche sa tondeuse et commencé à tondre. Et puis Donald Trump est arrivé et sur le coup, Frank n’a pas entendu ses mots, trop concentré à sa tâche. Il voyait bien que le président hurlait. Il enleva son bouchon d’oreille droit et entendit le président lui dire : « T’es un putain de champion, Frank ! »

L’histoire était construite. Lors d’un briefing presse, les journalistes ont cherché à obtenir une réaction aux dernières révélations sur les soupçons de collusion avec la Russie. Sarah Huckabee Sanders, la porte-parole de la Maison-Blanche, a pris le micro. Elle a sorti de son dossier, la lettre de Frank et l’a lue devant des journalistes, sans voix. « D’autres questions messieurs ? »

C’est vrai qu’il a bien travaillé, Frank.